Le classement (ultime) des films de Christopher Nolan

Retour sur la carrière du maître du cinéma, après la (difficile) élaboration d’un classement de ses films.

Un article écrit et réalisé par Lucille Bion, Arthur Cios, Louis Lepron, Rachid Majdoub et Pauline Mallet.

C’était dur, pénible, laborieux, douloureux, éprouvant. La rédaction ne s’en est pas tout à fait remise, mais nous avons réussi à nous mettre d’accord, à dix mains, sur le classement des films de Christopher Nolan, de son arrivée dans le milieu du cinéma en 1998 avec la sortie de son premier long-métrage (Following, le suiveur) à sa grande aventure spatiale qu’est Interstellar.

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Voilà donc, à la veille de la sortie de Dunkerque dans les salles françaises, 20 ans que le réalisateur britannico-américain partage une vision cinématographique personnelle et identifiable ; en travaillant des intrigues ambitieuses, parfois aux côtés de son frère cadet Jonathan ; en engageant de grands acteurs, de Leonardo DiCaprio à Jessica Chastain ; en faisant appel à des compositeurs de talent, de Hans Zimmer à David Julyan ; et en surprenant son public, entre science-fiction et comics, entre grosses productions et cinéma indépendant.

Sa recette s’inscrit dans le domaine de ce que l’on appelle les "blockbusters intelligents", propres à donner aux spectateurs l’occasion de réfléchir, loin des remakes et reboots déjà vus – même si, paradoxalement, Christopher Nolan a une trilogie-reboot à son actif (celle des Batman) ainsi qu’un remake (Insomnia). Quoi qu’il en soit, voici notre classement.

1. Memento

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Sorti en 2000, Memento représente tout ce que Christopher Nolan a exploré au cours de sa filmo. Grâce à un montage non linéaire, le spectateur perd ses repères, à l’instar du personnage principal (joué par Guy Pearce), qui souffre d’une forme d’amnésie rare qui l’oblige à noter sur papier ou de tatouer sur son corps les éléments inhérents à sa personnalité, à son parcours d’homme. Son objectif ? Retrouver le violeur et tueur de sa femme pour se venger.

L’introduction de Memento.

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Avec ce second long-métrage qui est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs films de l’histoire du cinéma, le cinéaste explore pour la première fois les thèmes qu’il abordera à travers de nouveaux biais scénaristiques au fur et à mesure de sa carrière : le temps, la mémoire, la justice et la morale. Un thriller psychologique remarquable, qui a fait de Christopher Nolan le réalisateur qu’il est aujourd’hui.

2. The Dark Knight

Un film culte. La prestation de Heath Ledger n’y est pas pour rien, de même que l’intelligence d’un scénario subtilement éloigné des carcans hollywoodiens, d’une succession de séquences à la mise en scène impressionnante jusqu’à la véritable légende qui entoure désormais le dernier rôle d’un Joker glaçant.

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Oui, ce Dark Knight a tout d’un film qui traverse et traversera les âges. Il marque un tournant dans la carrière de Nolan et a eu une influence encore difficile à mesurer tant dans l’univers des films de super-héros en particulier que dans le cinéma en général. Une vision sombre, réaliste et profondément humaine du prince de Gotham.

Cette scène du tour de magie, avec la tirade impressionnante d’un Heath Ledger parfait en tout point, qui nous file des frissons à chaque fois.

3. Inception

Quel meilleur médium que le cinéma pour raconter la frontière floue entre la réalité et la fiction ? Dans Inception, Christopher Nolan, armé d’un script qu’il a mis huit ans à élaborer, plonge le spectateur dans la vie d’un homme prêt à tout pour retrouver sa vie, forcé d’accepter une dernière mission qui le mènera à se confronter à ses failles intellectuelles et psychologiques les plus intimes.

On se surprend, via une logique parfois difficile à appréhender, à se prendre d’affection pour ce père, Dominic Cobb, essayant inlassablement de retrouver ses enfants. Sont-ils toujours vivants ? Est-il toujours dans la réalité ? À mesure qu’il entreprendra de descendre dans les tréfonds de son esprit, Leonardo DiCaprio, qui l’incarne magistralement, tire le spectateur dans ses retranchements émotionnels.

Et en laissant une fin ouverte, Christopher Nolan se libère de tout réalisme, comme s’il avait voulu désacraliser ce film qui aujourd’hui, sept ans après sa sortie, continue de nourrir les discussions sur les forums. Et les notions de temps et d’espace, thèmes chers à Christopher Nolan, sont ici magnifiées dans le cadre d’un scénario mélangeant science-fiction, thriller et film d’aventure.

L’une des plus belles scènes d’Inception : trois semaines entières de tournage ont été nécessaires pour le combat de Joseph Gordon-Levitt.

3 Ex aequo. Interstellar

Sortir un film aussi marquant en 2014 ? Une prouesse que Christopher Nolan a réalisée brillamment tout en chamboulant la courbe espace-temps du cinéma. Parmi une constellation de longs-métrages focalisés sur ce qu’il se passe au-dessus de nos petites têtes, une étoile brille bien plus que les autres : Interstellar. La tâche était pourtant ardue, comme la mission qui attendait Cooper et son équipage : traverser un trou noir, après l’avoir dessiné avec une acuité jamais vue jusqu’ici.

Illustrer l’espace, nous embarquer littéralement dans un voyage spatial palpable grâce à des décors fictifs mais si proches d’une réalité quelque peu méconnue, le tout fidèlement reconstitué par un gros travail de recherche et d’entretiens avec des experts : pfiou… à bout de souffle, on a pu constater que Nolan signait, en 2014, un chef-d’œuvre de science-fiction, dans la lignée de l’un de ses mentors, Stanley Kubrick et son 2001 : L’Odyssée de l’espace.

L’un de ses meilleurs films, différent des autres encore une fois, avec un Matthew McConaughey solidement aux commandes, bien épaulé par le reste de son équipage et une Jessica Chastain qui garde comme rarement les pieds sur Terre. Interstellar est un voyage émotionnel porté par l’imparable musique de Hans Zimmer. Un film éthéré pendant lequel le temps ne compte plus… comme sur la planète Miller :

5. Le Prestige

Un an après l’excitant Batman Begins, qui a relancé la franchise du chevalier noir de Gotham, Christopher Nolan et Christian Bale reforment leur duo légendaire pour Le Prestige. Le cinéaste confronte son poulain à Hugh Jackman dans le monde du spectacle, en mettant en scène la rivalité de deux magiciens autrefois amis.

Entre manipulations perverses et supercheries spectaculaires, Le Prestige était en 2006 plus qu’une histoire de vengeance et de caprices : c’était le nouveau tour de magie expérimental du cinéaste.

6. The Dark Knight Rises

Difficile de faire une suite à un Dark Knight aussi parfait. Un peu bancal par moments, ce dernier épisode d’une trilogie qui a marqué au fer rouge l’histoire du cinéma, nous offre un final captivant : une Catwoman réussie, le meilleur des Bane, des scènes d’action impeccablement réalisées, les prémices d’un bon Robin et une bonne conclusion. Nolan va plus loin, autant dans l’esthétique que dans les effets spéciaux, et la violence des combats — et on ne va pas s’en plaindre.

On pensait d’abord à la séquence dans l’avion de Bane, mais c’est quand même la scène de l’explosion du stade qui est la plus impressionnante. De loin, de très loin.

7. Batman Begins

Forcément, Batman Begins a son importance dans le parcours de Nolan. Ce film, un peu moins bon, selon nous, que The Dark Knight et The Dark Knight Rises, marque tout de même plus que la relance d’une franchise : il s’agit du début de l’apogée du chevalier noir au cinéma, avec Christian Bale dans le rôle-titre.

Malgré ses scènes d’action et son esthétique moins formalisées, en comparaison avec les suivants, Christopher Nolan a révélé un côté sombre (et inoubliable) de Cillian Murphy. La preuve :

8. Insomnia

Remake d’un film norvégien de 1998, Insomnia est un thriller psychologique porté par un Al Pacino remarquable et un Robin Williams méconnaissable. Dans un village situé dans le nord de l’Alaska, où le soleil ne se couche pas en été, Will Dormer, un policier venu enquêter sur un assassinat, abat accidentellement son coéquipier lors d’une chasse à l’homme.

Le retournement de situation se fait immédiatement quand le meurtrier, témoin de l’homicide de Dormer, se met à mener un chantage sans fin. La traque se retourne alors contre le héros et une justice remise en cause par celui qui l’incarne.

Bien plus qu’un remake, Insomnia réinterprète l’original pour en faire un film porté par une ambiance trouble et une mise en scène maîtrisée. Christopher Nolan souligne avec ce troisième long-métrage les liens étroits entre la réalité et les rêves, les héros et les anti-héros.

9. Following, le suiveur

Pour son tout premier film, Christopher Nolan surprend. Dans un noir et blanc contrasté, le réalisateur raconte l’histoire d’un écrivain qui, habitué à suivre des gens dans la rue au hasard de ses déplacements, trahit sa principale règle – ne jamais rencontrer concrètement ses "personnages" –, se retrouvant alors aux prises d’un milieu qu’il ne connaît guère, celui des petites frappes.

Au regard de sa carrière, Following, le suiveur n’est pas anecdotique. Si le film était à petit budget et a mis 15 mois à être réalisé pendant les week-ends (les membres de l’équipe travaillant pendant la semaine), il préfigure déjà des innovations scénaristiques du cinéaste britannique, proposant une narration non chronologique – perfectionnée par la suite dans Memento.

Un article écrit et réalisé par Lucille Bion, Arthur Cios, Louis Lepron, Rachid Majdoub et Pauline Mallet.

Par Louis Lepron, publié le 30/07/2019

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