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Mads Mikkelsen : portrait d'un juré aux géniales facettes

Publié le

par Charles Carrot

Le jury du 69ème Festival de Cannes comprend un juré que l'on ne risque pas d'oublier : Mads Mikkelsen. Un acteur danois qu'on connaît bien, au charisme et au parcours inimitables.

Mads Mikkelsen dans la saison 3 de la série <em>Hannibal</em> (©NBC)

Personne ne démérite parmi les 9 membres du jury du Festival de Cannes 2016 : d'Arnaud Desplechin à Kirsten Dunst en passant par son président George Miller (émérite créateur de la saga Mad Max), les hommes et les femmes qui éliront cette année la Palme d'or sont tous des personnalités hautement reconnues du septième art.

Mais si l'on devait en choisir un seul, on retiendrait sans doute Mads Mikkelsen. L'acteur danois marque les esprits par son physique intimidant, bien sûr, mais aussi par une carrière en dehors des clous. Un portrait s'impose, avec quelques citations maison du Monsieur, qu'on a eu au téléphone.

De Pusher à Casino Royale

Mads Mikkelsen (le dealer Tony) dans <em>Pusher II</em> en 2004 (© Nordisk Film / Magnolia Pictures)

Aujourd'hui âgé de 50 ans, Mads Mikkelsen n'a qu'une vingtaine d'années à son actif en tant que comédien. D'abord danseur professionnel (oui oui), il se fait connaître en 1996 en interprétant un dealer dans Pusher, le premier long métrage de Nicolas Winding Refn (Drive, The Neon Demon cette année à Cannes).

Le film est un joli succès local, qui permet à Mikkelsen de jouer dans de nombreux films danois les années suivantes. Ses personnages prennent peu à peu de l'importance, puis il tient le rôle principal de Pusher 2 en 2004 et apparaît la même année dans son premier film hollywoodien, Le Roi Arthur d'Antoine Fuqua.

Mads Mikkelsen en Tristan dans <em>Le Roi Arthur</em> d'Antoine Fuqua en 2004. Avouez que ça vaut le détour. (© Touchstone Pictures)

Sa notoriété croissante lui permet alors de s'opposer à James Bond dans Casino Royale, en 2006. C'est le rôle qui change tout : son interprétation toute en retenue du vicieux Le Chiffre lui ouvre les portes d'Hollywood, et le monde entier découvre son inquiétante présence. "Ma carrière internationale n'a vraiment commencé qu'il y a 10 ans", nous a-t-il lui même avoué.

À partir d'ici, Mikkelsen multiplie les projets d'origines diverses : il retrouve notamment Refn avec Le Guerrier Silencieux en 2009, joue dans Le Choc des Titans et interprète le Comte de Rochefort dans une version hautement nanar des Trois Mousquetaires.

La France et le festival de Cannes

Mikkelsen a reçu le prix d'interprétation à Cannes en 2012 pour sa performance dans <em>La Chasse</em> de Thomas Vinterberg.

Mads Mikkelsen revient ensuite au sommet de son art : présent au Festival de Cannes en 2012, il reçoit le prix d'interprétation masculine pour son rôle dans La Chasse de Thomas Vinterberg. Sa prestation dans la peau de Lucas, employé de garderie accusé à tort d'actes pédophiles, est absolument impeccable - et le film est une brillante plongée dans un village danois pris d'hystérie collective.

Mikkelsen devient un habitué de la Croisette, et ses liens avec la France ne s'arrêtent pas là : ce n'est pas pour rien qu'il vient d'être nommé Chevalier des Arts et des Lettres.

"C’est évidemment un grand honneur d'avoir été reconnu ainsi par la France. J'ai joué dans deux films français [Coco Chanel et Igor Stravinsky en 2009 et Michael Kohlhaas en 2013, ndlr] et je pense que cela a joué dans cette nomination, mais seulement en partie.

La France est connue pour avoir une certaine vision de la culture, une curiosité. C'est un pays qui a une relation très particulière avec le cinéma : je pense que c'est un des seuls endroits au monde où les gens regardent des films étrangers, danois, allemands...".

Dans <em>Michael Kohlhaas</em> d'Arnaud des Paillières, en 2013, Mikkelsen interprète ses dialogues en français. (© Les Films du Losange)

Parmi les films français qu'évoque Mikkelsen, Michael Kohlhaas d'Arnaud des Paillières démontre que l'acteur ne fait pas les choses à moitié : un an après le succès de La Chasse, il revient en compétition à Cannes en 2013 pour défendre un projet francophone dans lequel il tient le premier rôle, celui d'un vendeur de chevaux dans les Cévennes au XVIème siècle.

"C’était vraiment spécial comme expérience : j'ai dû passer des semaines assis sur un cheval, et j’ai dû apprendre bien plus de français que je ne l’aurais fait normalement. Pour le rôle bien sûr, mais aussi parce que j’étais entouré d'une équipe de tournage qui ne parlait presque pas anglais".

Presque autant à l'aise dans le cinéma français, danois et international, Mikkelsen mérite donc clairement sa place de membre du jury du festival. Habitué à défendre des films dans lesquels il joue, il s'amuse de cette participation inédite pour lui :

"Pour une fois, je vais enfin voir des films à Cannes. D'habitude, je n'ai jamais le temps".

L'avenir de Mikkelsen, entre films indé et blockbusters

Mads Mikkelsen dans <em>Men & Chicken</em> d'Anders Thomas Jensen (© M&M Production / Rolf Konow)

Après Cannes, qu'est-ce que le futur réserve à Mads Mikkelsen ? Le 25 mai, on pourra déjà le retrouver à l'affiche de Men & Chicken, le nouveau film du réalisateur danois Anders Thomas Jensen - dont il est l'acteur fétiche.

Affublé d'une moustache et d'un bec de lièvre, l'acteur semble se moquer complètement de son image : il y interprète un idiot du village colérique et frustré, à des années lumières de ses personnages sophistiqués de Casino Royale ou de la série Hannibal.

"Je pense que lorsque l'on commence à se poser la question de son image, de sa réputation, on meurt créativement parlant."

Et en parlant de la série Hannibal : en avril dernier, Mikkelsen avait déclaré au Daily Express que le show avait encore des choses à raconter, malgré son annulation en 2015 à la fin de sa troisième saison. L'acteur nous a confirmé qu'il serait totalement partant pour de nouveaux épisodes... sans trop entrer dans les détails :

"J'aimerais beaucoup reprendre mon rôle, effectivement. Je pense que l'histoire de la série s'accommoderait très facilement d'une ellipse de quelques années, je ne sais juste pas comment cela se ferait. Quoi qu’il arrive, je ne le ferai pas sans Bryan Fuller [le créateur de la série, ndlr], cela dépend vraiment de lui."

Avec un peu de chance, on pourrait donc retrouver d'ici quelques années Mads Mikkelsen dans la peau du tueur en série Hannibal Lecter, personnage qu'il a su interpréter sans subir l'ombre imposante d'Anthony Hopkins. En attendant, l'acteur admet ne pas avoir de projet très défini pour la suite de sa carrière.

Il souhaite simple conserver un "équilibre" entre modestes films danois comme Men & Chicken et grosses productions hollywoodiennes - car il fait aussi partie du casting de Rogue One, le premier spin-off ciné de Star Wars, et du Doctor Strange de Marvel avec Benedict Cumberbatch.

"Pour mon rôle dans Doctor Strange, je me suis préparé physiquement, j'ai passé des semaines à apprendre des mouvements de Kung fu, et j’ai adoré cela. Et pourtant j’ai aussi tourné dans Men & Chicken. Au cours des prochaines années, si j’arrive à conserver cet équilibre entre ces deux types de films, ce serait parfait".

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