Bacurau, le western politique indispensable du Festival de Cannes

Ce film brésilien, réalisé par Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, est en sélection officielle.

Au cours du Festival de Cannes, Konbini vous fait part de ses coups de cœur. Aujourd’hui, place à Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles.

Bacurau, c’est quoi ?

Présenté à Cannes ce jeudi 16 mai, Bacurau est un film brésilien de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Le premier est de retour sur la Croisette, quatre ans après avoir présenté le très beau Aquarius. Cette fois, il est accompagné de son chef décorateur de longue date, pour un film tout aussi (si ce n’est plus) important.

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En 2016, Aquarius présentait au monde entier la problématique des logements sociaux au Brésil. À l’ère de Bolsonaro, ce nouveau long-métrage est un appel à la résistance pour tous les villages reculés, loin des grandes mégalopoles, qui se font bouffer par la société consumériste et capitaliste.

Le film nous fait suivre l’histoire des habitants du faux village de Bacurau, dans un futur proche. Ces derniers sont en deuil après le décès de leur matriarche à l’âge de 94 ans, et sont mis en difficulté par les autorités locales qui ont coupé l’accès à l’eau.

Alors que la vie reprend son cours, le village disparaît des cartes GPS. Il n’y a plus de réseau téléphonique, et l’on retrouve des cadavres ici et là. Une équipe de mercenaires américains, menés par un drôle de leader, prépare alors une chasse à l’homme – sauf que le village ne va pas se laisser faire…

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Mais c’est bien ?

Bacurau est une belle claque. Ce n’est pas un chef-d’œuvre (même si ce film est vraiment solide et que l’auteur de ces lignes l’a adoré), mais personne ne s’attendait à voir cela — pour rappel, le film a été projeté avant que le premier trailer ne sorte.

La force principale du long-métrage est sa mise en scène : le ton est intimiste et réaliste, dans un esprit assez proche de celui d’Aquarius. Puis, une fois que la vie idyllique (quasi utopique) de ce village 2.0 a été présentée avec une photographie sublime et un rythme lent assez agréable, le film se transforme en une espèce de western tendu, où la recherche de l’ennemi puis la confrontation prennent le dessus sur tout le reste.

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(© SBS)

Et tout ça, c’est avant l’explosion de violence (assez jubilatoire) de la fin, qui plairait à Quentin Tarantino ou John Carpenter. Par rapport à ce que l’on peut voir dans les blockbusters d’action américains, c’est assez sobre, mais le spectateur est quand même pris au dépourvu. Sans jamais trop en faire et en visant toujours juste, ces scènes sanglantes sont le coup d’éclat parfait de ce récit très politique.

Car, oui, on pourrait parler plus longuement du très beau casting, de la musique et de la photographie, mais ce qu’on retient au final de ce Bacurau demeure ce message, vieux comme le monde : oui, le petit peut (et parfois doit) résister au grand. Oui, les régions reculées n’ont pas à subir les politiques dévastatrices (pour l’environnement et pour les locaux) de l’État.

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Ce n’est pas qu’une question de lutte des classes. C’est un combat pour protéger la nature et ces villages reculés que la mondialisation ne touche pas mais qui disparaissent malgré tout petit à petit. Oui, c’est du vu et revu, mais dans le Brésil de Jair Bolsonaro, qui se moque du sort de l’Amazonie et de ses habitants, ça ne fait pas de mal de le rappeler.

Qu’est-ce qu’on retient ?

L’actrice qui tire son épingle du jeu : Bárbara Colen, de loin.

La principale qualité : l’évolution du style protéiforme (et le message).

Le principal défaut : Quelques lourdeurs de mise en scène, comme les plans tournés au drone, et un manque de subtilité sur certains aspects secondaires (les personnages du préfet et des mercenaires sont assez caricaturaux).

Un film que vous aimerez si vous avez aimé : Les Sept Samouraïs.

Ça aurait pu s’appeler : Résistance.

La citation pour résumer le film : "Un brûlot politique indispensable dans le Brésil de Bolsonaro."

Par Arthur Cios, publié le 20/05/2019