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Critique : Falcon Lake, le premier film de Charlotte Le Bon, a vraiment tout bon

Publié le

par Manon Marcillat

Un teen movie pudique à la lisière du fantastique.

Critique : Falcon Lake, le premier film de Charlotte Le Bon, a vraiment tout bon

Au cours du Festival de Cannes, Konbini vous fait part de ses coups de cœur.

Falcon Lake, c’est quoi ?

Entre ses dessins, ses expositions et aujourd’hui son premier film de long métrage, Charlotte Le Bon est une créative compulsive. Même la nuit. En 2020, elle mettait ses rêves et son imagination débordante au service d’un court-métrage, Judith Hôtel, à mi-chemin entre The Lobster, Donnie Darko et Shining sous influence David Lynch.

Thomas, valises sous les yeux et grand insomniaque, se rendait au Judith Hôtel, un établissement très prisé, pour "un nouveau départ", où il fera surtout des rencontres incongrues, d’une mythomane repentie à un boulotteur de stylos Bic. Une histoire à dormir debout sortie tout droit des rêves de la réalisatrice, qu’elle avait pu présenter au Festival de Cannes grâce au programme Talents Adami Cinéma.

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Après ce coup d’essai prometteur, on attendait donc avec impatience de voir le résultat de son passage au long, pour lequel elle a choisi d’adapter la bande dessinée subversive et sensuelle Une sœur, de Bastien Vivès. Elle raconte, en images, les vacances en famille d’Antoine, 13 ans, et de son éveil sexuel par Hélène, 16 ans, la fille du couple d’amis de ses parents. Pour ce galop d’essai, la réalisatrice québécoise n’a donc pas choisi la facilité.

Pour composer le scénario de Falcon Lake, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, Charlotte Le Bon a sollicité François Choquet, coscénariste de La Femme de mon frère de Monia Chokri, et a décidé de transposer le récit au Canada, dans le Manitoba, aux abords du lac Falcon. Outre son nom énigmatique, ce lac fut également le théâtre d’une étrange rencontre. En 1967, un mécanicien canadien affirmait y avoir fait la rencontre d’un ovni. S’il n’est aucunement question d’objet volant non identifié ou de quelconque extraterrestre dans Falcon Lake, le film traitera en revanche de gentils fantômes qui hanteront le film et ses petits héros.

Falcon Lake, Nos cérémonies, Les Cinq Diables, etc. On l’a vu – et apprécié – cette année à Cannes, le fantastique sert très bien le propos de l’enfance et de l’adolescence au cinéma. S’il est moins assumé que dans Judith Hôtel, une sensation d’étrangeté infuse cependant ce récit initiatique adolescent, et ce dès l’arrivée de la famille dans le cabanon qu’elle va occuper pendant ses vacances. Et c’est au cœur de ces longues journées d’été loin des adultes, entre la moiteur de la chambre qu’il partage avec Chloé et les rives du lac Falcon, que Bastien va vivre des vacances uniques grâce à l’impétueuse adolescente.

Pourquoi c’est bien ?

À l’image de Judith Hôtel qui assumait ses influences pour composer un court-métrage singulier, Falcon Lake convoque également le meilleur des teen movies. Bastien, ce petit héros malmené mais fasciné par Chloé, nous évoque le prépubère Stevie, le héros de 90’s, magnifique film d’apprentissage réalisé par Jonah Hill, prêt à tous les coups (au sens littéral) pour acquérir une réputation auprès d’une bande de skateurs de Los Angeles.

Leurs pérégrinations, en bande, au cœur des paysages canadiens, tantôt inquiétants, tantôt exaltants, nous rappellent Stand by Me, le meilleur film de Rob Reiner, sur un petit groupe de jeunes garçons têtes brûlées qui, au cours d’un long été d’ennui, partent à la recherche du corps d’un enfant de leur âge récemment disparu dans l’Oregon. Enfin, sur la forme, le parti pris fantasmagorique, à la fois onirique et imagé, pencherait plutôt du côté de A Ghost Story de David Lowery.

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À l’écran, l’éveil de Bastien sera moins sexuel que sur les planches de Bastien Vivès et passera davantage par toutes les expériences que va lui faire vivre Chloé. Si l’adolescente procure à Bastien ses premiers émois érotiques, elle le pousse surtout dans ses retranchements, l’oblige à combattre sa timidité et ses peurs (de l’eau comme de la masturbation), l’emmène à ses premières fêtes (on a rarement vu d’aussi jolies scènes de soirées au cinéma) et lui offre ses premières cuites. Ce n’est pas tant le corps de Chloé – beaucoup moins érotisé que dans Une sœur de Vivès – qui fascine Bastien que la liberté qu’elle incarne du haut de ses 16 ans. Car à l’adolescence, trois ans sont une éternité.

Si les scènes de sexe sont donc moins présentes, à l’exception d’une délicate séquence de masturbation en ombres chinoises, Falcon Lake repose en revanche sur la même économie de mots que la bande dessinée. Si Chloé est frondeuse, Bastien est d’une discrétion constante et leur relation est plus faite d’actions et de vérités que de grands discours. Et dans la tranquillité parfois menaçante des grands espaces canadiens, Falcon Lake oscille entre la douceur des grandes vacances et la violence de l’adolescence jusqu’à sa conclusion, tragique et poétique.

On retient quoi ?

L’acteur qui tire son épingle du jeu : Joseph Engel, ici suiveur mais déjà vu leader dans La Croisade de Louis Garrel
La principale qualité : La pudeur et la délicatesse avec lesquelles le film traite de l’éveil sexuel adolescent
Le principal défaut : Quelques longueurs
Un film que vous aimerez si vous avez aimé : 90’s, Stand by Me, A Ghost Story
Ça aurait pu s’appeler : Souviens-toi l’été dernier
La quote pour résumer le film : "Une tragique histoire d’amour et de fantômes"

Les films de la Quinzaine des Réalisateurs seront projetés bien avant leur sorties en salle au Forum des Images du 16 au 26 juin.

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