(© Kris Dewitte)

De Jusqu'à la garde à Adoration, Thomas Gioria débute sa jeune carrière sur un sans-faute

À 15 ans, il surprend déjà par ses choix judicieux et ambitieux.

En 2018, Thomas Gioria se fait remarquer dans Jusqu’à la garde, le long-métrage de Xavier Legrand, sacré meilleur film aux César. On le découvrait alors pris en étau entre deux parents qui se déchirent, jusqu’à, non pas la garde, mais la tragédie. Une première performance remarquée qui lui a valu une nomination pour le Meilleur espoir masculin à treize ans à peine.

"Je ne suis pas sûr que j’aurais aimé remporter ce César. J’ai tout le temps pour ça et pour le moment, je vis très bien sans", tempère-t-il.

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On ne peut que le comprendre, car tout a été très vite pour le petit acteur qui a commencé à s’intéresser au théâtre à l’âge de huit ans, en regardant ses deux grands frères répéter au sein de leur petite troupe amateure dans le jardin parental. Très rapidement, il décroche son premier casting, puis viennent sa première réussite et son premier film. Thomas se retrouve alors à partager l’affiche de Jusqu’à la garde avec Léa Drucker et Denis Ménochet, auquel il est infiniment reconnaissant.

"J’admire beaucoup Denis Ménochet. Il m’a beaucoup conseillé donc c’est peut-être grâce à lui que j’aime faire ce métier par-dessus tout."

Quand on lui demande de nous parler du dernier film qu’il a aimé, il évoque immédiatement Seules les bêtes, le thriller de Dominik Moll, avec le même Ménochet au casting. 

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Pourtant, la cinéphilie n’était pas acquise pour le jeune homme qui a grandi dans un milieu éloigné du 7e art, dans un petit village de l’Eure, "où le premier cinéma est à 45 minutes en voiture". Toutefois, malgré cet éloignement culturel auquel succède un succès prématuré, il semble avoir déjà acquis une maturité et un discernement évidents dans le choix de ses projets.

L’éveil des sentiments

Après le remarquable Jusqu’à la garde, il est aujourd’hui à l’affiche d’Adoration, un nouveau thriller, psychologique cette fois, qui constitue le dernier tableau de la trilogie sur la passion de Fabrice Du Welz.

Ici, il n’est plus un petit garçon, mais Paul, un adolescent naïf qui va prendre le sentiment amoureux de plein fouet, en tombant amoureux de Gloria, une jeune patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. La fragilité de Paul va le soumettre à la folie de la charismatique Gloria, qui va l’entraîner dans sa fuite.

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(© Kris Dewitte)

Dans Jusqu’à la garde, Thomas était coincé entre trois adultes, sa mère, son père et la juge, décidant pour lui de son destin, et s’opposait à l’impressionnant Denis Ménochet. Dans Adoration, il se défait de l’autorité parentale et, par amour, il va s’embarquer dans un road trip en amoureux, loin du monde des adultes pour finalement trouver du réconfort et un père de substitution chez un touchant Benoît Poelvoorde.

Dans le film de Fabrice Du Welz, il constitue un duo avec Gloria, interprétée par Fantine Harduin, plus expérimentée et déjà vue notamment chez Michael Haneke, mais il ne semble pas y avoir de grande différence pour lui entre jouer face à des adultes et jouer face à des adolescents. "Et Adoration, ce n’est pas un film enfantin. Paul et Gloria, on dirait deux adultes", nous rappelle-t-il. 

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Le temps de l’émancipation

Tout semble opposer ces deux premiers films sombres et forts. Le monde poétique des enfants vient se substituer à celui, très rationnel, des adultes. Cependant, après le cadre familial vient le temps de l’émancipation, tandis que les espaces clos et confinés des appartements de Jusqu’à la garde deviennent les grands espaces ardennais d’Adoration.

"Même les méthodes de travail divergent", nous raconte-t-il. "Xavier Legrand est un acteur de théâtre, donc il dirige très bien les acteurs. Il sait leur parler. Fabrice Du Weltz, lui, adore l’improvisation. Il parle également beaucoup pendant les prises, il veut être avec nous quand on tourne, c’est un peu comme le troisième rôle principal d’Adoration."

Le seul parallèle que l’on pourrait établir au sein de cette jeune filmographie ambitieuse serait une certaine constante dans les rôles qu’il interprète : deux rôles de garçon timide et secret. "Je suis effectivement très timide dans la vraie vie, j’ai du mal à approcher les gens", confie-t-il, "mais Paul, sa timidité, elle est ailleurs."

Pour la suite, il a décidé de s’essayer à des rôles différents, dans une série et dans une comédie, où il tient le rôle principal face à Marina Hands, comme s’il prenait tout ce qu’il y avait à prendre pour se forger l’expérience la plus plurielle possible.

Par Manon Marcillat, publié le 22/01/2020