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À Cannes, l’histoire d’amour de The Souvenir impressionne

Publié le

par Louis Lepron

Les années 80, la dope, le cinéma et bien sûr l’amour : le deuxième chapitre de The Souvenir clôture un sublime portrait autobio.

Au cours du Festival de Cannes, Konbini vous fait part de ses coups de cœur.

The Souvenir, c’est quoi ?

À la Quinzaine des réalisateurs, un évènement s’est glissé dans la programmation : la diffusion de The Souvenir Part II, suite de The Souvenir Part I, exploité depuis 2019 aux États-Unis, mais seulement au mois de décembre prochain dans les salles françaises.

Pour voir ce deuxième volet, toujours concocté par Joanna Hogg, il fallait ainsi rattraper un film inconnu en France, mais serti d’une récompense importante (le Grand prix du jury au festival de Sundance voilà deux ans, ainsi qu’une présence à la Berlinale) et poursuivre dans la foulée avec sa suite. En tout, c’est parti pour quatre heures d’images d’une histoire qui nous transporte dans les années 80. 

On y suit Julie. Julie est jeune, brillante, étudiante en école de cinéma. Elle rencontre Anthony, en poste dans un ministère, plus âgé qu’elle, encombré par des problèmes personnels, un ton monotone, un flegme et un humour purement britanniques. Julie fait partie de la haute. Des parents qui disent tout haut ce qu’ils pensent de leur peur de l’immigration, en buvant tranquillement du thé. Entre l’école de cinéma et la maison familiale, il y a un monde, deux façons de se comporter, deux façons de s’habiller. 

Anthony est toujours dans des costumes qui lui donnent l’air d’une personne importante. Anthony ne fait pas partie d’une classe sociale élevée, ses parents ont une maison dans la campagne, mais rien de tapageur ni de bourgeois. Dans toutes ces nuances de classe sociales, de comportements qui ne rentrent pas dans des cases, The Souvenir semble raconter la manière dont les gens, en société, peuvent évoluer, muter, changer de visage, et se raconter socialement.

Julie et Anthony vont alors emménager ensemble. Jusqu’à ce que des mensonges émergent, qu’une seconde vie fasse son apparition et que la construction d’un récit cinématographique, à l’écran comme dans l’histoire, entre en collision. Voilà pour les fondements scénaristiques de ces deux volets.

Pourquoi c’est bien ?

Inspiré de sa vie, la réalisatrice Joanna Hogg aborde avec mélancolie une relation aux contours parfois flous, souvent mystérieux, empreinte d’une légèreté, de moments doux et de scènes qui laissent entrevoir une violence sourde. Qui est vraiment Anthony ? Voilà quelle pourrait être là question principale de cette première partie, tant Julie semble, à l’instar du spectateur, découvrir deux fois le personnage.

The Souvenir Part II, présenté en avant-première à la Quinzaine des réalisateurs, poursuit l’histoire pour mieux l’interroger, revenir sur son discours, la perception du spectateur à l’égard des personnages principaux que sont Julie et Anthony. À travers son travail de cinéaste, l’étudiante qu’est Julie tente de cerner ce qu’elle a vécu.

La recherche de la vérité, elle tente de l’entrevoir dans sa réalisation qui s’inspire de sa vie, abandonnant un sujet qui lui était lointain. En mêlant à la perfection l’art et une soi-disant réalité, en installant une histoire somme toute ordinaire dans la fabrication de la fiction, Joanna Hogg crée là une œuvre extraordinaire, terriblement sensible, originale dans sa démarche et les objets dont elle s’enquiert, et vient questionner les perceptions que l’on peut avoir d’une réalité partagée.

Quelle est la différence entre la réalité et l’inspiration ? Comment mettre en images les souvenirs d’une relation ? Faut-il faire confiance à ses ressentis lorsqu’il s’agit de leur trouver une cohérence scénaristique ? Est-ce que le cinéma peut aider à guérir des blessures, à mieux comprendre des situations auxquelles on a été confrontées ? Toutes ces questions font partie de l’essence, de l’origine, du développent comme du projet que sont The Souvenir et The Souvenir Part II. Et revenons au début.

En revisitant ses souvenirs d’étudiante en cinéma qui réalisait des courts-métrages expérimentaux sous la direction de Derek Jarman, Joanna Hogg bouleverse quelque chose en nous, aidé d’un casting au diapason, que ce soit Tilda Swinton qui joue une mère attachante, de sa fille Honor Swinton Byrne (Julie) qui crève l’écran et d’un Tom Burke (Anthony) charismatique en proie à des démons.

Avec ce grain de pellicule associé à chaque plan, on aimerait se retrouver dans ces réminiscences qui convoquent l’autoportrait d’une femme parfois soumise, parfois forte, souvent naïve, qui ne demande jamais à être prise en pitié, dans une époque faite de dope, du morceau "Smaltown Boy" de Bronski Beat et d’une fureur de vivre. 

Qu’est-ce qu’on retient ?

L’actrice qui tire son épingle du jeu : Honor Swinton Byrne

La principale qualité : Des plans sublimes 

Un film que vous aimerez si vous avez aimé : The Souvenir peut faire écho à cette voix off de (500) jours ensemble et une histoire d’amour impossible, sans être à la hauteur de la sensibilité du film de Joanna Hogg

Ça aurait pu s’appeler : N’oublie jamais

La quote pour résumer le film : "L’amour dure bien plus que trois ans"

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