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Borat is back : retour sur un premier volet à double tranchant

Publié le

par Manon Marcillat

(© Twentieth Century Fox)

Les dessous (pas toujours glorieux) d'un film culte.

S’il y a un projet de suite qui a créé la surprise, c’est bien le second volet des aventures de Borat, le reporter kazakh raciste, antisémite, homophobe et sexiste, fasciné par les États-Unis et Pamela Anderson. C’est pourtant plus que concret : Borat va revenir sur nos écrans, du moins sur ceux des abonnés Amazon Prime Video, le 23 octobre prochain, soit dix jours exactement avant les élections américaines.

Si nous ne connaissions pas encore la forme de ce futur long-métrage, le visage de Sacha Baron Cohen étant désormais suffisamment connu du grand public pour biaiser le principe de faux documentaire, la date symbolique de sa mise en ligne ainsi qu’un premier teaser en disaient long sur la charge politique anti-Trump de cette suite.

La 21th Century Fox, producteur initial du film et propriété de Disney depuis 2017, ayant décidé de céder son siège de producteur à Amazon Prime Video, ce second opus s’annonce donc politiquement incorrect.

Hier, une bande-annonce officielle est venue préciser le projet, et soyez rassurés : l’idiot Borat est de retour pour piéger l’Amérique et, comme prévu, le président américain sera bel et bien le fou du roi de ce nouvel opus. Après s’être attaqué au pire visage de l’Amérique post-11 Septembre, le Borat de 2020 aura toujours autant à se mettre sous la dent. Si ce n’est davantage.

Avant sa diffusion prochaine, prenons un moment pour revenir sur l’envers du décor du premier volet de Borat. 

Toute ressemblance est non fortuite

Nous étions en 2006 et, dès la dixième minute du film, Borat déféquait devant la Trump Tower. Dès lors, le décor, peu subtil mais efficace, était ainsi posé.

Grimé en Michael Moore démoniaque et prêt à tout pour obtenir le pire de ses interlocuteurs, Borat abandonnait rapidement ses ambitions de prix Albert-Londres et préférait partir en road trip à bord d’une camionnette de glacier. Direction la Californie pour épouser Pamela Anderson. Le reporter kazakh profitait du voyage pour autopsier l’Amérique profonde.

Sur la route, il faisait donc la connaissance d’un concessionnaire auto pourri qui lui donnait la fourchette de vitesse idéale "pour tuer un gitan", un organisateur de concours de rodéo qui lui conseillait de raser sa moustache pour ne pas "ressembler à un musulman" ou encore une fraternité de Caroline du Sud alcoolisée, qui concédait qu’avoir des esclaves, "ça serait quand même bien".

Nombreux sont les spectateurs qui ont hurlé à la caricature. Malheureusement, toute ressemblance avec la réalité est absolument non fortuite. Si Sacha Baron Cohen a remporté le Golden Globe du Meilleur acteur pour sa prestation, Borat Sagdiyev aurait également pu remporter le prix du meilleur intervieweur.

En jouant naïvement le jeu de la complicité avec ses interlocuteurs sexistes, homophobes, racistes et antisémites, le faux reporter les poussait dans les retranchements de leur bêtise et faisait briller l’idiotie bien réelle des interviewés. Chaque figurant de ce faux documentaire avait préalablement signé un accord de consentement pour apparaître à l’écran, et était averti que ce film documentaire était destiné à "une audience adulte dans le but de la divertir".

Cependant, certains protagonistes n’ont pas assumé leurs propos. Les étudiants de la fraternité ont par exemple assigné le distributeur et les producteurs du film en justice pour tromperie et atteinte à leur réputation, accusant l’équipe de les avoir volontairement alcoolisés. Ils ont finalement perdu le procès en appel.

L’amertume du village de Glod

Nombreux sont ceux qui ont accusé Borat d’être vain, voire d’alimenter les stéréotypes, notamment antisémites. Si Borat Sagdiyev est un ignorant, Sacha Baron Cohen, lui, ne l’est pas. Étudiant en histoire à l’université de Cambridge, le comédien en devenir avait réalisé le même road trip américain quinze ans avant son personnage pour les besoins de sa thèse sur le rôle du peuple juif dans les mouvements pour les droits civiques.

Ignorant et profondément patriote, Borat présente son pays natal, le Kazakhstan, comme une "glorieuse nation". Pourtant, la description est tout autre : à 40 ans, sa mère est la doyenne du village, son frère handicapé mental est tenu enfermé dans une cage et le village pratique le "lâcher de juifs".

Ce piètre tableau avait provoqué la colère des autorités kazakhes, qui ont d’abord interdit le film et menacé de poursuivre Sacha Baron Cohen en justice. En réalité, l’introduction du film n’a pas été tournée au Kazakhstan mais en Roumanie, dans le village de Glod, "boue" en roumain. Et si l’intention de l’équipe de production était sans doute louable et avait vocation à détacher le propos du film d’une quelconque réalité kazakhe, le village de Glod a cependant payé les pots cassés

Suite à la diffusion, des journalistes du monde entier ont envahi le petit village roumain du film pour documenter la véracité de ces bidonvilles, malheureusement réels et habités par une communauté tzigane marginalisée. Sous-payés, les Tziganes de Glod ont également affirmé ne pas être au courant de l’enjeu du tournage et se sont donc sentis dupés.

Depuis la diffusion du film, les incidents diplomatiques avec le Kazakhstan se sont multipliés. En 2007, sept touristes tchèques portant le célèbre "mankini" de Borat dans les rues d’Astana, la capitale kazakhe, ont été arrêtés et contraints de payer une amende de 22 500 tenge (58 euros) pour "actes de hooliganisme mineurs". Sacha Baron Cohen avait alors proposé de payer les amendes de ces admirateurs.

Pour distinguer encore davantage l’idiot reporter de la population kazakhe et prouver une nouvelle fois que la charge de Borat est foncièrement anti-américaine, pas un mot de kazakh n’a été prononcé dans le film.

Le comédien d’origine israëlo-écossaise parle en réalité en hébreux, tandis qu’Azamat Bagatov, son producteur interprété par l’acteur américain d’origine arménienne Ken Davitian, lui répond en arménien. Ce tour de passe-passe a d’ailleurs rendu possibles quelques private jokes qui ont rendu Borat très populaire en Israël.

Sous le vernis de la farce

Ce mockumentary transgressif, souvent gras, parfois lourd, est également ponctué de quelques (rares) moments de grâce. Borat troquera ainsi sa misogynie contre un peu d’élégance lorsqu’il conviera une prostituée dénichée dans les petites annonces du journal local à un dîner bourgeois pour mettre en pratique ses leçons de savoir-vivre.

S’ensuivra une soirée en tête à tête où les deux nouveaux amis s’enivreront ensemble, ce qui ne détournera pas Borat de son objectif Anderson. Il s’agit d’ailleurs d’une des rares scènes préalablement écrite et interprétée par une actrice professionnelle, Luenell Campbell.

Et si son personnage qui pratique à outrance l’antitziganisme a provoqué la colère des associations, le film est par ailleurs ponctué par la sublime BO du chef-d’œuvre d’Emir Kusturica, Le Temps des Gitans. Quand on gratte le vernis de la caricature, Borat est également capable de délicatesse.

Aussi, malgré divers incidents diplomatiques avec le Kazakhstan qui ont suivi la diffusion du film, le pays avait finalement remercié officiellement Borat en 2012. D’abord censuré, Borat aurait en réalité contribué massivement au développement touristique du Kazakhstan et le nombre de visas accordés aurait été multiplié par dix après la sortie du film.

Espérons qu’à l’issue du scrutin du 3 novembre, les États-Unis d’Amérique remercient également Borat 2.

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