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De Moonlight à Rafiki : 9 films qui ont marqué le mouvement LGBTQ+

De 1919 à 2019, les minorités concernées ont pu bénéficier, année après année, d'une meilleure représentation au cinéma.

2019 est une année particulière pour la cause des personnes LGBTQ+. Il y a cinquante ans, New York était secouée par les émeutes de Stonewall, un mouvement de révolte qui voulait que soient reconnus les droits de ces minorités longtemps oppressées par un système qui les ignore (quand il ne les maltraite pas). Mais avant ce tournant décisif, il y a bien une forme d’art qui s’affairait à offrir de la visibilité aux personnes LGBTQ+ : le cinéma.

Car oui, il y a bien un avant et un après Stonewall, comme en atteste l’évolution de ce cinéma de genre qui ne cesse de gagner en reconnaissance. Du méconnu mais crucial Différent des autres à l’acclamé 120 battements par minute, une kyrielle de longs-métrages ont fait rayonner la cause des personnes LGBTQ+. Des longs-métrages forts, engagés et parfois controversés, qui seront mis à l’honneur par la Mairie de Paris à travers son exposition "Champs d’amours, 100 ans de cinéma arc-en-ciel".

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Organisée du 25 juin au 28 septembre, en partenariat avec la Cinémathèque française, cette expo gratuite se donne pour mission de retracer un siècle de cinéma aux couleurs de l’arc-en-ciel. "Champs d’amours" est aussi l’occasion de découvrir des photos rares et certaines reliques gardées précieusement, toutes relatives à la dimension LGBTQ+ du 7e art. En marge de l’expo, une rétrospective est notamment prévue par la Cinémathèque française, ce qui va permettre aux plus cinéphiles de partir à la rencontre de films souvent confidentiels mais qui ont le mérite d’avoir fait bouger les lignes à leur façon.

À cette occasion, et parce que juin est aussi le mois des fiertés, on a pris l’initiative de revenir sur ces films qui ont inévitablement fait des remous à leur sortie, tout en contribuant à une meilleure visibilité des thématiques LGBTQ+. De "2019", on a conservé le chiffre "9", pour mettre en valeur ces neuf productions qui nous ont marqués.

Différent des autres, de Richard Oswald (1919)

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Ce long-métrage allemand, intitulé "Anders als die Andern" en VO, fut l’une des premières œuvres à défendre la cause homosexuelle dans les salles obscures. Son impact est d’autant plus important que les discriminations contre la communauté gay se sont accentuées durant l’entre-deux-guerres. À travers l’histoire tragique d’un violoniste, Différent des autres dénonce le paragraphe 175 du code pénal allemand, qui punissait l’homosexualité masculine (et qui fut en vigueur jusqu’en 1994). Copies détruites, censure à tout-va… Le film aura bravé bien des épreuves pour exister, avant d’être finalement restauré à la fin du siècle dernier.

Un dimanche comme les autres, de John Schlesinger (1971)

Récompensé aux Golden Globes, Sunday, Bloody Sunday (c’est son titre en anglais) peut se targuer de présenter au grand public un personnage bisexuel, alors même que la notion de bisexualité demeurait éminemment taboue à l’époque de sa sortie. Ce film britannique relate le quotidien de Bob, un artiste d’une vingtaine d’années, ainsi que sa relation tumultueuse avec un homme et une femme. Jusqu’ici, les histoires LGBTQ+ portées sur grand écran avaient systématiquement un dénouement funeste. Le cinéaste John Schlesinger a changé la donne en optant pour une fin bien moins désolante et en dépeignant un personnage qui n’est pas nécessairement en proie à une crise identitaire. Un grand pas pour les 70’s.

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La Loi du désir, de Pedro Almodóvar (1987)

Quand on jette un rapide coup d’œil à sa filmographie éclectique, on remarque que le grand Pedro Almodóvar a toujours été un précurseur, dans sa manière d’aborder les thématiques LGBTQ+. Dans ses derniers longs-métrages, il fait beaucoup en matière d’inclusivité, mais c’était déjà le cas vers la fin des années 1980. Avec La Ley del deseo, le réalisateur espagnol nous offre un thriller psychologique évoquant les grandes tragédies grecques, avec un triangle amoureux homosexuel au cœur de son intrigue. En interview, le cinéaste aime désigner La Loi du désir comme un véritable tournant dans sa carrière.

Harvey Milk, de Gus Van Sant (2008)

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Le biopic est un genre intrinsèquement important. Il est important car il permet de revisiter des moments-clefs de l’histoire et de les rendre accessibles à un public plus large. Souvent invisibilisée par les manuels scolaires, la communauté LGBTQ+ mérite d’avoir son évolution racontée. Ce fut un peu le cas avec Harvey Milk, un film poignant qui s’intéresse aussi bien à la carrière qu’à la vie privée du personnage public éponyme. Pour celles et ceux qui l’ignorent, Harvey Milk fut le premier homme politique ouvertement homosexuel de Californie. Sa trajectoire, bien que bouleversante dans son ultime partie, mérite encore aujourd’hui d’être ancrée dans les mémoires.

Tomboy, de Céline Sciamma (2011)

Quatre ans après son tout premier film, Naissance des pieuvres, Céline Sciamma signe un chef-d’œuvre d’une pureté inouïe. Via Tomboy, la réalisatrice française s’attaque avec subtilité à la thématique de la transidentité, explorant le troublant mensonge d’une jeune fille de 11 ans qui décide de se faire passer pour un garçon auprès de son nouveau voisinage. Avec une bienveillance et une tendresse qu’on retrouve de façon récurrente dans son cinéma, Céline Sciamma ouvre davantage la voie pour des films engagés qui remettent en cause les notions trop restrictives de genre.

La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche (2013)

Bien que trop souvent réduit à sa scène de cunnilingus jugée interminable, La Vie d’Adèle est, qu’on le veuille ou non, l’un des films lesbiens les plus marquants de ce siècle. Dans cette adaptation du roman graphique de Julie Maroh, une ado répondant au nom d’Adèle se lance dans une relation dévorante avec Emma, une artiste en herbe. De bout en bout, le film d’Abdellatif Kechiche dépeint les hauts et les bas de leur histoire douce-amère, sans aucun filtre. Parce qu’il est controversé, La Vie d’Adèle a indubitablement laissé sa trace sur le cinéma LGBTQ+.

Moonlight, de Barry Jenkins (2016)

Dans le genre "film historique pour la cause", difficile de ne pas mentionner Moonlight. Il n’est pas qu’une simple prouesse esthétique : il est surtout le premier long-métrage LGBTQ+ à avoir emporté le prix tant convoité de l’oscar du meilleur film. C’est aussi le tout premier film oscarisé avec un casting majoritairement noir. À travers un récit tout en finesse se déroulant sur trois époques, on suit la relation passionnelle unissant deux hommes afro-américains. Léché et poétique, Moonlight décortique les rapports entre la masculinité et l’amour homosexuel.

120 battements par minute, de Robin Campillo (2017)

Cette récente pépite hexagonale revisite le combat de l’association Act Up contre l’épidémie du sida dans les années 1990. Au-delà d’une histoire de militantisme qui prend aux tripes dès les premières secondes, 120 battements par minute nous gâte avec une romance bouleversante du début à la fin, sublimée par le jeu impeccable des acteurs. Parce qu’elles sont trop souvent ignorées en France, les luttes LGBTQ+ méritent d’être portées sur grand écran – et le succès de ce film signé Robin Campillo (qui a notamment raflé le Grand Prix à Cannes) l’a bien prouvé.

Rafiki, de Wanuri Kahiu (2018)

Les films à thématique LGBTQ+ vont souvent de pair, malheureusement, avec la censure. C’était le cas pour Différent des autres en 1919 et ce fut la même chose pour Rafiki, près d’un siècle plus tard. Ce long-métrage kényan (qui fut d’ailleurs le tout premier film du Kenya à être en lice lors du festival de Cannes) dépeint l’idylle naissante et périlleuse entre deux jeunes femmes que tout oppose, dans la métropole de Nairobi. C’est une histoire à la Roméo et Juliette, avec une modernité et un ton subtilement engagé qui lui auront valu la censure dans son propre pays d’origine. Symbolique pour bien des raisons, Rafiki atteste que l’égalité n’est pas encore acquise, dans les salles obscures et au-delà.

L’exposition "Champs d’amours" se tiendra du 25 juin au 28 septembre 2019, à la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville de Paris.

Par Florian Ques, publié le 24/06/2019

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