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Colette : ce documentaire primé aux Oscars va vous bouleverser

Publié le

par Paul Bled

Ça s’appelle Colette, c’est sur une ancienne résistante française et vous pouvez sortir vos mouchoirs.

La cérémonie des Oscars de l’année 2021 aura décidé de mettre en avant une œuvre qui témoigne de la résistance lors de la Seconde Guerre mondiale à travers le personnage de Colette. Dans cet émouvant court-métrage documentaire primé dans sa catégorie, le metteur en scène met en lumière cette Française âgée de 92 ans qui a appartenu à la Résistance.

Elle est accompagnée de Lucie, une étudiante et historienne en devenir, alors qu’elle entreprend une commémoration en se rendant en Allemagne, dans le camp de concentration de Dora, où son frère Jean-Pierre est mort d’épuisement à 17 ans, en mars 1945. Quelque 60 000 personnes y ont été détenues et forcées de travailler pour l’industrie nazie d’armement, qui y met au point ses fusées V2. Un prisonnier sur trois décédera.

Long d’une vingtaine de minutes, Colette est disponible via YouTube et le compte de The Guardian.

Une bague en cadeau

Au-delà du voyage de mémoire, le film montre la naissance d’une relation entre Colette Marin-Catherine, débordante de vitalité à 90 ans, et une jeune passionnée d’histoire, Lucie Fouble, 17 ans, qui va l’accompagner. Avant le tournage, Colette avait toujours refusé d’aller en Allemagne. "Le tourisme morbide, ça ne m’intéresse pas", lâche-t-elle à la caméra.

Mais elle se laissera convaincre de partir avec cette bénévole de la Coupole de Saint-Omer, bunker qui devait servir au lancement des V2 sur Londres, devenu un lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans le Pas-de-Calais. Lucie est l’une des petites mains qui y documentent le parcours de 9 000 déportés à Dora depuis la France.

Depuis son appartement de Caen jusqu’aux souterrains où s’effectuait le travail forcé et à l’endroit de la mort de son frère, la caméra capte à vif l’émotion de Colette, qui découvre "un cauchemar, l’enfer, Dante sur terre". Elle culmine lorsque la vieille dame remet à l’adolescente une bague artisanale, dernier souvenir qu’elle garde de son frère.

"Chape de plomb"

"Ce film, qui symbolise la transmission, m’a permis de rencontrer une ancienne résistante, mais ça ne s’est pas arrêté là. Nous avons un lien sentimental, comme une petite-fille et sa grand-mère", explique à l’AFP Lucie Fouble. Pour l’équipe de chercheurs et de bénévoles, dont cette élève de classe préparatoire qui veut devenir historienne fait partie, l’Oscar attribué au film pourra apporter un coup de projecteur bienvenu sur leur travail de fond et de l’ombre.

"Je suis heureuse que ce film ait été primé aux États-Unis, et vu là-bas, alors qu’après la guerre, les Américains ont récupéré [l’ingénieur nazi Werner] Von Braun", spécialiste des V2, pour le faire travailler sur leur programme spatial. "Les Américains ont voulu effacer l’histoire du camp de Dora et le passé nazi de Von Braun, et ce film permet d’en reparler", ajoute Lucie Fouble.

"Ce film est un moyen magnifique d’intéresser un public plus jeune", abonde l’historien Laurent Thiery, qui dirige les recherches à la Coupole sur les déportés à Dora, et a publié un livre-somme de 2 500 pages pour tirer de l’oubli les vies brisées de ces résistants. Au-delà de l’Oscar et du parcours tragique de Jean-Pierre Catherine, remettre en contexte et soulever la "chape de plomb qui a longtemps entouré" ce camp de Dora reste un travail à poursuivre, souligne-t-il.

"Un hommage aux femmes de tout âge"

Ce film est produit par la Française Alice Doyard, dont le travail avait déjà mis en relief la thématique de la résistance dans le film produit pour la BBC, Resistance Women: The Fight Against Hitler in Berlin. Pour Colette, la productrice a aussi su s’entourer des studios Oculus VR et Respawn Entertainment pour mener à bien sa production, ce qui en fait le premier film à Oscar présent dans un jeu vidéo, Medal of Honor: Above and Beyond, via le mode galerie.

"Cette récompense et ce film, a salué Alice Doyard en recevant son prix, sont un hommage aux femmes de tous âges, partout dans le monde, qui se donnent la main et se battent pour la justice. Vive Colette et vive la France !" Elle a reçu un "grand bravo" du président Emmanuel Macron, saluant aussi les deux autres lauréats français de la soirée : Florian Zeller pour The Father, et l’ingénieur du son Nicolas Becker pour Sound of Metal.

Konbini avec AFP

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