(© Metropolitan)

Comment Peter Farrelly est passé des comédies graveleuses à l’oscar du meilleur film

Le réalisateur de Green Book était jusque-là connu pour Dumb et Dumber ou Mary à tout prix...

De Dumb et Dumber à Green Book : Sur les routes du Sud. (© Metropolitan)

Depuis le début de la saison des prix cinématographiques, on a bien vu qu’un favori se distinguait. C’est donc sans grande surprise que Green Book : Sur les routes du sud a chopé ce dimanche 24 février plusieurs oscars, dont ceux du meilleur acteur dans un second rôle, du meilleur scénario original et du meilleur film — tout simplement. Sauf que la personne derrière le long-métrage n’avait pas une carrière le destinant à recevoir la plus prestigieuse des statuettes dorées.

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Peter Farrelly, le réalisateur du biopic de Don Shirley, signe en fait ici son premier drame. En effet, le cinéaste, avec son frère Bobby, s’est fait un nom grâce aux comédies graveleuses et potaches, notamment le culte Dumb et Dumber, son premier film sorti en 1994. Ses autres faits d’armes les plus célèbres sont Mary à tout prix, Fous d’Irène, ou L’Amour extra-large. Vous voyez le genre.

Comment l’homme derrière ces comédies bien grasses a pu se retrouver sur la scène du Dolby Theater pendant la 91e cérémonie des Oscars ? En réalité, cela n’a rien de bien surprenant !

Des gags bien gras, et beaucoup d’amour pour autrui

Si l’on y regarde de plus près, on constate que certains thèmes du "meilleur film de l’année" sont déjà présents dans les précédents films de Farrelly. De là à dire que Green Book est un melting-pot de toute sa filmo, il n’y a qu’un pas.

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Green Book reprend ainsi l’un des grands axes de Dumb et Dumber : un road trip avec deux individus bien différents qui, passée l’animosité initiale, vont devenir amis pour la vie (les gags scato en moins).

D’ailleurs, le motif du road movie est aussi dans Fous d’Irène, Osmosis Jones (en tout cas pour les scènes en animation se déroulant dans le corps de Frank), Les Trois Corniauds et, logiquement, dans Dumb and Dumber 2. Pas anodin, donc.

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Le trajet est juste un prétexte pour parler de l’importance de s’accepter et s’aimer les uns les autres, en dépit des différences que l’on peut avoir. Si on regarde du côté de L’Amour extra-large – qui raconte l’histoire d’un homme, campé par Jack Black, qui est hypnotisé pour ne pas voir qu’il tombe amoureux d’une femme en surpoids, ce qui lui permet de se concentrer sur sa beauté intérieure –, cela semble assez évident.

On pourrait longtemps continuer à fouiller dans les comédies des Farrelly pour y trouver les thèmes de Green Book. Un peu comme pour Adam McKay qui, à travers ses Anchorman ou Very Bad Cops, proposait déjà des critiques sociétales. La différence entre les deux est la raison du passage de la comédie au drame. Pour l’homme derrière The Big Short ou Vice, c’est un ras-le-bol des inégalités et de la corruption. Pour Farrelly, cela semble être différent.

Ce qui prime pour lui, c’est le fond, même s’il met un point d’honneur à faire des gags. Mais quand il a entendu parler en 2015 pour la première fois de l’histoire vraie du pianiste virtuose Don Shirley – qui a décidé au beau milieu des années 1960 d’aller faire une tournée de concerts dans le Sud encore bien raciste des États-Unis –, son sang n’a fait qu’un tour. Déjà, parce qu’il y a cette relation entre le chauffeur raciste et le musicien noir — et donc ce truc de personnalités bien opposées qui se rencontrent et finissent par se lier. Mais pas que…

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Nous sommes alors avant l’élection de Trump, et les vidéos de violences policières se multiplient. Un contexte qui le pousse à croire qu’il faut raconter cette folle histoire. Mais pas avec son humour habituel. S’il y a bien des gags, ils n’ont rien de comparable à ceux auxquels Farrelly nous a habitués. Il a d’ailleurs refusé d’écrire des blagues à proprement parler : tout se joue dans les personnalités des personnages.

Ce changement de registre a compliqué bien des choses. Le film ne se serait jamais fait si Viggo Mortensen n’était pas tombé amoureux du script. Personne ne voulait financer le film d’un Farrelly qui ne comprenait pas des grosses flatulences (on exagère un peu, mais c’est l’idée). Sans l’acteur, Mahershala Ali n’aurait peut-être pas signé, et les studios auraient refusé de filer "généreusement" 20 millions de dollars pour ce film au tournage très court.

Cela signifie-t-il que Peter Farrelly ne fera plus que des drames comme Green Book ? Pas sûr. Mais tant qu’il tient une bonne histoire contenant son thème de prédilection, il y a de fortes chances qu’il soit partant – et s’il y a une occasion de caser une scène où quelqu’un s’étale du sperme dans les cheveux, ce ne sera que du bonus.

À voir également -> D’Anchorman à Vice, le réalisateur Adam McKay décrypte sa filmo en vidéo

Par Arthur Cios, publié le 25/02/2019

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