Pourquoi le dernier Saw a perdu son autorisation d'exploitation en France

Cinq ans après la sortie du septième opus de la célèbre et fructueuse franchise Saw, voilà que ce dernier vient de se faire annuler son visa d'exploitation en France par le Conseil d'État. Une décision tardive et ridicule, fruit de batailles juridiques menées de front par Promouvoir, une association judéo-chrétienne.

Oui, il s'agit bien de Chester Bennington, le chanteur de Linkin Park

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L'histoire du cinéma dit "gore" est riche. De façon plutôt minimaliste, les spécialistes s'accordent à dire que le gore tel que nous le connaissons aujourd'hui est née en 1963 avec la sortie de Blood Feast, réalisé par Herschell Gordon Lewis. Après ce dernier, les films se succèdent et des mouvements en son sein se génèrent, tels que le célèbre torture porn, où des sadiques manipulent et torturent de pauvres victimes. Un mouvement lancé en partie par l'adaptation des 120 jours de Sodome de Sade par Pier Paolo Pasolini en 1976, où se mélangent viol, torture et scatophilie, entre autres.

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Le premier d'une longue liste en soi, qui sera marquée notamment par Cannibal Holocaust, sorti en 1981 et interdit dans de nombreux pays, mais pas en France où la version censurée ne sera interdite qu'aux moins de 16 ans. Il serait faux de dire que l'horreur se fait croissante tant les images sont déjà crues. Bien évidemment, un cinéaste peut toujours pousser l'horreur plus loin, comme avec Snuff 102 ou A Serbian Film, jugés par certains comme les pires films d'horreur jamais tournés. Mais l'horreur extrême à ce point n'est pas diffusée à grande échelle.

En cela, Saw a, à sa façon, révolutionné le genre, et a pu marquer les esprits de certains. Car là où le torture porn a pendant longtemps été, et ce malgré quelques petits "âge d'or", un cinéma de niche, Saw a popularisé le slasher à petit budget (1,2 millions de dollars pour le premier volet). C'est ainsi que Saw, sorti en France le 16 mars 2005, a rapporté plus de 100 millions de dollars au box-office. Une rentabilité telle que les studios pousseront l'histoire jusqu'au septième opus, Saw 3D: Chapitre final, malgré le relatif échec de Saw 6.

Le dernier film, sorti le 10 novembre 2010 dans salles obscures françaises, ramènera pas moins de 560 000 spectateurs. Il faut dire que, comme tous les autres films de la saga, à l'exception du troisième, il sera interdit aux moins de 16 ans. Mais cette décision n'a visiblement pas fait que des heureux.

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Une asso contre le dernier Saw

Lors de la sortie en salle, l'association Promouvoir demande l'annulation de la décision de la commission de classification des oeuvres cinématographiques, institution qui décide dudit visa d'exploitation, estimant que la "grande violence" que le film propose ne devrait pas être accessible aux mineurs, oubliant donc que des centaines de films du genre l'ont été auparavant.

Commence alors une longue bataille juridique. Le tribunal administratif rejette la demande de l'association en décembre 2011. Elle décide de faire alors appel, mais sera à nouveau déboutée par la cour administrative d'appel de Paris en juillet 2013. Après ce deuxième refus, Promouvoir ne baisse pas les bras et utilise la dernière possibilité juridique, à savoir se pourvoir en cassation devant le Conseil d'État. Finalement, ce dernier acceptera le 1er juin 2015 d'annuler le visa d'exploitation, soit près de cinq ans après la sortie en salle du film.

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Une décision ridicule, à plusieurs égards. Déjà, parce que l'annulation du visa d'exploitation interdit la diffusion en salle du film (pas grave, il a déjà fait ses entrées) mais pas la vente du film en DVD/Blu-ray.

Sur le communiqué du Conseil d'État, on peut lire :

La décision du Conseil d’État n’implique cependant pas que le ministre de la culture prenne les mesures nécessaires pour retirer le film litigieux des salles. Elle impose seulement que le ministre de la culture réexamine le dossier et délivre un nouveau visa d’exploitation plus restrictif que le visa initial."

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Autant dire que l'action ne sert pas à grand chose. Enfin presque...

Promotion des valeurs judéo-chrétiennes, entre autres...

Si l'on regarde de plus près cette association, quelques détails sont troublants. Promouvoir se veut être une association qui promeut les valeurs judéo-chrétiennes, en luttant contre la pornographie et la violence diffusées notamment auprès des mineurs. Le reste du temps, elle dénonce la supercherie du Da Vinci Code, fustige l'avortement, ou critique le complot autour du clonage, le tout en promettant leurs livres.

Il se trouve qu'en l'occurrence, ce n'est pas la première fois que Promouvoir s'acharne sur un film comme celui-là. Baise-moi, Ken Park, ou encore Antichrist ont subi ses foudres, pas toujours avec la même finalité néanmoins. On notera qu'elle lutte actuellement pour l'interdiction aux mineurs de La vie d'Adèle.

Bref, il existe plein de raisons de détester ce film, déjà parce que la violence ne plaît à tout le monde, et encore plus la violence gratuite sans véritable recherche artistique, aussi parce que la plupart des fans de la franchise jugent que le dernier opus est le plus mauvais. Mais s'acharner en 2015 contre un film comme Saw 3D: Chapitre final, à l'heure des Serbian Movie ou The Human Centipede semble ridicule, surtout si l'on garde à l'esprit que gore et septième art ont toujours fait bon ménage.

Par Arthur Cios, publié le 02/06/2015

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