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L'homme qui a tué l'American Sniper a été condamné à perpétuité

Publié le

par Anaïs Chatellier

Alors que le film American Sniper a triomphé au box-office américain, le procès du meurtrier de Chris Kyle fascinait également outre-Atlantique. Le verdict est tombé : Eddie Ray Routh, l'homme qui a tué l'American Sniper, a été condamné à la prison à perpétuité.

Avec six nominations aux Oscars (mais une seule récompense pour le Meilleur montage son) et 105 millions de dollars dès son premier week-end d'exploitation, le biopic American Sniper réalisé par Clint Eastwood déchaîne aussi bien les passions que la controverse. Adapté du livre American Sniper - Autobiographie du sniper le plus redoutable de l'histoire militaire américaine écrit par Chris Kyle lui-même (le tireur d'élite incarné par Bradley Cooper) le film a déjà enthousiasmé les Républicains, à l'instar de Sarah Palin et une grande partie de la population américaine.

En parallèle, plusieurs cinéastes américains comme Michael Moore et Seth Rogen y voient une ode à la violence et l'accusent d'être un film de propagande de l'armée américaine. Et loin de la fiction, le procès de Eddie Ray Routh, le meurtrier de la "Légende" comme le surnommaient ses camarades, a attiré une grande attention. Jusqu'au jugement, ce mardi 24 février : l'homme a été reconnu coupable du double meurtre de Chris Kyle et Chad Littlefield (l'"American Sniper"), et condamné à la prison à perpétuité. Ses avocats avaient plaidé l'irresponsabilité morale pour sa défense, pour cause de "psychose" au moment des faits.

"Peut-il y avoir un procès équitable ?"

L'"American Sniper", homme aux 160 cibles et considéré par beaucoup comme invincible, sera à son tour éliminé. Non pas lors d'une énième mission en Irak, mais à domicile, au Texas, d'une balle dans le dos. Alors qu'il est retraité des Navy Seals à partir de 2009, le sniper le plus efficace de l'histoire militaire américaine décide d'aider les soldats victimes de troubles post-traumatiques grâce à la fondation Fitco Care à laquelle il contribue régulièrement. En 2013, il répond à l'appel au secours d'une mère inquiète pour son fils de 25 ans, Eddie Ray Routh. Le jeune homme a servi dans le corps des Marines pendant quatre ans en Irak et en Haïti et présente un comportement étrange depuis son retour.

Le 2 février 2013, Chris Kyle l'emmène dans un stand de tir, histoire de lui changer les idées. C'est là que le drame arrive. Eddie Ray Routh tue le célèbre sniper ainsi que son ami Chad Littlefield de plusieurs balles dans le dos. Si cette scène n'est pas dans le film, le procès de ce jeune homme se tenait depuis le 11 février. Et la sortie du film aurait pu influencer le verdict, dans le sens où celui que les insurgés irakiens surnommaient "le diable de Ramadi", est dépeint comme un héros patriotique dans le film de Clint Eastwood.

C'est du moins ce que craignait son avocat, J. Warren St. John qui avait confié au Hollywood Reporter : "Le film de Warner Bros va être un problème. Peut-il y avoir un procès équitable ?". Alors que l'accusé risquait la peine de mort ou un emprisonnement à perpétuité, son avocat invoquait un état mental perturbé lié à un syndrome de stress post-traumatique et demandait qu'on interne son client dans un hôpital psychiatrique. Dans une vidéo de 50 minutes enregistrée quelques heures après le meurtre et relayée par le site News, on peut entendre Eddie Ray Routh tenir les propos suivants :

Je savais que si je n'emportais pas son âme, il allait emporter la mienne. [...] J'ai dit à ma soeur que je devais tuer un homme aujourd'hui. Ce n'était pas une envie. C'était un besoin. J'allais être le prochain à recevoir une balle dans la tête.  

Eddie Ray Routh (Crédits image : Erath County Sheriff)

Un an et demi plus tard, il a confié dans un nouveau témoignage qu'il a tué ces deux hommes parce qu'ils "n'auraient pas voulu parler avec [lui]". 

Certaines personnes se demandent qui des deux est finalement le plus meurtrier. Celui qui a tué des centaines de personnes, enfants et femmes compris, au nom de sa patrie et qui a regretté de ne pas en avoir tué davantage ? Ou bien celui qui, probablement atteint d'un syndrome de stress post-traumatique, a tué un seul homme ?

Quoi qu'il en soit, le nombre de soldats qui souffrent de ce syndrome est bien réel et provoque chaque année plusieurs suicides ou fusillades. En espérant que tout le bruit médiatique autour du film et de cette affaire permettra au moins de rappeler que la prise en charge des soldats à leur retour est un véritable problème de santé publique.