Comment THX 1138 est devenu le premier film culte de George Lucas

En 1971, la Quinzaine des Réalisateurs braque ses projecteurs sur un cinéaste dont le nom n'a pas encore traversé l'Atlantique : George Lucas. Dans ses bagages, un film, au doux nom de THX 1138

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Maggie McOmie et Robert Duvall dans THX 1138, le tout premier film de George Lucas

Des murs blancs, des hommes vêtus d'uniformes blancs, des visages et cheveux rasés au plus près, des chaussures blanches, de longs couloirs blancs, sinistres, à la surface toute aussi... blanche. En 1971, l'univers de THX 1138  façonné par George Lucas est aussi glacial que son titre est robotique.

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Trois ans plus tôt, cette blancheur de l'environnement apparaît pour la première fois au cinéma à travers un chef-d'œuvre qui va traverser l'imagerie de la science-fiction : 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick. Elle s'incarne dans les antres du vaisseau Discovery One commandé par la fameuse intelligence artificielle qu'est HAL 9000.

Mais le propos de George Lucas n'est pas de donner dans la modernité. Si son objectif est bien de retranscrire une société plus évoluée, le choix de ne pas utiliser d'autres couleurs retranscrivent sa volonté de faire disparaître l'humain dans une structure monochrome, donnant une impression d'absence de profondeur, de transparence autoritaire. Et c'est exactement ce qu'entend traduire George Lucas.

Il est alors âgé de 23 ans et n'a pas encore réalisé Star Wars.

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À l'origine, un court métrage d'étudiant

Étudiant à l'Université de Californie du Sud, le cinéaste en devenir récupère une histoire scénarisée en octobre 66 par deux étudiants en cinéma à New York, Matthew Robbins et Walter Murch. Ces derniers décident de s'en détacher, la trouvant trop sombre, trop "underground". George Lucas, lui, veut la matérialiser.

À l'origine du projet une ambition du futur réalisateur : tourner un film de science-fiction avec les moyens du bord. En 1983, dans le livre biographique Skywalking: The Films of George Lucas, Dale Pollock relaie cette citation du réalisateur à propos de son projet :

Il devait être basé sur le concept que nous vivions dans le futur et qu'on pourrait faire ce monde futuriste en s'aidant de choses existant déjà. 

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Nous sommes en 1967 et celui qui n'est encore qu'un étudiant à l'USC profite d'un arrangement entre son école et la marine américaine. Il bénéficie, grâce à un échange entre les deux institutions, des moyens de la Navy pour concevoir le film autant via son aspect technique (une partie de l'équipe de tournage est constituée de marins) que logistique, certaines scènes étant tournées dans le centre de commande de l'Université de la Californie du Sud ou des parkings de l'aéroport de Los Angeles, autant de lieux normalement interdits aux tournages.

En échange, George Lucas donne des cours de cinéma aux militaires. Une opération qui lui permet de tourner, en 12 semaines, son premier court. Il s'appelera THX 1138 : 4EB/Electonic Labyrinth et remportera un prix au National Student Film Festival de New York dans la catégorie drame. Dans le premier rôle, un inconnu qui le restera, Dan Natchsheim.

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Un film qui raconte l'art de George Lucas

Si THX 1138 : 4EB/Electonic Labyrinth ne dépasse pas encore les frontières de la cinéphilie, il est tout de même remarqué par un certain Francis Ford Coppola. Le déjà réalisateur de Big Boy et Finian's Rainbow crée en 1969 avec George Lucas, devenu son ami, une société de production à San Francisco, American Zoetrope. Ils négocient deux projets cinématographiques avec la Warner : Apocalypse Now et la transformation du court du futur réalisateur de la saga Star Wars en un long métrage.

Avec 770 000 dollars de budget, l'aide de Walter Murch et l'acteur Robert Duvall, George Lucas met en images une dystopie terrifiante. Le 25ème siècle qu'il imagine a supprimé toute émotion de la nature humaine. La caméra suit la vie d'un ouvrier spécialisé qui n'a de nom qu'un mélange de trois majuscules et d'un nombre à quatre chiffres.

George Lucas sur le plateau de tournage de THX 1138, ici dans la prison même

George Lucas sur le plateau de tournage de THX 1138, ici dans la prison même

Incarné par Robert Duvall, il évolue au sein d'une société qui n'a plus d'humain que le nom : l'autorité est invisible, délimitée violemment par des policiers-robots tandis que les uniques dialogues résident dans une communication à sens unique entre les humains et une effigie symbolisant une religion monothéiste.

Suivant le chemin divergent de LUH 3417, THX 1138 redécouvre les sentiments, s'attirant les foudres d'une direction qui ne veut pas de relation entre les humains. À sa sortie, THX 1138 est présenté au Festival de Cannes lors de la Quinzaine des Réalisateurs. Mais sa diffusioin commerciale est un échec pour la Warner.

Pour son premier film, George Lucas semble déjà batailler entre ses aspirations expérimentales et ses obligations de trouver un public, donc des recettes.

Le film est progressivement devenu un film culte grâce au succès de son petit frère devenu grand, très grand, la saga Star Wars, braquant alors la lumière sur les premiers projets de George Lucas. À l'occasion du succès d'Un nouvel espoir en 1977, THX 1138 est réédité avec l'ajout de scènes supprimées par la Warner. En 2004, George Lucas n'en a toujours pas fini : il tourne de nouveaux plans et modifie certaines séquences en ajouant des composantes numériques (une foule plus dense, une usine de robots, etc.), afin de sortir sa véritable version "Director's Cut", amenant à des projections la même année.

Une histoire dépourvue de dialogues, une tension de tous les instants, l'évocation d'un homme se battant face à ce qui l'enferme, le destin comme une forme d'autorité supérieure... Tous ces thèmes évoquent déjà l'esprit de la filmographie du cinéaste. Et cette dernière image de retentir dans les esprits de ceux qui ont été marqués par THX 1138 : Robert Duvall en contre-jour face à un soleil qui évoque ceux de Tatooine, tandis qu'un oiseau prend son envol.

(Capture d'écran de la dernière scène du film de THX 1138 de George Lucas)

(Capture d'écran de la dernière scène du film de THX 1138 de George Lucas)

Par Louis Lepron, publié le 15/05/2015

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