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Cannes : avec son subtil Wildlife, Paul Dano livre un premier film réussi

Publié le

par Lucille Bion

( © Sundance Institute – Carrey Mulligan dans Wildlife )

Connu pour avoir joué un ado tourmenté dans Little Miss Sunshine, Paul Dano raconte dans son premier film en tant que réalisateur le délitement d’un couple à travers les yeux d’un virtuose de 14 ans, interprété par Ed Oxenbould. Un début prometteur pour le cinéaste, qui a ouvert en grande pompe la Semaine de la critique du Festival de Cannes. Voici trois bonnes raisons d’aller voir ce film.

Carey Mulligan dans <em>Wildlife</em>. (© Sundance Institute)

Un brillant acteur passe de l’autre côté de la caméra

À Cannes, Paul Dano a débarqué main dans la main avec sa coscénariste et compagne, Zoe Kazan, pour présenter au public son premier film, Wild Life. "Je suis un geek, en fait, un passionné", a-t-il déclaré en guise de présentation. Il faut dire que l’acteur devenu réalisateur s’est plongé très jeune dans le cinéma. À 15 ans, après avoir assidument fréquenté le théâtre de son collège, il décroche son premier rôle dans The Newcomers, avant de se faire remarquer dans Little Miss Sunshine.

Sa rigueur et son talent le mèneront ensuite devant les caméras de Paolo Sorrentino (Youth), Denis Villeneuve (Prisoners) et Steve McQueen (12 Years a Slave). L’an passé, la Croisette lui déroulait déjà le tapis rouge pour son rôle dans Okja, distribué par Netflix, pendant que l’industrie du cinéma s’écharpait sur les problèmes de distribution qui allaient s’ensuivre. Devant l’agitation générale, Paul Dano n’attendait que l’accalmie pour se consacrer à son premier long-métrage.

Invité à la soirée d’ouverture de la Semaine de la critique, Paul Dano a découvert en arrivant une longue file de cinéphiles sur leur 31. Tout le monde voulait découvrir ce fameux Wildlife, adaptation du roman éponyme de Richard Ford, au casting alléchant – d’ailleurs, beaucoup on dû rebrousser chemin.

Carey Mulligan, actrice ardente

Paul Dano raconte ici les tourments d’un couple joué par Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan, qui vit dans l’Oklahoma des années 1960. Leur amour commence à se fissurer lorsque le père de famille perd soudainement son emploi. Pour sortir de la dépression, il se lance dans un taf bien viril : éteindre des feux de forêt. Son départ précipité chamboule la vie de sa femme et de leur fils unique de 14 ans, Joe. Élève modèle, ce dernier trouve un job dans la photographie pour épauler sa mère qui peine à payer le loyer. Pour combler l’absence de son mari, elle noie son chagrin dans les bras d’un riche veuf.

Paul Dano, sûrement grâce à sa binôme scénariste, s’applique à brosser le portrait d’une desperate housewife irritable, absente et louvoyante. La force de ce personnage, c’est sa complexité, son côté paumé. Carey Mulligan fait fi de sa candeur habituelle pour cracher le feu qui brûle en elle, et s’impose dans cette nouvelle édition du Festival de Cannes comme une figure féminine immanquable.

La révélation Ed Oxenbould

La superstar qu’est Jake Gyllenhaal reste à l’ombre dans son rôle torturé, et se fait voler la vedette par une étoile montante nommée Ed Oxenbould. Au milieu de toute cette mélancolie, le jeune acteur australien aperçu dans The Visit de M. Night Shyamalan tire son épingle du jeu. Toute l’histoire est racontée à travers son regard innocent. Partagé entre le trouble et l’attente, il assiste au déclin de l’amour de ses parents, qu’il tentera de réunir.

Grâce à ce personnage (malheureusement quelque peu écrasé par les deux têtes d’affiche), Ed Oxenbould, 15 ans au moment du tournage, devrait parvenir à se faire une place dans l’industrie du cinéma. On s’amuse aussi à lui trouver une ressemblance avec le réalisateur, ce qui pourrait nous faire croire que le film a une dimension autobiographique.

Paul Dano livre ici un premier film réussi. Il fabrique une ambiance délicate pour reconstituer l’Amérique d’antan, qui oscille entre la bienfaisance, la maîtrise de soi et une part animale, insouciante. Les faiblesses du long-métrage, qui se ressentent dans certaines longueurs, ne comptent presque pas. Le débutant, mais très subtil, Paul Dano a tout d’un grand cinéaste.

Wildlife sortira en France le 19 décembre.

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