On a vu 7. Koğuştaki Mucize, le film qui a fait pleurer la France entière

Et ça n'a pas eu l'effet escompté.

7. Koğuştaki Mucize, le mélodrame turc récemment mis en ligne sur Netflix, jouit d’une extraordinaire popularité et fait l’objet de débats passionnés sur les réseaux sociaux. À son sujet, on peut lire ce type de commentaires :

"Un chef-d’œuvre, ce film mérite un Oscar, des émotions du début à la fin" ;
"Film de l’année ! Larmes garanties. Histoire incroyablement émouvante" ;
"J’ai eu l’impression de vivre un décès tellement j’étais en sanglots" ;
a fait longtemps que je n’ai pas vu un film aussi bouleversant, tout simplement grandiose. Mérite d’être récompensé."

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Cet emballement a piqué notre curiosité et nous l’avons donc visionné pour comprendre de quoi il retourne. Et l’engouement n’est ici pas (du tout) partagé.

7. Koğuştaki Mucize en quelques mots

Le long-métrage de Mehmet Ada Öztekin a débarqué en France sur Netflix le 13 mars dernier. On y découvrait la terrible histoire de Memo, interprété par Aras Bulut Iynemli, un père veuf atteint d’un handicap mental et condamné à tort du meurtre d’une enfant dans la Turquie des années 1980, où la peine de mort n’a pas encore été abolie. Son entourage, et notamment sa toute jeune fille Ova, va alors tout tenter pour le sortir de prison et lui éviter la peine capitale.

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Ce mélodrame turc n’est pas une histoire originale, il s’agit d’un remake de la comédie dramatique sud-coréenne Miracle in Cell No. 7. Sorti en salles en octobre 2019 en Turquie, 7. Koğuştaki Mucize a conquis le public turc avec 5,3 millions d’entrées. Et, en quinze jours, il s’est hissé sur la première marche du podium du top 10 France de Netflix.

Un carton inattendu

Pour sa récente acquisition, Netflix avait posé les bases d’entrée de jeu : "Si tu ne pleures pas devant 7. Koğuştaki Mucize, on ne peut plus rien pour toi", avait annoncé la plateforme dans un tweet énigmatique, retweeté plus de 11 000 fois. Une communication qui faisait d’emblée jouer la corde sensible mais qui a prouvé son efficacité puisque, quelques jours plus tard, le film jouit d’une critique quasi unanimement dithyrambique.

Noté 8,3/10 sur IMDb et 4,8/5 sur AlloCiné, 7. Koğuştaki Mucize bénéficie d’un bouche-à-oreille exceptionnel avec des milliers de mentions sur Twitter et sur TikTok, où des utilisateurs ont filmé les larmes provoquées par l’histoire de Memo et Ova. De nombreux influenceurs et influenceuses très suivi·e·s sur Instagram, comme Camille Callen ou Nabilla Vergara, ont également fait les éloges du film sur leur compte, le comparant parfois à… La Ligne verte (1999) de Frank Darabont.

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Inattendu, ce carton semble également propre à la France. Disponible sur Netflix dans le monde entier, il n’y a cependant aucune mention de 7. Koğuştaki Mucize sur les comptes officiels de Netflix Allemagne, Espagne ou Royaume-Uni. Hasard du calendrier ou pas, la sortie sur Netflix France de 7. Koğuştaki Mucize en ce mois de confinement est stratégique. Les valeurs humanistes au cœur de ce mélodrame ont très certainement eu un effet exutoire chez de nombreuses personnes confinées.

Si tous les ingrédients, émotions, injustice, amour paternel et les beaux paysages de la Turquie rurale, sont objectivement réunis pour faire de ce film un succès populaire, on demeure cependant surpris face à cet accueil quasi unanime. Car, pour notre part, on se place davantage du côté de ceux, peu nombreux, qui émettent quelques réserves sur ce film où l’émotion se joue parfois aux dépens de la qualité.

Ce qu’on en pense vraiment

L’argument de nombreux spectateurs en faveur de 7. Koğuştaki Mucize, ce sont les larmes provoquées par le film. Mais outre une histoire effectivement bouleversante, cette abondance de larmes est obtenue grâce à un usage outrancier de ressorts dramatiques, parfois sans réel intérêt scénaristique, si ce n’est ajouter davantage de pathos à ce film qui en déborde déjà.

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Chaque situation est étirée à l’extrême, à grand renfort de ralentis et un gros plan sur les mines contrites vient conclure chaque scène, à la façon d’un mauvais téléfilm diffusé un dimanche après-midi. Le long-métrage, qui dure près de 2 h 15, aurait gagné à se délester de tous ces effets de style superflus. Enfin, la bande originale, signée Hasan Özsüt et interprétée par l’Orchestre philharmonique de Prague, vient alourdir le film plutôt que le sublimer.

Pourtant, 7. Koğuştaki Mucize aborde des thématiques ambitieuses, comme celles de la paternité et du handicap et celle, certainement encore plus rare, de la situation des personnes handicapées mentales en milieu carcéral. Mais le long-métrage n’est malheureusement pas à la hauteur de ses ambitions. 
 
La vie de Memo en prison va évoluer et ses camarades de cellule, qui sont au début hostiles à sa différence, vont finalement développer de l’affection pour le jeune homme, une affection qui se muera ensuite en amitié. Leurs échanges soulèveront d’ailleurs des interrogations intéressantes, sur sa qualité de père handicapé par exemple, que l’on aurait aimé voir exploitée davantage afin d’extraire l’histoire du pur mélodrame et nous permettre de souffler un peu.
 
Preuve, s’il en fallait une, que drame et larmes ne sont pas synonymes de chef-d’œuvre. Sur le même sujet, on recommandera plutôt Dancer in the Dark de Lars Von Trier, qui met en scène la condamnation à mort à tort d’une mère célibataire qui souffre de cécité, servi par l’incroyable performance et bande originale de Björk.

Par Manon Marcillat, publié le 02/04/2020