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Comment Jean-Paul Belmondo a influencé Cobra, Jackie Chan et Tom Cruise

Publié le

par Aurélien Chapuis

Retour sur l’impact de l’acteur français sur le continent asiatique. Manga, jeux vidéo, cinéma d’action, Bébel est partout.

Jean-Paul Belmondo est un monument. Bébel, c’est la boxe, le magnifique, le guignolo, le marginal… En un mot : légende. Mais est-ce que vous saviez que Belmondo était aussi une influence essentielle en Asie ?

Tout commence en 1960, avec Godard et son film noir "À bout de souffle". Une Nouvelle Vague envahit alors le cinéma partout dans le monde, notamment au Nouvel Hollywood avec Scorsese ou Coppola mais aussi… au Japon.

En effet, le voyou du film, Michel Poiccard, joué par Belmondo, devient une vraie inspiration des artistes japonais pour son côté cool, léger et frondeur. Il va notamment marquer Buichi Terasawa, jeune apprenti mangaka, qui travaille alors avec la mégastar Osamu Tezuka (Astro Boy, c’est lui, mais aussi plein d’autres personnages éclatants… En gros, c’est Disney, le mec).

Bref, pendant qu’il bosse avec Tezuka, Buichi invente en 1978 un pirate de l’espace nommé Cobra qui a, trait pour trait, le visage de Belmondo, jusqu’au cigare. Et il y apporte la même attitude : désinvolte, blagueur et nonchalant.

Encore mieux : pour échapper à d’autres pirates de l’espace, Cobra a dû changer de visage pour avoir celui de Bébel. Et avant cette chirurgie, le premier visage de Cobra ressemblait à… Alain Delon. Car Buichi était aussi fan du Samouraï, film noir de Jean-Pierre Melville avec Alain Delon, implacable et froid. 

Belmondo, premier cow-boy de l’espace

Cobra est devenu un des mangas les plus populaires au monde dans les années 1980, avec donc la tête de Bébel. Et le style de Bébel influence aussi de nombreux autres personnages, parfois avec les mêmes mimiques de visage que l’acteur français comme le Lupin de Monkey Punch, dont Hayao Miyazaki fera son premier film, mais aussi juste dans l’attitude, comme Ryo Saeba, alias Nicky Larson, ou même Spike Spiegel de Cowboy Bebop.

Quelques années plus tard, en 1986, l’éditeur de jeux vidéo Konami développe une de ses plus grosses franchises à venir : "Castlevania". Tellement énorme que c’est devenu une série sur Netflix. Eh bien, le personnage principal pourfendeur de vampire se nomme Simon Belmont. Et là, on se dit : "Bah alors, c’est quoi le rapport avec Bébel ?" Eh bien, Belmont, en fait, c’est une traduction internationale. Dans la version originale du jeu japonais, le héros s’appelle Simon Belmondo, tout simplement. Donc un des plus grands héros de jeux vidéo fait référence directement à Jean-Paul Belmondo. Et il fouette des vampires. La classe.

De l’autre côté de la mer de Chine, à Hong Kong, À bout de souffle est aussi une référence principale, notamment chez le maître de films d’action John Woo. Il adore aussi le Samouraï avec Alain, il en a même fait la référence principale d’un de ses films : The Killer. Mais il y a un autre film français qui a eu un impact certain sur le cinéma d’action local, c’est L’Homme de Rio en 1962.

Entre Tintin et Indiana Jones, il y a l’Homme de Rio

C’est là que Belmondo devient le visage du film d’action et d’aventure à la française, un Tintin dans la vie réelle à la sauce Buster Keaton. Pas souvent cité, ce film classique signé Philippe De Broca est pourtant la référence principale de Steven Spielberg et George Lucas pour la création d’Indiana Jones et Les aventuriers de l’arche perdue. C’est ainsi que Steven devient un inconditionnel de Tintin mais c’est une autre histoire. Car L’Homme de Rio est surtout une énorme référence à Hong Kong, pour ses cascades, son rythme et son sens total de l’aventure.

La fausse suite de L’Homme de Rio, nommée Les Tribulations d’un Chinois en Chine, est justement tournée en partie à Hong Kong et le réalisateur John Woo se souvient que c’était la première fois qu’il voyait une cascade aussi impressionnante sur l’échafaudage en bambou d’un gratte-ciel. On est en 1965, et c’est cette même cascade qui a marqué un autre artiste de Hong Kong, acteur cette fois-ci : Jackie Chan.

Jackie Chan, la cascade ultime à la Belmondo

Jackie est alors spécialiste de l’opéra chinois et des arts martiaux. Mais il découvre autre chose dans les films de Belmondo : les cascades ultimes. Quand Jackie Chan se met à réaliser ses propres films dans les années 1980, il mélange les films d’arts martiaux, typiques de Hong Kong et de sa légende Bruce Lee, des classiques de Buster Keaton et Charlie Chaplin avec les films d’action très français de Bébel, comme Le Casse, Peur sur la ville ou Le Magnifique. Et surtout, Jackie fait lui-même toutes ses cascades, un enseignement qu’il a tiré de… Jean-Paul Belmondo.

Encore plus loin dans l’hommage, pour Mister Dynamite, film d’aventure de 1984 bourré de références à L’Homme de Rio et donc un peu à Indiana Jones, Jackie Chan emploie Rémy Julienne pour organiser toutes les cascades du film, le même Rémy qui chorégraphie celles de Belmondo depuis 1971. Plus tard, Jackie fait plusieurs hommages à Belmondo, notamment dans sa série de classiques Police Story, en reprenant certaines de ses plus belles cascades en hélicoptère, sur un train ou dans une chute vertigineuse (Qui suis-je ?). 

De Jean-Paul Belmondo à Tom Cruise en passant par la Chine

Traversons maintenant le Pacifique. En 2000, pour Mission impossible 2, Tom Cruise demande à John Woo de prendre la réalisation de sa franchise phare. Tom est fan des films d’action, de Hong Kong, et surtout d’un acteur : Jackie Chan. Il demande à John Woo de lui faire un film d’action dans le même genre.

Et Tom n’a qu’une condition : il veut faire toutes ses cascades. Comme Jackie Chan. Donc comme Bébel. Au final, Tom Cruise, maintenant, c’est Jean-Paul Belmondo passé par l’Asie. Il s’est "belmondorisé". Comme a dit Tarantino, Bébel c’est pas juste une légende, c’est un verbe. 

Repose en paix, le boss.

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