Abdellatif Kechiche règle ses comptes

Dans une tribune publiée sur Rue89 et intitulée "A ceux qui voulaient détruire La vie d'Adèle", Abdellatif Kechiche s'attaque à ses détracteurs. Visiblement blessé par les critiques qui l'ont visé ces derniers mois, le réalisateur s'applique à répondre point par point à "un grand nombre d’allégations calomnieuses" dans une longue lettre.

Abdellatif Kechich

Abdellatif Kechiche commence son texte sur une note positive en exprimant "le bonheur de « représenter le cinéma français »", avant d'embrayer sur la lettre qu'il avait adressé à la ministre de la culture Aurélie Filippetti avant Cannes, dans laquelle il l'interpellait "sur la nécessité d’initier un débat sur l’état de santé du cinéma français". Amer, le cinéaste précise : "Ma lettre avait été lue. J’avais reçu une réponse insipide". Premier coup.

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Partie 1 : Le Monde

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Il poursuit en évoquant "une série d’articles initiés par Le Monde contenant un grand nombre d’allégations calomnieuses". Le réalisateur n'hésite pas à mettre directement en cause Aureliano Tonet, chef du service culture, auteur de l'article paru le 15 mai 2013 intitulé "Les épreuves contre la montre d’Abdel Kechiche", en s'appuyant sur le témoignage du producteur Jean-François Lepetit. Kechiche s'étonne que le producteur "se laisse aller à de telles affabulations coupables". Il enfonce encore le clou en assurant :

Les professionnels du cinéma le savent bien, que si mon film n’avait pas été récompensé à Cannes, je serais aujourd’hui un réalisateur détruit, comme on dit, un homme mort.

On se souvient tous que quelques temps plus tard, c'est également le quotidien Le Monde, qui dans un article donnait la parole à un syndicat de techniciens du tournage de La vie d'Adèle, et dénonçait les conditions de tournage. Là encore, Kechiche contre attaque en parlant "d'anecdotes de tournages égrenées et déformées", tout en rappelant que les propos ont été démentis par la direction générale de Pictanovo, l’organisme qui a géré le tournage à Lille. Dans le déroulé de la lettre, Kechiche n'en a toujours pas fini de régler ses comptes avec le journaliste Aureliano Tonet à qui il s'adresse directement :

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Donner la parole à des accusateurs ne fait certes pas de vous un accusateur, mais relayer, ouvrir sans distance critique ses colonnes dans une série d’articles cités en boucle par toute la presse et offrir son crédit de « journaliste sérieux » sans les vérifier à des propos et des accusations aussi graves.

Le cinéaste persiste en rappelant une nouvelle fois : "Ce qui a été écrit et publié contre moi aurait détruit une fois pour toutes ma carrière de cinéaste si mon film n’avait pas été primé à Cannes."

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Partie 2 : Léa Seydoux

Après avoir évoqué tour à tour Aurélie Fillipetti, le producteur Jean-François Lepetit, Aureliano Tonet et sa rédaction, c'est au sujet de la polémique "orchestrée cette fois par Léa Seydoux" que le réalisateur écrit. Et il n'y va pas de main morte, n'hésitant pas à lui envoyer une salve de reproches.

Mademoiselle Seydoux, qui après m’avoir maintes fois remercié publiquement et en privé et avoir pleuré dans mes bras à Cannes [...] a changé radicalement d’attitude envers moi, au risque de démolir, à quelques semaines et jours de sa sortie, un film déjà fragilisé. [...] Et cela dans quel but ? On peut d’abord imaginer pour peaufiner cette image de star « rebelle » et mystérieuse qu’elle entend se forger à grands renforts de couvertures de journaux et de magazines et de déclarations tonitruantes dans quantité d’entretiens calculés.

Il affirme que Léa Seydoux devra rendre des comptes "devant la justice, car elle est aussi une personne majeure et comptable de ses actes." L'actrice avait affirmé, lors d’une interview accordée  au Daily Beast, qu'elle ne tournerait plus avec le réalisateur. Ce dernier avait déjà fait une première réponse aux deux actrices.

Après avoir évoqué tous ces points, Kechiche n'a toujours pas fini. C'est un homme très blessé qui évoque les attaques qu'il a subies au sujet de ses valeurs. Il conclut cette longue lettre en pointant du doigt le "système du cinéma français qui fonctionne si mal et dont les dysfonctionnements profitent à certains". Kechiche évoque la polémique autour de son long métrage et de sa propre personne comme une immense "affaire", qui selon lui "n’est que le reflet parmi tant d’autres d’un malaise grandissant, connu des seuls professionnels et des spécialistes, et d’une forme de perversion au sein d’un système qui appelle de toute urgence une réflexion globale, accompagnée d’une forte volonté politique de changement."

A travers cette lettre un peu paranoïaque, Abdellatif Kechiche risque de relancer une nouvelle polémique en raison du nombre de contre attaques qu'elle contient. Il soulève néanmoins un certain nombre de points intéressants au sujet du cinéma français. Ceci dit, difficile de croire à son entière objectivité au sujet du tournage de La vie d'Adèle qu'il décrit comme "harmonieux".

Par Constance Bloch, publié le 23/10/2013

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