J'accuse de Polanski aux Césars : ça ne passe pas pour cette membre de l'Académie

"Quand l'auteur est un pédocriminel en fuite, on le disqualifie." Pour elle, il n'y a pas de débat possible.

La nouvelle génération semble plus motivée à faire bouger les lignes que l’ancienne. Si certaines associations et institutions cinématographiques françaises comme la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP) ou la Société des réalisateurs de films (SRF) ont témoigné leur volonté de prendre des mesures contre Christophe Ruggia lorsqu’Adèle Haenel l’a accusé "d’attouchements", le sort de Roman Polanski n’est pas scellé malgré le fait que six femmes l’accusent de viol et d’agressions sexuelles.

Des manifestations avaient éclaté lors de l’avant-première parisienne de son dernier film J’accuse au Champo mais le réalisateur jouit toujours de ses privilèges : une invitation d’honneur au Festival de Deauville, un Grand prix du jury à la Mostra de Venise, un portrait en une de Paris Match… et tant d’exemples que l’on pourrait citer si l’on remontait le temps. Il est clair que le cinéma français, sans agir, protège le réalisateur multirécompensé et toujours poursuivi par la justice américaine. 

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Si fin novembre, l’ARP, dont fait partie le cinéaste de 86 ans, a indiqué que s’ils "devaient trancher sur le statut de Roman Polanski, ils le feraient avec l’accord des cinéastes" membres, le silence reste consternant. C’est pour cette raison que l’actrice Lou Roy-Lecollinet, connue pour son rôle dans Trois Souvenirs de ma jeunesse, a eu le courage de prendre les devants en tweetant sa déception des Césars à seulement 23 ans. 

Nommée en 2016 au César du Meilleure espoir féminin, Lou Roy-Lecollinet peut depuis voter pour les films de l’année qu’elle a préférés, comme 500 autres membres de l’Académie. Révoltée par la présélection de J’accuse de Roman Polanski dans la compétition, elle pousse un coup de gueule : 

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"Je prends exceptionnellement la parole sur Twitter aujourd’hui car je souhaiterais être entendue. Voici un petit mot pour les Césars. Il y a quelques années j’étais si fière d’être nommée en tant qu’Espoir Féminin aux Césars du cinéma français. Dans toutes les catégories techniques (oui toutes) figure le film J’accuse de Roman Polanski. C’est un problème, grave.

Je ne sais pas si ce film techniquement est bon : je ne l’ai pas vu. Je n’ai pas eu besoin de le voir pour savoir que je ne tolérerai pas de le savoir nommé aux Césars. Comme si ce n’était pas suffisant qu’il ait été financé par des chaînes publiques et donc par notre argent, ce film devrait maintenant nous représenter ? Et être récompensé ? ! On ne détache pas un film de son auteur, comme on ne détache pas un coupable de sa victime. Quand l’auteur est un pédocriminel en fuite, on le disqualifie."

Épinglée par quelques internautes défendant les techniciens, l’actrice précise qu' "ils doivent assumer les conséquences d’avoir travaillé pour un tel homme. Et elle sont bien maigres si ce n’est que de ne pas aller aux Césars." Rappelant qu’il existe assez de projets qui ne sont pas problématiques dans le cinéma aujourd’hui.

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Les Césars ont dévoilé les prix techniques le 6 décembre dernier. J’accuse a été présélectionné dans les catégories : décors, costumes, son, photographie et montage : 

Par Lucille Bion, publié le 13/12/2019

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