Le crowdfunding : une solution pour contrer l'impasse créative ?

Il y a trois semaines, Rob Thomas, créateur de la série Veronica Mars, a lancé une campagne de crowdfunding sur « Kickstarter » afin de financer son film. Celui-ci, sensé apporter la fin tant attendue de cette série supprimée des grilles de diffusion en 2007, pourrait être filmé cet été si la somme limite, 2 millions de dollars était atteinte sous 30 jours.

2 millions : c'était la somme était celle convenue entre Thomas et la Warner Bros, qui détient les droits du film, pour que la société accepte de donner le feu vert pour la production et diffusion. En à peine moins de 12 heures, les 2 millions étaient déjà donnés : un record de vitesse pour un film financé par des fans. Aujourd’hui, à une semaine de la date limite, presque de 68,000 personnes ont participé à la campagne, et leurs dons atteignent un total de 4,5 millions de dollars. C’est la preuve que ceux-ci sont encore suffisamment attachés au personnage, et impliqués, pour investir dans le film.

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Même avec l’objectif atteint, le réalisateur et son actrice principale (Kristen Bell) continuent leur campagne afin de récolter des fonds, annonçant sur Twitter que tout dollar supplémentaire permettra un film de meilleure qualité.

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Le crowdfunding ouvre la voie

Depuis, motivés par ce succès, d’autres réalisateurs de séries annulées se sont manifestés et ont annoncé la possibilité de suivre l’exemple de Rob Thomas… Notamment Bryan Fuller, réalisateur de la regrettée Pushing Daisies, qui voudrait pouvoir réanimer sa création. Idem pour Arrested Development : avant que la série soit remise au goût du jour par Netflix, il avait été envisagé de la sauver via Kickstarter.

Ce n’est pas la 1e fois que des fans se mobilisent massivement. Pour protester contre l’annulation de Jericho, ils avaient envoyé 20 tonnes de noix aux siège sociaux de CBS, pour sauver Chuck, ils étaient allé manger chez « Subway », et pour Moonlight, ils étaient allé jusqu’à donner leur sang.

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De ceci on retient surtout le « pouvoir » des fans, qui peuvent avoir une véritable influence sur la vie ou la mort d’un projet. Enfin, seulement si on leur en donne l’occasion. Car pour des campagnes de collecte de fonds de cette envergure, ce sont avant tout les studios qui gardent la main mise : possédant les droits, ce sont eux qui décident d’agir ou non.

Existe-t-il un pouvoir des fans ?

La question de l’impact que peuvent avoir les fans se pose surtout en ce qui concerne le financement de projets indépendants, de petites tailles et/ou portés par des inconnus. C’est là qu’entrent en scène les spectateurs, les investisseurs et les soutiens bienveillants.

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En proposant un projet de film sur une plateforme telle que Kickstarter, ou chez les frenchies de KissKissBankBank, les réalisateurs et scénaristes peuvent demander un soutient financier à leur projet, qui leur permettrait de le réaliser.

Rien de plus simple pour le faire : après une sélection, selon « la maturité et la cohérence » des projets, il suffit de le décrire, le doter d’un objectif chiffré à remplir, et d’un délai. Pour chaque somme que les spectateurs acceptent d’investir, ils reçoivent une contrepartie, qui va d’un remerciement dans le générique, à une invitation sur le tournage, ou parfois même à un petit rôle dans le film (c’est la plus haute récompense offerte dans la campagne pour Veronica Mars).

Une fois la campagne commencée, il suffit d’attendre qu’elle récolte ses fruits ! Les objectifs peuvent parfois être dépassés, si un projet motive plus que d’autres : « une fois l’objectif atteint, tout le monde peut continuer de donner jusqu’à la fin de la collecte ! La majorité des collectes dépassent largement leur objectif et bénéficient ainsi de plus pour aller au bout de leurs idées », explique Ombline le Lasseur, cofondatrice de KissKissBankBank. Une fois la collecte réussie, la somme est transférée au créateur par virement.

Internet peut-il court-circuiter Hollywood ?

Alors, Internet peut-il court-circuiter Hollywood ? Avec le nombre de plus en plus important de recours à ces techniques de financement, c’est peut être en voie de se réaliser. « Plus de 2500 projets ont été présentés depuis la création de KKBB en mars 2010, pour plus de 4 millions d’euros collectés ». Et l’audiovisuel, pris au sens large (courts et longs métrages, documentaires, clips) est la « catégorie reine ».

De la même façon outre Atlantique, lors du Festival du film de TriBeCa (fondé par Robert de Niro, entre autres) de 2012, 17 des films en compétition avaient utilisé le crowdfunding pour obtenir une partie des ressources nécessaires à la réalisation de leurs longs-métrages (par exemple First Winter, ou Graceland).

Le crowdfunding, en plus d’impliquer les fans dans le processus créatif, permet aussi aux réalisateurs de garder la main mise sur leur travail. Aujourd’hui, cette technique remplace les gros investisseurs, qui exercent souvent un fort contrôle sur la production finale et demande une part des profits ; par des « vraies personnes », leur rendant accessible un investissement personnel et financier dans des films. Ce qui réalise le rêve du réalisateur… Et parfois le leur.

Les réalisateurs de longs et courts métrages semblent avoir saisi l’intérêt de ces plateformes, et ils sont nombreux à y avoir recours. En plus de gagner des fonds supplémentaires, ils en profitent également pour impliquer les gens dans leur film, et ainsi commencer la pub pour celui-ci.

En ce qui concerne Rob Thomas, c’est un peu différent. A TriBeCa, ou sur KKBB, se sont souvent des projets de films indépendants, défendus par des jeunes réalisateurs qui cherchent à se faire connaître qui sont développés. Ici, les personnes à l’origine du projet auraient pu le financer eux-mêmes. Ce sont pour les droits du film, et pour convaincre la Warner de financer la postproduction, qu’ils se sont engagés. De plus, cela concerne l’adaptation sur grand écran d’une série populaire, et non une création originale.

Ainsi, si l’expérience avec Veronica Mars est un succès, il se pourrait bien que cela influence le futur de la télévision. Les séries télévisées, soumises aux lois de l’audimat, sont parfois injustement évincées des grilles de diffusion. Et si le désarroi des fans se transformait en une énergie nouvelle, qui leur permettrait de reprendre leur série en main ?

Article écrit par Lorraine Besse

Par Lorraine Besse, publié le 05/04/2013

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