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Bac 2019 : quand le cinéma répond aux sujets de philo

"Vous avez deux heures."

Nous y revoilà. Pour une année supplémentaire, pour des nouveaux sujets présentés au bac de philo, pour des intitulés qui nous ont assez inspirés pour les relier au septième art. Le temps, l’art, la liberté, le travail, le bonheur : tout autant de thématiques et d’enjeux de société qui trouvent autant de réponses diverses et variées dans le cinéma. On s’est donc attelés avec sérieux à cette nouvelle saison. Deux heures, c’était le temps imparti pour faire nos preuves, d’Interstellar de Christopher Nolan à Avengers.

"À quoi bon expliquer une œuvre d’art ?" 

Être ému devant une œuvre est une chose, l’exprimer et l’expliquer en est une autre. Que ce soit une musique, une peinture, une sculpture un roman ou un film, les œuvres d’art nous marquent et nous accompagnent tout au long de notre développement. Pourquoi, si une œuvre nous plaît, c’est parce qu’elle flatte nos sens. Un peu comme Golum qui est complètement hypnotisé devant son précieux dans Le Seigneur des anneaux. Mais vous, en partant du postulat que vous êtes un spectateur normalement constitué, vous n’avez pas votre bouche qui sèche et vos poils qui se hérissent devant cet anneau brillant ? C’est normal. Le jugement qui déclare une chose agréable est subjectif, relatif notamment à la personnalité de chacun.

Certains se risquent à les expliquer et sont même payés pour le faire, comme Jake Gyllenhaal dans Velvet Buzzsaw qui campe un illustre critique d’art contemporain. Fasciné par l’œuvre d’un artiste défunt, il s’intéresse de près au sujet et s’aperçoit qu’en plus de peindre avec son sang, le peintre transmet à ses œuvres sa folie. La santé mentale de notre héros se détériore au fur et à mesure qu’il côtoie les œuvres. L’une d’elles lui brisera même la nuque. Alors vraiment : à quoi bon expliquer une œuvre d’art, si c’est pour y risquer sa vie ?

Pour l’amour de la vérité, vous répondra Ron Howard. Dans Da Vinci Code, le conservateur du musée du Louvre est retrouvé mort dans une position rappelant l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci. Le professeur Robert Langdon interprété par Tom Hanks et la nièce du défunt, Sophie Neveu jouée par Audrey Tatou, s’aperçoivent très rapidement que de nombreux indices sont parsemés autour du cadavre, faisant écho plus généralement à Leonard de Vinci. En cherchant à comprendre la signification de l’œuvre, ils vont rassembler des éléments mystérieux et terminer le puzzle. Au final, le duo découvrira que l’assassin voulait protéger un secret susceptible d’ébranler les fondements de la foi chrétienne, dont le conservateur du Louvre avait connaissance.

Dépouiller une œuvre de son esthétisme pour ne garder que son squelette peut donc servir l’histoire. Si vous n’êtes toujours pas convaincus, regardez comment une guitare et une batterie peuvent sauver les demoiselles en détresse dans Sing Street, une fois que Raphina daigne écouter les paroles et l’amour qu’on lui porte. 

"Est-il possible d’échapper au temps ?"

À l’heure où il nous est impossible d’échapper à nos feed Facebook, Netflix et Twitter, avides que nous sommes d’informations et autres contenus qui nous pousseraient à commenter ou partager, le cinéma serait, si on devait filer la métaphore, l’un des derniers endroits pour échapper à notre quotidien boursouflé par les dizaines de milliers de signaux qui attirent notre attention. Un lieu sacré qui nous permet d’en savoir plus sur notre propension à prendre du recul sur cette denrée de plus en plus rare, le temps, à travers de grands films. Parlons du seul et unique qui nous intéresse ici.

5 novembre 2014, lancement de la bobine. Votre projectionniste n’est autre que Christopher Nolan et il engage Interstellar, odyssée spatiale et dramatique interrogeant les dimensions temporelles et affectives qui traversent nos vies. Le personnage principal, Joseph Cooper (Matthew McConaughey), est l’un des derniers ressorts d’une humanité qui se meurt. À la tête d’une expédition spatiale, il doit trouver avec son équipe la meilleure planète qui remplacera la Terre.

La première que son équipe vise se situe près d’un trou noir qui provoque sur elle un écoulement du temps plus lent. Une heure qui passe équivaut à 7 années terrestres qui s’envolent. Quand Cooper et Amélia parviennent à revenir auprès de l’astronaute Romily, resté à bord du vaisseau-mère, 23 ans se sont écoulés. Il est impossible d’échapper au temps et la vieillesse de Romily en est la preuve dramatique. 

Pour autant, Christopher Nolan ajoute cinématographiquement deux couches à ce fait : la première est que le temps peut être capricieux en fonction de sa localisation. Il peut être détourné, soudoyé, berné par des dimensions physiques qui le tordent. À l’instar des êtres qui le traversent, il n’est pas tout-puissant, en témoignent les heures qui défilent plus vite sur la planète Miller. 

Le cinéaste britannique ajoute ensuite une seconde possibilité : celle des capacités émotives et intellectuelles des êtres humains à… échapper au temps. En plongeant dans le trou noir de Gargantua, Cooper tombe dans une nouvelle dimension, une dimension en forme de tesseract géant qui prend l’apparence d’une immense bibliothèque temporelle.

S’il n’échappe pas au temps, il l’utilise pour entrer en contact avec sa fille, Murphy, à travers des livres qui viennent lui souffler des messages. Le personnage incarné par Matthew McConaughey arrive même à retrouver sa fille Murphy, des dizaines d’années plus tard, au crépuscule de sa vie. À sa manière, Christopher Nolan exprime une alternative optimiste à cette prison qu’est le temps : si le temps existe, il peut être reformulé, adapté. A contrario, l’amour et les sentiments, impossibles à contrôler, le traversent. Et Donnie Darko d’acquiescer.

"La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain ?" 

La pluralité des cultures, la rencontre de deux groupes que tout oppose est sans aucun doute le point de départ de nombreux films. Elle est souvent perçue comme une éventuelle source de conflit et de tensions, mais peut finalement donner naissance à une humanité réconciliée, et rassemblée autour d’idéaux communs.

À première vue, la rencontre entre deux groupes profondément distincts n’est pas toujours évidente. La Vie est un long fleuve tranquille, La Vie d’Adèle… Deux films où l’on découvre des cultures qui peinent à se comprendre du fait de profondes disparités sociales. Deux exemples qui montrent donc que les différences culturelles peuvent rendre l’entente et la communication difficiles, voire explosive.

Mais cet obstacle à l’unité n’est pas insurmontable pour autant. Dans Green Book, oscar du meilleur film 2018, on plonge dans une histoire d’amitié entre deux hommes, au cœur de la ségrégation des années 1960. Un videur blanc se retrouve employé comme chauffeur pour un pianiste noir, en tournée dans tout le pays. Si les deux hommes ne parviennent à l’origine pas à trouver un terrain d’entente, ils finissent par nouer un lien fort, qui rend alors cette rencontre poignante, et cette pluralité des cultures particulièrement féconde. 

Clint Eastwood s’y attaque également dans Gran Torino, ou il incarne Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée et profondément raciste, dont la seule préoccupation est sa Ford Gran Torino. Contre toute attente, il noue progressivement un lien privilégié avec Thao, son voisin d’origine Hmong, à qui il lègue même sa voiture adorée dans son testament. Une pluralité culturelle certes difficile à surmonter, mais qui rend possible, ici encore, la réconciliation du genre humain. 

"Le travail divise-t-il les hommes ?"

Marx définissait le travail comme étant "l’essence de l’homme", car seule l’espèce humaine a la capacité de transformer la nature à son avantage. Mais est-il quelque chose de souhaitable et de forcément bénéfique pour l’humanité ?

Dans le monde idéal hollywoodien, ancré dans le capitalisme et le mythe du self-made-man, on a tendance à aimer montrer que le travail rapproche les gens. Que c’est là qu’on se crée une bande de potes, même si le job est déprimant (on pense à Office Space ou Clerks). Parfois, il s’agit même de la seule échappatoire à un quotidien un peu morose, comme dans 40 ans, toujours puceau.

Plus encore, le buddy movie a comme moteur le fait de lier d’amitié deux personnes que tout sépare devant travailler ensemble, de 48 heures à The Nice Guys en passant par Hot Fuzz, Men in Black ou encore L’Arme fatale – ouais, c’est souvent des histoires de flics. Le travail comme activité sociale qui rapproche des êtres humains est une des visions les plus courantes dans le cinéma.

Mais la réalité est bien souvent différente. De fait, l’exploitation de l’homme par l’homme divise ces derniers, créant une hiérarchie qui empêche l’union. Vous vous souvenez de Meryl Streep dans Le diable s’habille en Prada, ou de Michael Douglas dans Wall Street ? Difficile de ne pas voir que le travail, et le pouvoir qui en découle, déshumanise les dirigeants.

Ironie de l’histoire, dans l’adversité, le travail peut unir les êtres humains. Souvent, les travailleurs sont obligés de s’unir pour combattre ladite hiérarchie. Une union qui passe par le syndicalisme latent de Sorry to Bother You, l’appel à la rébellion de Snowpiercer (oui, ce n’est pas que le travail qui a divisé cette société, mais c’est par ce dernier qu’elle se consolide) ou encore Le Cuirassé Potemkine.

Plus encore, c’est du côté des frères Dardenne qu’on retrouve la synthèse de tous ces éléments. Dans Deux jours, une nuit, Marion Cotillard joue Sandra, une ouvrière en arrêt maladie pour dépression qui se fait virer. Son patron avait en effet proposé aux employés deux choix : soit ces derniers avaient une prime de 1 000 euros, soit cette dernière devait prendre la porte. Tout le film se concentre alors sur cette lutte pour les faire changer d’avis.

C’est la preuve que le travail et ce qui en résulte peuvent autant diviser qu’unir les hommes, pour les meilleures et les pires raisons.

"La morale est-elle la meilleure des politiques ?" 

C’est peut-être le sujet le plus ambigu du bac de philosophie 2019. Déjà parce qu’il fait écho à un ensemble de réflexions personnelles, mais aussi parce que la morale n’est pas – contrairement à ce qui est communément pensé – universelle. Quant à savoir si celle-ci serait la meilleure façon d’organiser la politique, on ne peut que se heurter au conflit inhérent de la liberté contre la sécurité. Au cinéma, la coutume pour représenter cette opposition est de créer deux parties : le mal contre le bien, même si la réalité est souvent plus complexe.

On pense d’abord à tous les films de super-héros, sans exception, et plus particulièrement aux valeurs défendues par les Avengers qui prônent une vision aseptisée du monde, où la morale se définirait par le refus de faire passer le bien individuel avant celui du collectif. Tony Stark délaisse donc sa famille à de multiples reprises pour continuer à sauver l’humanité.

C’est aussi pour cette raison qu’ils s’opposeront tous à Thanos dans le dernier volet, qui lui serait prêt à sacrifier la moitié de la population actuelle pour que les prochaines générations vivent mieux. Captain America, dans une même mesure, risque tout ce qui lui est cher afin de contrer le nazisme et promouvoir la démocratie. Un choix considéré comme "moral" par les Américains aux abords de la Seconde Guerre mondiale.

Mais souvent, la morale, surtout en politique, est propre à la communauté qu’elle représente. Il n’est pas inné de savoir ce qui est juste ou injuste pour une société. Cet ensemble de connaissances est propre à chacun et évolue au fil de notre éducation, en ce que nous développons un esprit critique.

À force d’expériences, les individus d’un même groupe instaurent un contrat social, sous-entendu un ensemble de principes qu’ils jugent comme "moral" et qui régira le reste de leurs échanges. C’est ce qu’il se passe dans Fight Club, où, à mesure des combats, un règlement s’établit entre les différents membres, jusqu’à atteindre huit commandements.

Surtout, le cinéma s’efforce, et ce d’autant plus depuis la chute du mur de Berlin, à défendre que la moralité devrait être le maître-mot de la moindre action politique. En opposition à une vision machiavélique des principes moraux, qui rappelle le célèbre : "La fin justifie les moyens", le 7e art dénonce sans vergogne les pratiques de politiciens jugés immoraux par l’Occident, à l’instar de Dick Cheney dans le récent Vice.

Pour autant, la plupart des films dystopiques prouvent que cette bien-pensance amène à sous-estimer de nombreux dangers. Will Salas, dans le médiocre Time Out, veut donc sauver l’humanité en redistribuant les fortunes, et oublie par la même occasion comment cette redistribution pourrait mener à d’autant plus de chaos.

Qui plus est, la morale peut être aisément instrumentalisée, comme le montrait La Vague, où un professeur tente d’avertir ses élèves sur les risques d’un retour vers une autocratie et les pousse vers leur propre perversion. En définitive, dire que la morale serait la meilleure des politiques impliquerait déjà qu’on saurait la définir. Une question que pas même Platon avec son Ménon n’avait réussi à résoudre.

Quitte à rappeler de mauvais souvenirs aux terminales L, Lambert Wilson dans La Princesse de Montpensier faisait d’ailleurs de son personnage un apolitique pour ne pas avoir à décider qui des protestants ou des catholiques devraient être au pouvoir. Et si la morale n’est donc pas la meilleure des politiques, son absence serait cependant la pire, comme le prouve American Nightmare.

"Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté ?"

Le rapport entre devoir et liberté a souvent été abordé par le cinéma, et ce presque depuis ses débuts. Cette question est notamment très présente dans le cinéma politique et policier des années 1970, chez des réalisateurs comme Alan J. Pakula, Costa-Gavras ou bien sûr Sidney Lumet. Ainsi, dans Serpico de Sidney Lumet, Al Pacino joue un flic qui renonce à toute sa vie personnelle pour combattre la corruption de la police new-yorkaise, ce qui le mène à passer outre certains droits fondamentaux pour arriver. Le constat final de ces films est très souvent amer, comme si les principes et la persévérance n’étaient pas suffisants pour triompher. Tout est toujours plus compliqué et la liberté part en fumée.

Al Pacino dans Serpico. (© Dino de Laurentiis Productions)

Souvent les personnages se sacrifient pour des causes plus grandes qu’eux, oubliant toute forme de liberté. C’est le cas dans Les Sept Samouraïs de Kurosawa (qui a été transposé dans l’Ouest américain par John Sturges, ce qui a donné Les Sept Mercenaires). Ces sept hommes ombrageux, libres mais à la morale douteuse, vont sauver un village de la vengeance de bandits sanguinaires. Alors qu’à la base ils ne sont là que pour l’argent, les mercenaires finissent par épouser leur cause, car elle est juste. Leur sens du devoir écrase alors leur individualité – et donc leur liberté de vivre.

Cette forme de rédemption est un thème récurrent au cinéma. On le retrouve à plusieurs époques, chez Clint Eastwood notamment (dans Impitoyable ou Gran Torino), mais aussi chez Tony Scott avec le personnage radical de Denzel Washington dans Man on Fire, qui est prêt à aller jusqu’au bout pour retrouver la petite fille qu’il devait protéger. Ce sens du sacrifice se retrouve aussi régulièrement dans les films de guerre, comme dans L’Armée des ombres de Melville, où tout le monde est suspect et personne n’a le droit à l’erreur. Le devoir de résistance efface alors tout le reste.

Les Sept Mercenaires (© United Artists)

C’est ce même sens du devoir qui pousse Michael Corleone (encore Al Pacino) à prendre la succession de son père Vito à la tête de son empire criminel, dans Le Parrain de Coppola. Pourtant, il aspirait à une vie normale, loin de la mafia. Mais quand son père frôle la mort et que son frère tombe dans un guet-apens, Michael prend la tête de la famille Corleone, oubliant sa propre vie et l’amour de Kay. Michael se sacrifie pour que tout reste en place et il laisse sa liberté au fond d’une tombe.

Plus récemment, dans La Vie de David Gale, Kevin Spacey met sa liberté et même sa vie dans les mains de la justice pour démontrer la folie de la peine de mort. Tout en ambiguïté, il démontre ainsi que très souvent le devoir ultime demande l’abandon de toute liberté individuelle. Comme dirait l’oncle Ben, un grand pouvoir entraîne toujours de grandes responsabilités, et demande donc des concessions extrêmes, jusqu’à la mort. Dédicaces à Obi-Wan Kenobi et Albus Dumbledore.

"Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ?"

Un sujet bien épineux, auquel il nous a été impossible de répondre dans les deux heures imparties. Commençons donc par différencier la valeur pécuniaire et commerciale, qui peut faire office de valeur d’échange, de la valeur plus subjective, qui existe selon une échelle de valeurs, allant de la beauté à l’utile, en passant par le bon et le juste.

Dans Le Stratège, Brad Pitt interprète l’entraîneur d’une petite équipe de baseball qui a perdu ses meilleurs joueurs, attirés par les grands clubs et leurs gros salaires. Plutôt que de remplacer ses anciens joueurs par des profils similaires (et ainsi reconstituer une équipe de stars à prix d’or, à la valeur sportive et financière évidente), il décide de se tourner vers des joueurs de seconde zone, auxquels personne n’accorde de valeur, mais qui, une fois leurs atouts respectifs combinés, se révéleront très efficaces sur le terrain. Pour cela, il va se baser sur des méthodes mathématiques (et donc objectives), mettant donc de côté toute notion de "bon" ou de "mauvais". Cette méthodologie rigoureuse va lui permettre de reconsidérer la valeur de chaque joueur, pour en tirer le meilleur parti.

Le Stratège. (© Sony Pictures)

Mais Nietzsche affirme également dans sa Généalogie de la morale que "l’homme se désigne comme l’être qui estime des valeurs, qui apprécie et évalue, comme 'l’animal estimateur par excellence'". La valeur devient alors subjective et elle est celle que l’autre veut bien y accorder.

Dans Easy Girl, Olive (Emma Stone) devient, du jour au lendemain, la "traînée du lycée", car elle est "accusée" par Marianne, une élève très pieuse, d’avoir perdu sa virginité trop tôt. "L’animal estimateur" est ici le groupe, constitué par les autres élèves du lycée, qui n’accorde plus de valeur à Olive. Mais par un principe de vases communicants, cette dernière va se servir de sa nouvelle réputation pour réinjecter une certaine forme de valeur chez d’autres "losers" du lycée, qui vont ainsi regagner en popularité grâce à elle.

Cependant, les valeurs peuvent être personnelles, communes, ou bien universelles et on ne naît avec aucune d’entre elles. Dès lors, on peut se poser la question suivante : quelle est la valeur de nos valeurs ? Comme l’affirme Nietzsche, "ce qui peut être commun est toujours de peu de valeur".

C’est la réflexion latente que l’on retrouve dans Captain Fantastic, où Viggo Mortensen interprète un père de famille en opposition totale aux valeurs communes de notre société contemporaine. Il a donc choisi d’élever ses six enfants en autarcie, en dehors de toute civilisation humaine, afin de leur inculquer ses propres valeurs personnelles. Mais lorsqu’il se retrouve confronté contre son gré à la société, toutes les valeurs sur lesquelles il a bâti leur éducation volent en éclat.

Dès lors, notre vraie valeur ne serait-elle pas en nous, sans besoin aucun d’être partagée ?

"Les lois peuvent-elles faire notre bonheur ?"

Un sujet plutôt classique, qui nous interroge sur la légalité et la légitimité de nos actes dans une société régie par des règles communes. Ici, le bonheur pourrait être mis en lien avec la liberté. Mais attention à ne pas se focaliser uniquement sur cette vision : le bonheur, c’est aussi pouvoir répondre à des besoins fondamentaux, comme manger, dormir, travailler ou vivre en société.

Les exemples sont nombreux dans le cinéma, notamment du côté des univers dystopiques. L’intrigue du mythique Metropolis de Fritz Lang (1927), se déroule en 2026, à l’heure des robots et des androïdes, dans une ville qui a stratifié la société en deux classes sociales radicalement différentes : ceux qui vivent dans le luxe et l’oisiveté dirigent les travailleurs qui remplissent le moindre de leurs besoins.

Ici on retiendra la possibilité que la loi ait deux échelles d’application (selon un modèle de ségrégation). Elle rend heureux les dominants mais malheureux les prolétaires. Cela nous renvoie d’ailleurs aux "Animaux malades de la peste" de La Fontaine : "Selon que vous serez puissant ou misérable/Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

Cependant, les lois peuvent aussi être un véritable danger à notre liberté et donc notre bonheur. V for Vendetta (2003) est un bon exemple pour interroger le rapport entre culture et liberté. Son héros, bien que très cynique, aspire à ce que la population se libère enfin du joug d’un gouvernement tyrannique, qu’il retrouve le goût pour l’opéra, la musique, le cinéma, etc. Pour les plus hipsters, un petit Fahrenheit 451 de Truffaut (1966) fera aussi très bien l’affaire.

V for Vendetta. (© Warner Bros.)

Toutefois, les lois ne sont pas nécessairement des freins à notre bonheur. Ainsi, dans Bienvenue à Gattaca (1998) la technologie permet la mise en place d’un eugénisme total, un système où l’on sélectionne les attributs génétiques des individus avant qu’ils naissent. Pour encadrer tout cela, la loi interdit en théorie la discrimination entre ces individus "parfaits" et ceux nés "naturellement", mais le héros, qui fait partie de ces derniers, se rend vite compte que dans les faits les entreprises séparent leurs employés. Ainsi, la loi peut être bonne, mais elle n’est pas nécessairement appliquée – le héros doit d’ailleurs tricher pour réaliser son rêve : devenir astronaute.

Enfin, nous pouvons citer le contre-exemple extrême (et très efficace, aussi) que constitue la saga Mad Max, qui se déroule dans un monde où seule la règle du "chacun pour soi" prévaut. Résultat : du fanatisme, de l’esclavagisme, de la violence et une espérance de vie drastiquement réduite… Bien que contraignantes, les lois de la société nous permettent une sécurité et donc de meilleures chances de réaliser nos rêves, et d’être ainsi heureux – l’anarchie, ou plutôt l’anomie (absence de normes), n’est pas aussi idyllique qu’on pourrait le penser…

Article écrit par Louis Lepron, Emma Ceccaldi, Eléna Pougin, Arthur Cios, Pierre Bazin, Manon Marcillat, Aurélien Chapuis et Lucille Bion.

Par Louis Lepron, publié le 17/06/2019

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