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Leslie Jones, actrice noire de Ghostbusters, cible d'intolérables tweets racistes

Publié le

par Charles Carrot

Les injures reçues par Leslie Jones, actrice noire interprétant une des chasseuses de fantômes du remake réalisé par Paul Feig, relancent le débat au sujet de la modération exercée sur Twitter.

De gauche à droite, posant avec leur Proton Pack devant l'Ecto-1 du nouveau <em>SOS Fantômes</em> : Leslie Jones, Melissa McCarthy, Kristen Wiig, Kate McKinnon. (© Columbia Pictures).

On aura rarement vu autant de haine déversée pour un simple blockbuster : tristement célèbre pour sa bande-annonce copieusement détestée, le nouveau SOS Fantômes n'en finit plus de faire parler de lui pour de mauvaises raisons, alors que le reboot modernisé de Paul Feig, qui remplace comme chacun sait Bill Murray et sa clique par un quatuor féminin, n'est visiblement rien de plus qu'un film moyen, ni génial ni honteux (on ira le voir pour vous dire ce qu'il vaut). Lundi 18 juillet, c'est l'actrice Leslie Jones qui a attiré l'attention sur les insultes infâmes qui lui ont été adressées ces derniers jours sur Twitter, en retweetant différents messages reçus. Attention, c'est vraiment très moche, et ce n'est que la partie émergée d'un iceberg de haine :

Traduction : "OK, on m'a traitée de singe, des gens m'ont envoyé des photos de leur cul, j'ai même reçu une image avec mon visage couvert de sperme. J'essaie de comprendre la définition du mot 'humain'. Je me tire."

Le message reçu : "Je déteste les menteurs. C'est impossible de la trouver belle [Leslie Jones]. Elle est extrêmement laide."

La réponse de Leslie Jones : "Je vous affiche publiquement, enculés."

Traduction : "Si on a la technologie, on pourra ressusciter ton frère [Leslie Jones a perdu son frère il y a quelques années, ndlr]."

Traduction : "Négresse à grosses lèvres." (x8)

Quelle part de responsabilité pour Twitter ?

Cela sonne comme une évidence, mais certains ont apparemment besoin d'un rappel : personne ne mérite de recevoir de telles injures. Sans avoir commis la moindre faute, le moindre crime, pour avoir simplement joué un personnage dans un énième blockbuster estival qui a le malheur de relancer une vieille franchise et de mettre en avant quatre femmes, Leslie Jones affronte un torrent de haine inouï et gère la chose avec une dignité admirable, quand bien même trop, c'est trop. Après une journée à subir messages ignobles sur messages ignobles, l'actrice et humoriste s'est déconnectée après un dernier statut hautement déprimant :

Traduction : "Je quitte Twitter ce soir en larmes et avec le cœur très lourd. Tout ça parce que j'ai fait un film. Vous pouvez détester le film, mais la merde que j'ai reçue aujourd'hui... inexcusable."

Et elle n'a pas tort : même en considérant le nouveau SOS Fantômes comme un nanar complet, il n'a ni remplacé les anciens films, ni tué la famille de quelqu'un, et on hallucine toujours devant ce type d'insultes particulièrement gratuites et cruelles... malheureusement trop fréquentes sur Twitter. Le réseau n'est pas entièrement pourri, bien entendu : un hashtag a été créé pour soutenir Leslie Jones, et comme des milliers d'internautes, le réalisateur Paul Feig est monté au créneau pour la défendre :

Traduction : "Leslie Jones est une des personnes les plus formidables que je connaisse. Chaque attaque envers elle est une attaque contre nous tous. #LoveForLeslieJ"

Mais comme le relève notamment The Verge, le mal est fait et cela ne suffit pas vraiment. Twitter a une part de responsabilité dans l'affaire, sachant que le problème est connu et récurrent depuis des années : le réseau s'est montré désespérément long à la détente dans des cas similaires d'attaques racistes, sexistes, de harcèlement. Si des comptes sont bannis tous les jours et que de nombreux tweets sont rapidement supprimés (sans qu'on sache si c'est le fait de Twitter ou de l'utilisateur qui en est à l'origine, par peur du bad buzz), il est vraiment navrant que tant de ces insultes anonymes restent si longtemps en ligne, dans un vaste climat d'impunité. Et on souhaite bien du courage à Leslie Jones.

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