AccueilCinéma

Vu à Cannes : The Neon Demon, une critique électrique du monde de la mode

Publié le

par Charles Carrot

Dans The Neon Demon, présenté ce vendredi 20 mai en compétition officielle, Nicolas Winding Refn décrit les conséquences dramatiques d'une quête obsessionnelle de beauté. Elle Fanning y est formidable, et c'est (ironiquement) un film d'une splendeur intégrale.

Elle Fanning dans <em>The Neon Demon</em> de Nicolas Winding Refn.

Jesse (Elle Fanning) débarque à Los Angeles pour devenir mannequin. Fille un peu candide de 16 ans, elle fait rapidement sensation : sa fraîcheur et sa beauté naturelle détonnent dans un univers d'artifices, obsédé par la perfection physique et la jeunesse éternelle. Elle sait pertinemment qu'elle est belle, et elle s'enivre progressivement de son succès fulgurant auprès des stylistes et des photographes de mode – sans remarquer que sa beauté intoxique d'une jalousie féroce toutes celles qui l'entourent.

Elle Fanning époustouflante dans son rôle

On peut difficilement parler de révélation concernant une actrice qui a démarré sa carrière à l'âge de 18 mois, et qui crevait déjà l'écran dans bon nombre de ses précédents films – notamment Super 8 de J. J. Abrams et Somewhere de Sofia Coppola. Il n'empêche : Elle Fanning est absolument incroyable de justesse dans The Neon Demon. Elle interprète à merveille un rôle finalement assez complexe, entre adolescente paumée et femme fatale, entre Alice aux pays des Merveilles et Cara Delevingne. L'actrice insuffle autant d'innocence que de dureté dans son personnage. Et qu'elle joue l'effroi, la timidité, ou qu'elle feigne un aplomb total, on y croit à chaque fois.

Il est probable que le film provoque quelques réactions outrées : encore mineure au moment du tournage, Elle Fanning est fortement sexualisée dans certaines scènes – ce qui se justifie pleinement, vu les thèmes abordés par The Neon Demon et ce que le film cherche à raconter. Le malaise est authentique et parfaitement calculé, la prestation d'Elle Fanning est troublante juste ce qu'il faut, c'est un sans faute. Et le reste du casting est à l'avenant, hormis un Keanu Reeves en concierge tout à fait anecdotique (si ce n'est pour une formidable séquence cauchemardesque).

Une parabole sauvage et électrique par le réalisateur de Drive

Violemment contrastée, la mise en scène de <em>The Neon Demon</em> est transcendée par une impeccable bande-son électronique signée Cliff Martinez (déjà à l'œuvre sur <em>Drive</em> et <em>Only God Forgives</em>).

Hormis la présence d'Elle Fanning à l'affiche, qui renouvelle déjà le cinéma de Nicolas Winding Refn en lui apportant la dose de simplicité qui manquait à Only God Forgives, ce Neon Demon apporte du neuf à d'autres niveaux : présenté comme un film d'horreur, il est certes glaçant, mais aussi lumineux et coloré, se jouant des codes du genre et des attentes du spectateur. Toujours contemplatif, il est cependant plus bavard que les précédents films de Nicolas Winding Refn (souvent pour le mieux) et sa réalisation paraît porteuse d'un message plus profond.

Par ailleurs, The Neon Demon est d'une telle splendeur formelle que l'esthétisme extrême de ses plans ouvre un dialogue sur le thème de la beauté, en écho avec le scénario. Il est si soigné que la réalité qu'il dépeint paraît fausse, aussi artificielle que certains des personnages à l'écran (les mannequins Gigi et Sarah). Modeste, le cinéaste jure qu'il ne s'agit pas d'une critique du monde de la mode, d'une dénonciation des dérives de la société de l'image (sans doute pour ne pas froisser les créateurs qui ont fourni les magnifiques costumes du film), mais une fois l'histoire digérée, on y repense forcément. Sous le vernis d'une provocation glamour, The Neon Demon est en vérité une parabole sauvage et électrique qui donne un sérieux coup de fouet à une sélection cannoise un peu trop sage.

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn avec Elle Fanning, Jena Malone, Keanu Reeves : présentation le 20 mai à Cannes, sortie en salles le 8 juin 2016. Interview du réalisateur à venir prochainement sur Konbini.

L'affiche française officielle de <em>The Neon Demon</em>.

À voir aussi sur konbini :