Charlie Hebdo attaqué dans une chanson du film "La Marche"

Il y a des punchlines qui tapent là où ça fait mal. Dans l'une des chansons composées en parallèle du film La Marche, le rappeur Nekfeu pourrait bien en avoir lâché une. Un couplet du membre du collectif 1995 a déclenché la colère de la rédaction de Charlie Hebdo.

Présentée comme une chanson du long métrage signé Nabil Ben Yadir, une chanson au simple titre de "Marche" était postée vendredi 23 novembre sur la chaîne YouTube du film. Son casting, impressionnant, comporte les noms d'Akhenaton, Disiz, Dry, Kool Shen, Soprano, Taïro et bien d'autres.

Parmi eux, Nekfeu du collectif 1995 qui lâche ce couplet :

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D't'façon y'a pas plus ringard que le raciste / Ces théoristes veulent faire taire l'islam / Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme? / Les miens se lèvent tôt, j'ai vu mes potos taffer / Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo.

Alors que c'est silence radio du côté de Nekfeu, Sneazzy, compagnon rimeur dans 1995, a d'ores et déjà défendu son camarade sur Twitter :

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Souvenirs douloureux pour Charlie

Charlie Hebdo a vu ses locaux incendiés de manière criminelle deux ans plus tôt, le 2 novembre 2011, après la publication en une d'une caricature de Mahomet. Aussi la rédaction du journal satirique a-t-elle tenu à réagir durement aux propos du jeune rappeur, n'hésitant pas à comparer la prose de Nekfeu à "l'extrême droite musulmane".

"Charlie Hebdo découvre avec effarement la violence des paroles de la bande originale du film La Marche à son encontre. Ainsi, la chanson "Marche" (...) reprend les propos que tient habituellement l'extrême droite musulmane lorsqu'elle évoque notre journal".

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Puisque le journal ne manque pas d'humour, le communiqué n'oublie pas de préciser : "S'il leur manque un couplet, nous précisons aux auteurs de la chanson que le journal numérique Inspire, édité par Al-Qaïda, a condamné à mort Charb en mars dernier".

Et de conclure :

Nous avons l'habitude de ces appels à la haine, de nous faire traiter de "chiens" d'infidèles. [...] Nous sommes juste très surpris que le réalisateur d'un film clairement antiraciste, qui rend hommage à un événement majeur dans l'histoire de la lutte pour l'égalité des droits, ait choisi de l'illustrer par une chanson en totale opposition avec son œuvre.

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"Je n'avais pas à valider les paroles"

Sauf que la chanson n'a pas été choisie par le réalisateur de La Marche... et qu'elle ne fait même pas partie de la BO du film de Nabil Ben Yadir. C'est en réalité une chanson additionnelle réalisée avec l'accord et le soutien du producteur du long métrage Hugo Sélignac, comme il l'a lui-même indiqué à l'AFP ce matin.

Elle fait partie d'un projet parallèle monté par le rappeur Kore et Hugo Sélignac pour célébrer les 30 ans de la marche antiraciste de 1983, soit le sujet du film. Le producteur s'explique : "J'ai apporté mon soutien à cette chanson qui n'a jamais été prévue pour la BO du film. J'ai prêté des éléments sonores du film qui ont été intégrés à la chanson et j'ai donné mon accord pour que la typographie de la pochette et de l'affiche du film soit la même. Je n'avais pas à valider les paroles. [...] Je suis pour la liberté d'expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo", a-t-il conclu auprès du Huffington Post.

À l'AFP, le rappeur et co-producteur de la chanson Kore a défendu "la liberté d'expression" de ceux qui ont participé à l'élaboration de la chanson "Marche". "Je comprends parfaitement que Charlie Hebdo s'offusque, mais ce n'est pas cette réaction que j'attends d'eux. Réagir comme ils le font, c'est jouer le jeu des extrêmes", a-t-il jugé.

Pas de plainte en vue

Charb, directeur de Charlie, a déclaré à l'AFP qu'il ne portera pas plainte. Pourtant , il ne compte pas en rester là et fait mine de ne pas comprendre : "Pas de plainte, ni de demande particulière. J'aimerais simplement que la production m'explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013". 

Selon le producteur du film Hugo Sélignac, les droits de la chanson seront reversés à une association contre le racisme de Vénissieux, non loin de Lyon, dans le Rhône.

Par Théo Chapuis, publié le 25/11/2013

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