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Vu à Cannes : Mademoiselle de Park Chan-wook, un implacable thriller érotique

Publié le

par Charles Carrot

Présenté le 14 mai en compétition, Mademoiselle de Park Chan-wook (Oldboy) compense ses longueurs par ses rebondissements bien amenés, ses thématiques originales et une réalisation impressionnante.

(© BAC Films/CJ Entertainment/The Jokers)

Années 1930, dans une Corée colonisée par le Japon. Une jeune femme coréenne, Sookee, se fait engager comme servante par l'aristocrate japonaise Hideko, la "demoiselle" du titre. Celle-ci vit dans un immense manoir loin de tout, avec un vieil oncle effrayant qui a pour projet de l'épouser pour récupérer sa fortune. Sookee cache la véritable raison de sa présence : elle est en fait une voleuse experte, envoyée par un escroc qui se fait passer pour un comte et cherche à se marier le premier avec Hideko. La servante doit donc convaincre sa maîtresse que c'est la bonne chose à faire, mais rien ne se passe comme prévu...

En compétition officielle, le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook – notoirement connu pour Oldboy – signe un Mademoiselle parfois longuet, un peu déroutant mais dont certaines scènes laissent pantois. Le film est divisé en trois parties : la première est sans doute la plus faible, celle que l'on trouverait un peu mièvre si les segments suivants ne venaient alors y apporter un éclairage nouveau. Mademoiselle développe ensuite intelligemment son histoire, multiplie les points de vue jusqu'à donner une belle épaisseur à ses personnages.

Des scènes d'amour lesbien d'une puissance inouïe

Si quelques plans surprennent un peu, le film convainc pleinement par son sens du détail visuel : la lumière est impeccable, les costumes et les décors sont magnifiques de minutie. Mais outre ses twists et son ambiance feutrée, on retiendra surtout de Mademoiselle l'incroyable tension sexuelle de ses scènes d'amour entre Sookee (Kim Tae-ri) et Hideko (Kim Min-hee). On vous entend soupirer au fond, "ils nous refont La Vie d'Adèle en version coréenne", sauf que Chan-Wook n'est pas Kechiche et qu'il filme très différemment les corps en mouvement.

Rien que pour ses moments d'érotisme d'une puissance inouïe, Mademoiselle vaut le coup d'œil. Composées avec art, jouées fébrilement par ses deux splendides actrices principales, ces scènes sèment un trouble d'une rare intensité dans la salle. Grâce à l'originalité du cadre, quelques traits d'humour phallique mémorables et la diversité épatante de thématiques abordées, on sort de Mademoiselle persuadé d'avoir assisté à quelque chose de grand - malgré la longueur éreintante du film.

Le film est prévu pour le 5 octobre 2016 en salles. Restez dans les parages, une interview du réalisateur Park Chan-wook devrait débarquer prochainement sur Konbini.

La chouette affiche (provisoire ?) du film. (© BAC Films/CJ Entertainment/The Jokers)

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