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Critique : Les Nouveaux Mutants, vol au-dessus d'un nid de gâchis

Publié le

par Arthur Cios

© 20th Century Fox

Récit d'un film maudit.

On ne va pas refaire toute l’histoire. Vous connaissez les grandes lignes : film maudit repoussé de nombreuses fois, film maudit ayant été victime de nombreuses rumeurs quant à sa phase de production, film maudit au milieu d’un processus de rachat de studio par Disney, film maudit dans un contexte Covid-19. En d’autres termes : voilà plusieurs mois que les voyants sont au rouge pour Les Nouveaux Mutants.

Alors commençons tout de suite par poser la seule question qui compte : ce film est-il l’énorme bouse que l’on craignait ? Non, vraiment pas. Mais il n’en est pas un bon film pour autant. Plus encore, c’est un film frustrant, tant il aurait pu être sympathique s’il avait reçu un traitement cinématographique plus subtil et plus malin.

Explications.

De bonnes idées de base

Quand son père l’attrape et lui hurle de partir avec lui, la jeune Dani se réveille en sursaut. Les deux protagonistes courent, tandis que le décor prend feu et explose dans tous les sens à cause d’une tornade. Après une chute, elle se réveille dans un hôpital désert, menottée au lit. Le Dr. Reyes vient alors lui expliquer qu’étant la seule survivante de la réserve Cheyenne, dans laquelle elle vivait avec sa famille et où s’est déroulé le drame, elle doit sans doute être une mutante dont le pouvoir n’a pas encore été révélé.

Sa présence dans cet institut fait alors sens. Elle se trouve accompagnée de quatre autres jeunes mutants en quête d’apprentissage. L’institut est glauque, il est impossible de s’en échapper et des visions d’horreurs en son sein se font de plus en plus régulières. Un mélange de Vol au-dessus d’un nid de coucou et de Cabin Fever en somme. Voilà pour la trame de fond, qu’on avait en grande partie devinée.

Mettre au cœur du récit des ados mutants est en soi une excellente idée. D’autant plus qu’il prend son temps pour les introduire, et ce n’est pas désagréable. En faire un film d’horreur aussi. Les réunir dans un hôpital abandonné, façon asile, est parfait pour mettre le traumatisme de l’apparition de leur pouvoir comme une source d’effroi – la grande idée de ce film. Une grande idée qu’on peut relier à une pierre fondamentale lorsqu’il s’agit des teen movies : Breakfast Club (1985) de John Hughes, soit la réunion d’élèves bien différents et qui ne se connaissent pas lors d’une colle à effectuer dans leur lycée.

Sur le papier, il y a donc du potentiel, auquel on peut ajouter un lien avec le X-Men Universe, la caractérisation des pouvoirs ou encore le potentiel du casting. Le problème, comme souvent, est l’application.

Un résultat plus que décevant

Du côté de l’aspect horrifique des Nouveaux Mutants, c’est un gâchis total. Josh Boone a façonné une espèce de Slender Man incroyablement glauque et effrayant, et certaines visions d’horreur, type un cadavre carbonisé qui apparaît dans le dos d’un personnage dans une piscine, sont efficaces.

(© 20 th Century Fox/Cinéfex)

Mais le montage en douceur, avec de maigres jump scares extrêmement prévisibles, calibré à 1 000 % pour du PG-13, atténue tout l’effet. La mise en scène, quant à elle, n’arrive pas à exploiter le potentiel du truc. On ne ressent jamais la claustrophobie du lieu, la sensation de danger, ou l’enfermement.

À la limite, ne pas flipper aurait pu ne pas être gênant vu le contexte du rachat de la Fox par Disney, si le reste tenait la route. Le script est tout à fait acceptable, mais est jonché d’incohérences. À commencer par une question à laquelle le film ne répond jamais : pourquoi diable aucun des ados n’a songé à buter le Dr. Reyes pour s’échapper du lieu, surtout la mutante incarnée par Anya Taylor-Joy qui est si puissante ? En amorce, le médecin demande à des infirmières d’ouvrir la porte de la chambre de Dani, mais on ne voit aucun employé, jamais. Sont-ils seuls ou pas ? On ne comprend rien.

Et c’est sans parler de la construction du scénario, où la facilité prend le dessus sur un semblant de réalisme – la première réunion sonne tellement faux, les relations entre les individus, les messages théoriques de la prof, et même l’histoire d’amour qui, malgré quelques belles images, nous a semblé plate et sans grand intérêt.

À côté de ça, il y a une rivalité caricaturale entre deux personnages qui n’apporte rien, et deux autres personnages jamais exploités qui font plus de la figuration qu’autre chose. On ne parlera pas du Dr. Reyes, grand oublié du script (alors qu’il s’agit presque du perso le plus intéressant, avec la dualité de sa personnalité). Tout cela cumulé à un jeu d’acteurs complètement absent du long-métrage, et vous comprendrez la déception que représente le film Les Nouveaux Mutants.

Le résultat est vain. Le film ne raconte rien, le sait, et s’en fout. On n’est guère ému, pas effrayé, rien. Le temps semble long, alors qu’il ne dure que 90 minutes. Il s’agit d’un blockbuster fade, et frustrant, tant il aurait pu être plus que cela encore. Même la bouillie CGI de fin aurait pu intéressante si elle n’avait pas été sacrifiée en salle de montage.

Le problème est qu’il s’agissait d’un projet pourri depuis le début. Vulture nous raconte l’envers du décor, entre les réécritures chaotiques, la dizaine de scénaristes qui sont venus en aide au script – en vain. Ça ne pouvait pas bien se finir, et ça se ressent.

Du coup, Les Nouveaux Mutants est-il un bon film ? Non, clairement pas ; mais ça aurait pu. Mérite-t-il pour autant, malgré ces mille et une péripéties, de sortir discrètement en face du mastodonte Tenet, sacrifié pour mieux permettre aux X-Men d’intégrer le MCU ? Sans doute pas. 

Maudit du début à la fin, voilà le destin de ce drôle de blockbuster qui signe la fin d’une époque, et le début d’une autre.

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