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Plongée dans la carrière magistrale de la saisissante Amy Adams

Publié le

par Lucille Bion

L'actrice est capable de parler aux aliens comme de sauver Superman.

Les mauvaises critiques autour d’Une ode américaine ne reflètent en aucun cas le talent d’Amy Adams. Ce film boudé de Ron Howard, disponible le 24 novembre sur Netflix, s’attache à dépeindre les hillbillies, ces habitants des régions montagneuses des Appalaches et des monts Ozarks. Le terme fait aussi, d’une manière plus péjorative, allusion à des individus violents et arriérés s’apparentant, en somme, à des ploucs.

À travers ce portrait polémique, Amy Adams se transforme en furie toxicomane, prisonnière de ses colères violentes qui la condamnent à se flageller d’être une mère indigne. Cheveux fougueux, mine grisâtre… En lui donnant un physique rustre, Ron Howard lui offre un rôle à contre-emploi, alternant entre grossièretés et hurlements incontrôlés.

L’ancienne danseuse nous a habitués à plus de grâce et de fragilité tout au long de sa carrière d’actrice, débutée en 1999 avec Belles à mourir, une satire de reconstitutions des concours de beauté dans laquelle elle enfile un costume de pom-pom girl aux mœurs légères. Depuis, elle a tiré son épingle du jeu avec sa chevelure rousse, sa voix chaude et posée que l’on retrouve avec plaisir dans chacun de ses films. Retour sur sa brillante carrière, de quelques épisodes de Buffy contre les vampires aux Oscars.

© Fighter

Si aujourd’hui Amy Adams est devenue célèbre sur le sol américain, c’est en Italie qu’elle fait ses premiers pas. Son père, militaire, trimbale sa grande famille – les parents Adams ont sept enfants – au gré de ses affectations. Lorsqu’il quitte son emploi, il devient chanteur professionnel dans les night-clubs et les restaurants puis écrira des sketchs amateurs avec sa femme, avant d’offrir, comme toujours, le rôle principal à sa fille lors des représentations familiales.

"La première fois que je suis arrivée à Los Angeles, j’étais la garce incontournable"

Ce n’est donc pas un hasard si Amy Adams entame une carrière artistique de danseuse de bar dans le Colorado avant de devenir comédienne à Los Angeles, épuisée par les nombreuses blessures qu’elle infligeait à son corps.

Si elle décroche rapidement son premier rôle à l’aube des années 2000, la jeune actrice peine à décoller l’étiquette qu’on lui assigne, à savoir celle, peu reluisante, de la garce : "La première fois que je suis arrivée à Los Angeles, j’étais la garce incontournable. Je veux dire, si tu avais besoin d’une salope, j’étais là", explique-t-elle à Advocate.

Malgré elle, elle cultivera cette image biaisée avec quelques passages dans les séries cultes That '70s Show, Charmed, Buffy contre les vampires, avant de se retrouver dans les draps de Leonardo DiCaprio le temps d’une scène d’amour pour Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg, qu’on oublie trop souvent.

Puis, en 2004, elle campe une certaine Alice Doherty très controversée dans Dr. Vegas. La légende veut qu’elle soit responsable de l’arrêt brutal de la série après une saison seulement : le jour où son personnage conseille à une amie de se masturber avec un cheval, les producteurs rendent leur verdict et mettent un terme à cette mascarade.

Face à ce licenciement violent, la trentenaire envisage de se reconvertir mais décroche in extremis un projet miséreux à moins d’un million de dollars. Le cinéaste Phil Morrison la choisit pour incarner une femme enceinte pleine de joie dans son Junebug. Pour ce rôle, elle se teint en rousse et décroche son premier Prix du jury à Sundance puis sa première nomination à l’Oscar de la Meilleure actrice pour un second rôle. Sacralisée, elle connaît alors un tournant professionnel et capillaire déterminant pour sa révélation.  

© Junebug

Complexe et marginale

Contrairement à l’idée reçue que les actrices ont du souci à se faire à l’approche de leurs 40 ans, Amy Adams révèle délicatement, au prix du paradoxe, toute la puissance de son jeu et ses différentes palettes d’émotions, s’amusant des clichés inlassablement véhiculés par l’industrie :

"Honnêtement, en vieillissant, je sens que les rôles qu’on me propose sont plus intéressants, ce qui est vraiment plus excitant. Parce que tout le monde te disait : 'Oh, les 40 ans arrivent…' mais moi je me disais : 'Oh, 40 ans c’est génial !' C’est le meilleur moment."

Après avoir donné la réplique à Christian Bale et Mark Wahlberg en jouant une barmaid effrontée dans Fighter, qui lui permet de décrocher une nouvelle nomination aux Oscars, Amy Adams revient dans le game en véritable battante et met K.-O. tout Hollywood : The Master, Sur la route, American Bluff, Big Eyes, Her ou encore son passage chez les super-héros dans Man of Steel.

L’actrice enchaîne les projets exigeants et originaux, souvent empreints de surnaturel. Une stratégie qui lui permet de s’attirer les éloges de la critique, rompant définitivement avec son passé d’aguicheuse. Ce n’est pas Amy Adams qui aura mis une décennie à conquérir Hollywood, c’est Hollywood qui aura mis une décennie à découvrir les ressources d’Amy Adams.

En se tournant vers la complexité et en s’érigeant contre les projets trop prévisibles, elle est choisie par Denis Villeneuve dans Premier Contact pour incarner la linguiste Louise Banks, ce qui constitue, à ce jour, l’une de ses plus belles prestations. Pièce maîtresse de ce puzzle de science-fiction, elle est chargée de communiquer avec une espèce d’un autre type afin de comprendre ses intentions et sauver l’humanité. Évoluant dans un univers essentiellement masculin, son personnage nous embarque avec une poésie glacée dans sa pseudo-tragédie sublime et déchirante, nommée huit fois aux Oscars en 2017.

Capable de représenter des femmes vulnérables et puissantes à l’écran, elle tape dans l’œil de Tom Ford, qui prépare alors son Nocturnal Animals, un très beau film sur les sacrifices que l’on fait lorsque l’on n’écoute pas son cœur. Il opte pour une esthétique tranchante, d’abord bordée de strass et de paillettes dès la scène d’ouverture avec ces corps dénudés et obèses en mouvement, glamourisés le temps d’une exposition dont Amy Adams sera la commissaire.

Il aura fallu qu’elle passe entre les mains du couturier pour révéler toute sa sensualité et sa noirceur, classe et gracieuse, transportée par les épreuves que traverse son ancien amant et alter ego, dont elle est la muse.

Forte de son succès, elle continue d’écrire le chapitre des super-héros avec la team DC sous les traits de Lois Lane, en tant que grande complice de Superman dans Batman v Superman ainsi que dans Justice League, et sera bientôt de retour pour le fameux Snyder Cut qui devrait débarquer en quatre épisodes en 2021 sur HBO Max.

"Maman, pourquoi est-ce que tu interprètes toujours des 'femmes de' ou des 'petites copines de' ?"

Quand elle ne joue pas les journalistes affûtées du Daily Planet aux côtés de Clark Kent, Amy Adams continue sa course aux Oscars avec, notamment, sa métamorphose pour Vice, le film politique d’Adam McKay sorti en 2019. Vieillie par des prothèses et deux à quatre heures de maquillage par jour, elle retrouve Christian Bale, lui aussi magistralement transformé en Dick Cheney. Si elle incarnera son épouse Lynne Cheney, elle se glissera surtout dans la peau d’une femme de l’ombre ambitieuse, comme elle l’explique à Télérama :

"Je ne savais rien d’elle. Je l’ai immédiatement googlisée. C’était impressionnant de découvrir son parcours universitaire : elle est notamment spécialiste de littérature britannique du XIXe siècle. Elle a consacré une partie de sa carrière à promouvoir les lettres et la culture. Elle est devenue une référence en matière d’éducation. J’ai pris conscience qu’elle était beaucoup plus que juste 'madame Cheney'.

Quand j’ai dit à ma fille Aviana, 9 ans, que j’allais jouer 'la femme de Dick Cheney', elle m’a posé une question maline : 'Maman, pourquoi interprètes-tu toujours des 'femmes de' ou des 'petites copines de' ?' J’ai pris conscience que je devais changer de point de vue et présenter les choses autrement : j’allais jouer Lynne Cheney, une femme publique qui a son propre parcours. C’est devenu un défi très exaltant."

La même année, elle quitte le grand écran pour la mini-série Sharp Objects sur HBO. Pendant huit épisodes, Amy Adams se reconvertit en journaliste torturée, rentrée au bercail pour élucider le meurtre de deux adolescentes.

Aidée par la caméra de Jean-Marc Vallée, la comédienne nous plonge dans un Missouri suffocant, où gravitent autour d’elle des générations de femmes radicalement opposées, aspirant donc, malgré elles, à se détruire. Sous la forme d’un thriller, on assiste à l’auto-mutilation d’un portrait de famille. Une thématique que l’on retrouvera dans le drame Une ode américaine, le panache et l’intensité en moins.

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