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Comment l'air qu'on expire en matant un film traduit nos émotions

Publié le

par Thibault Prévost

Une étude publiée dans Nature révèle que la composition de l'air expirée par des spectateurs de cinéma change avec les scènes d'un film.

Les diverses émotions qui nous traversent pendant un (bon) film ont une influence concrète sur nos métabolismes, notamment sur la composition de l'air que l'on expire : telles sont les conclusions d'une étude menée en janvier 2014 et publiée le 10 mai dans la prestigieuse revue Nature. Suspense, horreur, mélancolie... grâce à cette étude, on comprend un peu mieux les manifestations chimiques de certaines émotions.

L'étude, menée par l'institut Max-Planck de chimie et l'université Johannes-Gutemberg de Mayence, en Allemagne, a analysé l'air expiré par plus de 9 500 spectateurs (qui ne se doutaient de rien) durant 108 projections de 16 films différents, en disséquant les niveaux d'une centaine de gaz présents dans la salle. Après leurs relevés, les chercheurs ont appliqué des labels émotionnels à chaque scène des films utilisés, et ont comparé les niveaux de gaz en fonction de celles-ci. Les résultats sont très clairs.

Le suspense et la comédie influent sur notre haleine

Ainsi, durant Hunger Games 2, les chercheurs ont constaté des pics d'isoprène et de dioxyde de carbone "à des moments-clés du film, lorsque la robe de l'héroïne prend feu et que la bataille finale commence". L'émission d'isoprène, précise l'étude, a été associée au fait de retenir son souffle. Les résultats, identiques lors des quatre projections analysées, montrent que ce sont bien les seules pérégrinations de Katniss Everdeen qui ont provoqué ces réactions chimiques.

Et l'étude va encore plus loin, en classant les types d'émotion (les labels appliqués aux scènes des films) en fonction des changements relevés dans la composition de l'air : si les labels "romance" et "poursuite", par exemple, ne semblent pas vraiment modifier la recette de notre haleine, les scènes labellisées "suspense" et "comédie" ont été fortement liées aux variations des éléments chimiques de l'air ambiant.

Pour les chercheurs, il s'agit là d'une sorte de système d'alerte évolutif : l'être humain possédant un sens olfactif très développé, il détecterait les fluctuations chimiques de l'air ambiant provoquées par ses congénères. En d'autres termes, l'haleine de nos voisins influencerait notre perception du film. La prochaine fois que votre voisin de ciné exhale un fumet musqué, rappelez-vous donc que son corps essaie seulement de vous prévenir de quelque chose.

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