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Voilà ce que "Cinquante Nuances de Grey" nous apprend sur les pratiques SM

Publié le

par Anaïs Chatellier

Véritable phénomène, la trilogie érotico-sado-sentimentale Cinquante Nuances de Grey aura fait fantasmer plus d'un lecteur en jouant sur un registre sadomasochiste. Nous avons demandé à des sexologues et des spécialistes de nous éclairer sur cette pratique sexuelle marginale et la manière dont elle est représentée dans le roman.

Vendue à plus de 100 millions d'exemplaires à travers le monde, la trilogie de la Britannique Erika Leonard James a connu un succès sans précédent dans la catégorie "littérature érotique", au point d'en arriver à une adaptation cinématographique réalisée par Sam Taylor-Johnson. Disponible uniquement sur Internet au départ, le premier tome considéré comme du  "mommy porn" – du " porno pour mamans" – a en effet rapidement fait le buzz.

L'histoire passionnelle entre Anastasia Steele et Christian Grey aura alors déchaîné aussi bien les passions que les torrents de haine. Souvent critiqué pour son style littéraire médiocre ou son côté niais, Cinquante Nuances de Grey a également interloqué ses détracteurs par le côté BDSM – Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Sadomasochisme – de la relation entre les deux protagonistes. Il reste tout de même intéressant voire surprenant qu'un roman qui aborde une pratique pourtant encore marginale ait suscité un tel engouement.

C'est pourquoi nous avons demandé à des sexologues et des spécialistes de nous éclairer sur les raisons d'un tel succès, tout en analysant la manière dont le sadomasochisme y est représenté.

Les raisons du succès de Cinquante Nuances de Grey

Le marketing mais aussi l'effet de mode ont indubitablement joué un grand rôle dans la propagation de la trilogie. Il n'y a qu'à voir les étagères remplies et les ruptures de stock dans les librairies pour se rendre compte que Cinquante Nuances de Grey est devenu un phénomène à part entière à destination d'un public large. La littérature érotique à saveur sadomaso existait pourtant bien avant ce roman, comme le rappelle Carlos Seguin, auteur de Le sadomasochisme publié aux Éditions Carthagène :

Dans les années 80 et 90, les romans érotiques ou sadomasochistes s’adressaient à une clientèle bien particulière, voire spécifique. Peu à peu, la littérature érotique, quelle qu’elle soit, s'est démocratisée et est devenue tout à fait normative. Les femmes se donnent désormais le droit d’écrire, de raconter leurs fantasmes...

La démocratisation de la littérature érotique s'expliquerait donc par une demande de la part de la population avide de fantasmes. Philippe Baschoux, membre du Syndicat National des Sexologues Cliniciens et conseiller en psycho-sexologie, a remarqué à travers ses patientes que cela leur avait permis notamment une ouverture vers leur imaginaire érotique. "Elles vivent par l’héroïne interposée des scènes pouvant susciter leur excitation. Certaines patientes me confient que la lecture de certaines pages leur a donné envie de masturbations où dans leurs pensées elles étaient actrices du roman".

Car une des demandes les plus fréquentes à laquelle il est confronté en tant que sexologue se traduit généralement et étonnamment chez les femmes de 18 à 35 ans vivant en couple, par : "aidez mon compagnon à affirmer sa virilité dans la sexualité, à être entreprenant, à oser me faire découvrir ce que je ne connais pas, même parfois à transgresser certaines choses". Des jeunes hommes qui, dans leur démarche érotique, pensent : "je ne veux surtout pas la froisser, lui imposer des relations intimes, alors je préfère qu’elle vienne vers moi pour me dire qu’elle a envie de faire l’amour…". Philippe Baschoux attribue ainsi une partie du succès du livre au fait que ce genre de femmes "ne se sentent plus désirées puisque leur partenaire n’entreprend rien en se mettant en mode passif". Tout le contraire du héros du livre.

J’ai tendance à penser à ce titre que cet ouvrage leur donne une autre vision du rapport amoureux et sexuel dans le couple, et ce sans vouloir nécessairement aller vers les pratiques qui y sont décrites.

Christian et Anastasia © Universal

Pour Corinne Audinet, sage-femme sexologue à Tours, la question du support est également fondamentale pour analyser le succès. "Le fait qu'il s'agit d'une lecture a son importance également, car les femmes en général préfèrent aux vidéos pornographiques les images suscitées par la lecture qui amène dans l'imaginaire", soutient-elle.

Ajoutez à cela une histoire d'amour avec le mythe vu et revu du riche milliardaire qui séduit une jeune pauvresse prude, une "lecture qui tient en haleine" selon Corinne Audinet, un style abordable par toutes et tous, malgré une "piètre qualité" selon Stéphane Rose, auteur et directeur de collections aux éditions La Musardine spécialisée dans la littérature érotique, le tout dans l'univers ultrasexualisé qu'est le nôtre et le tour était joué. Ce que Jacqueline Breut, psychothérapeute et sexologue clinicienne à Brest, résume par : "Le succès tient à un juste équilibre assez hybride entre le roman fleur bleue et le sadomasochisme", mais le côté SM du livre est-il si convaincant ?

Du Sadomasochisme version "soft"

Pour Jacqueline Breut, rien n'est vraiment crédible dans cette histoire, les personnages étant eux-mêmes de "véritables caricatures". "C’est ça aussi la clé de la réussite commerciale : le fantasme qui par définition est irréalisable. Et c’est pour cela que c’est bon !", analyse-t-elle. Car qui pourrait se permettre d'avoir à son domicile la fameuse "chambre rouge de la douleur", une salle à part entière aussi bien fournie en accessoires BDSM, à moins d'être aussi riche comme Christian Grey ? Combien de femmes ont d'ailleurs rêvé un jour d'interviewer un beau milliardaire et qu'il tombe éperdument amoureux d'elles ?

Si l'histoire est donc peu probable, la crédibilité des scènes SM varie en fonction des avis, mais la plupart des personnes interrogées s'accordent pour dire que c'est surtout le côté "soft" et non "hard" du sadomasochisme qui y est représenté et c'est d'ailleurs pour cela que le roman a autant plu. "C’est crédible si on considère que le SM est un 'petit jeu coquin pour pimenter sa vie sexuelle'. Sinon, ça n’a rien à voir avec du SM", ironise Stéphane Rose.

Quant à Octavie Delvaux, auteur des romans érotiques Sex and the kitchen et Sex and the TV, qui considère Cinquante Nuances de Grey comme un "conte de fée contemporain teinté de sadomasochisme", les dialogues entre les personnages à ce sujet sonnent faux, d'autant plus que "l’héroïne semble se convertir au sadomasochisme d’un coup de baguette magique, par amour ou par fascination sexuelle pour Christian, avec des hésitations puis un plaisir surréaliste".

© Universal

"Ce qu’il faut saisir, c’est que le SM est polymorphe. Il n’existe donc pas une seule pratique sadomasochiste", complète Carlos Seguin. Car donner une fessée, porter des menottes ou se faire bander les yeux histoire de pimenter sa vie sexuelle s'inscrit davantage dans des pratiques érotiques que sadomasochistes. C'est du moins ce que considère Gala Fur, auteur de Osez tout savoir sur le sadomasochisme :

Il s'agit d'une romance épicée et ces pratiques n'ont pas de contenu SM, pas de signification particulière dans la relation à l'autre. Ce sont des jeux "vanille". Les pratiques SM prennent beaucoup plus de temps qu'un rapport vanille et ne comprennent pas de pénétration sexuelle : elles sont basées sur l'attente, la peur, l'abandon de l'ego et de soi et mettent le coït à distance tout en entretenant le désir.

Si elle rappelle à son tour que le SM se décline sous des formes très diverses, Cinquante Nuances de Grey se situerait donc davantage dans une pratique de domination/soumission.

Le rapport dominé/dominant, controverse autour du personnage d'Anastasia

Quoiqu'il en soit, ce rapport entre dominé et dominant apparaît comme une des lignes directives du sadomasochisme. Si certaines personnes considèrent que le fait qu'une femme se retrouvant dans une position de "soumise" ne fait que confirmer la domination masculine, d'autres considèrent la protagoniste comme une héroïne féministe, dans le sens où elle assume sa sexualité. Et là aussi les avis divergent. Stéphane Rose y voit carrément un "besoin larvé, chez la lectrice lambda qui a fait le succès du livre, de rétablir ce qu’elle estime inconsciemment être l’ordre naturel de la domination masculine, mis à mal par quelques récentes évolutions sociétales". Alors associer Anastasia et le féminisme n'aurait aucun sens. En tout cas, Gala Fur est clair à ce sujet : "elle est manipulée, guidée par un homme dont elle est amoureuse et n'a donc pas conquis d'autonomie sexuelle".

Habituée à mettre en scène des femmes actives et dominantes à travers ses livres et à trouver un public féminin réceptif, Octavie Delvaux rappelle "qu'on ne peut nier que le fantasme de soumission demeure ancré chez bien des femmes". "Je ne crois pas que la soumission féminine soit "innée", mais plutôt acquise. C’est le résultat d’une éducation, de messages insidieux envoyés dès l’enfance, de modèles et de stéréotypes où l’homme décide, domine, protège, punit", poursuit-elle avant de nous confirmer que l'on peut très bien être une "soumise féministe" dès lors où l'on choisi son camp. Aimer une sexualité où la domination de l'homme est le maître-mot et soutenir un discours féministe dans la vie de tous les jours ne serait donc pas forcément contradictoire.

© Universal

De plus, les relations de domination/soumission, contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord, répartissent les rôles plutôt équitablement, comme le rappelle Stéphane Rose :

On sait très bien que dans beaucoup de relations SM, c’est souvent l’esclave qui mène le jeu, en tant que personne qui fixe les limites.

Même si pour lui, Anastasia "se soumet également à une batterie effrayante de poncifs sexistes qui vont bien au-delà des jeux sexuels auxquels elle se livre", il reste que dans sa position de dominée, elle a quand même son mot à dire. Il suffit de voir ou de lire la scène où elle négocie le contrat pour se rendre compte qu'elle se prend également au jeu et qu'elle souhaite imposer ses règles elle aussi.

Ainsi, si Corinne Audinet n'évoque pas le terme féminisme, elle tient à souligner qu'à un moment donné, Anastasia va elle aussi endosser le rôle de la dominante, ce qui va instaurer un va-et-vient et un changement de rôle entre les deux personnages.  "Le fantasme ou la mise en scène où se mêlent domination et soumission, nous permet de gérer et contrôler le désir et les rôles de chacun. On est donc finalement décisionnaire dans l’acte sexuel et ce fantasme nous permet d’être le metteur en scène, que ce soit le dominant ou le soumis", analyse Jacqueline Breut, en rappelant bien que le consentement est primordial dans les relations SM.

Cinquante Nuances de Grey, une glamourisation de la violence sexuelle ?

Si Cinquante Nuances de Grey a su toucher un large public réceptif, il a aussi provoqué plusieurs critiques notamment en ce qui concerne sa violence. Le Centre National de l'exploitation sexuelle aux États-Unis par exemple avait lancé un appel pour boycotter la sortie du film. "Non seulement ce film rend glamour et légitimise la violence sexuelle, mais il banalise aussi la violence domestique", préviennent les détracteurs. Pour les sexologues, le rapprochement n'a pas lieu d'être. Si les violences contre les femmes sont un véritable fléau et que l'inégalité sociale est une réalité sociale pesante, Jacqueline Breut souhaite resituer le débat :

Concevoir toute représentation de la violence sexuelle ou de la domination masculine - au théâtre, au cinéma, dans la littérature, les arts plastiques, les performances, la photographie, la danse, etc. - comme une légitimation de cette violence témoigne d'une inculture inouïe. Il s'agit d'une insulte à l'intelligence et à la raison. Faire une analogie entre le BDSM et la violence conjugale est une absurdité totale.

© Universal

La sexologue rappelle également que même les pratiques sexuelles les plus banales comme le missionnaire, peuvent être "dangereuses sans un préalable essentiel : l'excitation et la lubrification (naturelle ou non)". Pour Corinne Audinet, il y a même dans Cinquante Nuances de Grey, un "respect de la femme, dans le sens où à chaque fois qu'ils ont des pratiques SM, il y a consentement de sa part. Ceux qui parlent de violences conjugales n'ont rien compris au livre". Il faut dire que dans l'imaginaire collectif, les pratiques sadomaso sont généralement considérées comme une perversion voire comme quelque chose d'immoral. Et pour Carlos Seguin, cela relève juste d'un manque d'information sur cette pratique sexuelle.

Les gens croient, à tort, que le sadomasochisme est une sexualité de la terreur, une sexualité qui prône une très grande violence, une sexualité qui renvoie à la torture. C’est totalement faux. Les visages des participants sont certes transfigurés par la soumission et l’agonie, mais aussi par le consentement sexuel.

Cette notion de consentement demeure capitale. Le SM est souvent entouré de théâtralité (endroit où se déroule la séance), de fétiches (les objets tels que le fouet, le cuir, les chandelles, certains tissus...) et de dialogues sulfureux (ordres ou insultes). Les jeux de rôle sont également très présents. Le spectre est donc très large...

S'il y a un éventuel danger quant à l'engouement autour de la trilogie et du film susceptible d'émerger, ce serait que les femmes banalisent le sadomasochisme alors qu'il ne convient pas forcément à tout le monde. À ce sujet, Marie-Laure Berges, sexologue à Morcenx, souhaite rappeler : "Ce n'est pas non plus une obligation et le risque avec ce film et ces livres, c'est de faire croire à certaines femmes que le SM doit faire partie de leur sexualité et de leur permettre ainsi d'être plus libérée. On peut très bien et heureusement être libérée et épanouie sexuellement sans passer par le SM".

"Il ne faudrait pas que le schéma véhiculé par Cinquante Nuances, et grandement démocratisé par les produits dérivés, finisse par devenir un diktat", renchérit Octavie Delvaux. Mais preuve que la lecture de Cinquante Nuances de Grey n'a pas laissé indifférent ses lectrices et ses lecteurs, l'industrie du sextoy aurait connu un regain d'intérêt pour les produits SM depuis le phénomène.

Les ventes de sextoys en augmentation

Les aventures d'Anastasia Steele et de Christian Grey exciteraient donc l'industrie du sextoys... La license "Cinquante Nuances" a carrément décliné toute une série de jouets sexuels, entre bandeaux, menottes et cordes. L'appartement où ont été tournées en partie les scènes du film a même été supprimé de Airbnb en raison d'un trop grand nombre de réservations... Un véritable business érotique depuis la sortie de la trilogie, relancé par l'adaptation sur grand écran. Pour Marie-Laure Berges, cela s'inscrit finalement dans une continuité :

L'utilisation des sextoys avait déjà bien progressé depuis quelques années avec des articles dans la presse féminine où on faisait croire aux femmes qu'il était presque anormal de ne pas avoir son petit objet sexuel dans son sac.

Si désormais, le fait d'avoir un petit sextoy caché sous le matelas s'inscrit de plus en plus dans les mœurs, le sujet continue d'être réellement tabou. Pourtant, les jouets sexuels ont pratiquement toujours existé. C'est du moins ce que nous apprend Jacqueline Breut : "On a retrouvé de très jolis objets datant de la préhistoire. L’homme s’est toujours aidé d’outils, pourquoi pas dans sa fonction érotique !". Une idée que soutient Corinne Audinet, "attacher son partenaire, ça s'est toujours fait, il y a toujours eu une idée de mise en scène. À l'époque, il y avait des godmichés en bois par exemple !". On est bien évidemment très loin de la diversité que l'on peut trouver aujourd'hui.

Produits dérivés <em>Cinquante Nuances de Grey</em>

Si les accessoires apparaissent de prime abord indispensables aux pratiques sadomaso, nos experts nous confirment qu'avec un peu d'imagination, pas besoin d'un fouet pour provoquer l'excitation. "Il n'est pas nécessaire d'avoir des accessoires lorsqu'on est créatif" soutient Gala Fur. "Le sadomasochisme est avant tout un jeu de pouvoir or, pour le maître ou la maîtresse talentueux, nul besoin d’artifice pour exercer son pouvoir. Un regard, une voix, la main nue, suffisent", complète Octavie Delvaux.

Il reste que les sextoys sont "avant tout faits pour participer au plaisir sexuel ou pour le décupler quand il s’agit de vibromasseurs ou de godemichets, par exemple", ce qui explique que la majorité des couples adeptes de pratiques SM décident de s'en procurer car "ils sont une aide pour le dominateur comme pour le soumis et ils permettent de créer une tension". Selon l'auteur, ils auraient même contribué à "ôter des verrous autour du plaisir féminin. Certaines femmes ont même (enfin ! ) réussi à découvrir l’orgasme grâce à eux". 

Gala Fur rappelle de son côté que "les sextoys qui se sont vendus sont de type "vanille" : une paire de menottes s'achète dans un magasin de farces et attrapes", on est donc toujours dans le côté "soft" du sadomasochisme. Et pour Marie-Laure Berges, c'est surtout "lucratif pour l'industrie du sexe de les rendre indispensables". Indispensables peut-être mais surtout toujours plus extravagants et approchant des tailles presque inquiétantes. C'est en tout cas un aspect qui interpelle Corinne Audinet.

Le problème, c'est l'envie d'aller toujours plus loin, il faut faire attention à l'addiction et à la déviance. Ce qui m'effraie c'est surtout la dimension des sextoys qui sont toujours plus énormes et qui impliquent une utilisation au détriment du corps. En tant que sexologue et réductrice du périnée, cela m'inquiète.

Et il y a peut être de quoi, puisque selon une enquête, depuis la publication du roman, le nombre d'accident liés à l'utilisation des sextoys aurait explosé, même si aucun lien de causalité n'a véritablement été établi.

Malgré les éventuels dangers, Cinquante Nuances de Grey aura au moins permis à des millions de femmes – et d'hommes, car même s'ils sont beaucoup moins nombreux, le livre n'a pas uniquement séduit la gent féminine – de fantasmer et d'inciter une curiosité et un intérêt envers des pratiques différentes. "Pour assumer et s'épanouir dans sa sexualité, la femme a besoin de connaître son corps mais malheureusement ce n'est pas le cas, la sexualité n'étant toujours pas abordée à l'école, personne ne parle du désir, du plaisir , peu de femmes se masturbent et vivent encore dans la culpabilité. Si Cinquante Nuances de Grey peut leur apporter des fantasmes et des idées, c'est super", rappelle Marie-Laure Berges. Car pour Stéphane Rose :

Ce qui est pervers, c’est de refouler ses fantasmes et de traverser sa vie en passant à côté de sa sexualité. C’est pervers et criminel. Un genre de suicide lent et à feux doux.