Cannes 2015 : Youth, la sublime ode au temps qui passe de Paolo Sorrentino

Hier, Youth, le septième long métrage de Paolo Sorrentino était projeté sur la Croisette. Une splendide ode au temps qui passe qui divise une nouvelle fois le cœur de la critique.

Capture d'écran du trailer de Youth, de Paolo Sorrentino

Capture d'écran du trailer de Youth, de Paolo Sorrentino

Il fallait s'y attendre. Hier, lors de la première projection presse du nouveau film de Paolo Sorrentino à l'occasion du Festival de Cannes, les réactions ont été très vives. Aussi adoré que détesté, le réalisateur napolitain est l'un des cinéastes contemporains qui divise le plus la critique et le public : si certains voient en lui un véritable virtuose du septième art, d'autres continuent de l'estampiller  "pire cinéaste du monde". Rien que ça.

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Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi le cinéma de Sorrentino peut susciter quelques réticences, voire même une certaine répulsion. Très stylisés, parfois ouvertement vulgaires et cyniques, ses films sont tous marqués par une véritable patte qui flirte avec l'absurde. Ses détracteurs voient en sa filmographie une successions d'œuvres poseuses, orgueilleuses et moralistes, qui ne devraient même pas exister.

Au contraire, ses fans ne cessent de souligner l'humour, et la tendresse qui transpire du regard porté sur ses personnages. Le tout dans une habituelle (et merveilleuse) grandiloquence fruit d'un imaginaire aussi riche que génial. S'il fallait choisir, on se rangerait bien évidemment de ce dernier côté, tant les films du réalisateur italien ont le don de nous transporter, nous éblouir et nous émouvoir.

Personnages felliniens

Youth ne fait pas exception à la règle. Deux ans après son chef-d'œuvre La Grande Bellezza (Oscar du meilleur film étranger), Paolo Sorrentino y poursuit sa réflexion sur le temps qui passe à travers une galerie de personnages felliniens, pensionnaires dans un hôtel de luxe au pied des montagnes suisses. Au centre, il met en scène un duo virtuose : Michael Caine et Harvey Keitel, dans la peau de deux amis de longue date qui ont pour habitude de ne se raconter "que les bonnes choses" de la vie.

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Le premier est un chef d'orchestre à la retraite mondialement connu, flanqué de son assistante de fille (incarnée par la merveilleuse Rachel Weisz) avec laquelle il entretient une relation compliquée. Le second est un réalisateur à la gloire passée qui essaie d'écrire son film testament avec l'aide de jeunes auteurs venus l'épauler.

À leurs côtés, dans les somptueux jardins de cette cure pour gens aisés, se baladent un acteur célèbre venu préparer un rôle (Paul Dano), un couple de septuagénaires qui ne s'adressent jamais un mot, un sosie de Maradona obèse, une mutine masseuse puis danseuse à la nuit tombée, et même Miss Univers, qui donnera lieu à l'une des scènes les plus vibrantes du film. Toutes ces entités contribuent à nourrir et parfois répondre aux questions qui hantent nos deux héros : quel sens donner à sa vie passé un certain âge ? Que reste-t-il de la création ? Peut-on vivre avec les fantômes de son passé ?

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Huis clos comique et poétique

Dans le décor froid de ce luxueux hôtel dont on ne sort jamais vraiment, Paolo Sorrentino, à l'image de son chef d'orchestre, compose une partition dans laquelle il alterne de véritables moments de grâce, de rire, de mélancolie et de franche tristesse. Comme suspendu hors du temps, le cinéaste filme avec génie sa galerie de personnages dont les destins se croisent ou se lient, avec un œil à la fois cynique, tendre et sincère.

Capture d'écran du trailer de Youth, de Paolo Sorrentino.

Capture d'écran du trailer de Youth, de Paolo Sorrentino.

Les corps sont vieux mais des morceaux d'âme restent jeunes, corsetés par l'image renvoyée par le miroir et les gens qui les entourent. Leur introspection donne naissance à des dialogues savoureux et des situations qui flirtent parfois avec l'absurde, à travers la caméra d'un réalisateur qui, comme à son habitude, s'autorise toutes les folies narratives et visuelles. Avec Sorrentino, la beauté se cache partout : dans les corps flétris par l'âge, dans la chevelure platine d'une blonde peroxydée ou dans le spectacle kitsch d'un cracheur de feu.

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Le cinéaste italien orchestre ainsi une succession de magnifiques tableaux, portés par une bande originale somptueuse et éclectique qui mêle aussi bien musique pop, folk et classique. Et bien que le personnage interprété par Michael Caine clame que de nos jours, "les émotions sont surestimées", dans le cinéma de Paolo Sorrentino, elles ne le sont pas.

Par Constance Bloch, publié le 21/05/2015

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