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Gueule d’ange : Marion Cotillard étonnante en mère paumée et déserteuse

Publié le

par Mehdi Omaïs

Présenté à la section Un certain regard du Festival de Cannes, Gueule d’ange, premier long-métrage de la réalisatrice Vanessa Filho, permet à la comédienne Marion Cotillard d’ajouter une nouvelle (et intéressante) corde à son arc.

© Mars Films

Souvent décriée dans ses terres, notamment pour la fameuse séquence de The Dark Knight Rises, la talentueuse et si charismatique Marion Cotillard ne se laisse jamais abattre, continuant à être une exceptionnelle ambassadrice du cinéma français à travers le monde. Récemment, elle a travaillé avec les plus grands auteurs, lesquels n’ont eu de cesse de se l’arracher, à juste titre, pour sa prestance et la puissance de son regard.

Dans son coin, la jeune Vanessa Filho n’aurait probablement jamais pu espérer qu’une star de cette trempe consente à tenir l’un des rôles principaux de sa première réalisation. À l’époque où on lui propose le scénario, l’actrice ne veut plus travailler. Son agent insiste, tenace, pour qu’elle lise celui de Gueule d’Ange. Il a raison : c’est le coup de foudre et la promesse d’un personnage à contre-courant de ses habitudes.

SOS, enfant en détresse

Marion Cotillard incarne en effet Marlène, une mère à la ramasse, cheveux teints, alcoolique, qui alpague les autres avec tonitruance et vulgarité. Au moment où s’ouvre le long-métrage, on la découvre au bout du rouleau, allongée sur le lit de sa fille de huit ans, surnommée Gueule d’ange. Sa voix témoigne des verres enfilés, des nuits interlopes et sinueuses.

C’est elle l’enfant. C’est elle, fragile et égarée, qui a besoin que sa gamine lui fredonne "J’envoie valser" de Zazie. Un comble. Une ironie du sort, aussi. Puisque Marlène, bouteilles à proximité et téléréalité en intraveineuse, envoie tout valser : les hommes qui l’aiment, les amis et surtout, in fine, sa propre fille, Elli, qu’elle délaisse du jour au lendemain, l’estimant suffisamment grande pour se débrouiller seule.

Loseuse magnifique et pathétique, Cotillard porte ce personnage à incandescence grâce à une interprétation juste. Elle aurait pu sombrer dans le surjeu, le cabotinage et les excès, à des fins performatives. Ce n’est heureusement jamais le cas. Tandis que l’héroïne prend toutes les mauvaises décisions du monde, terrorisée à l’idée d’être aimée, et qu’elle irrite à plus d’un titre, Cotillard parvient habilement à en extraire son humanité désarmante qui, à défaut d’excuser ses agissements, ne la rend jamais antipathique ou détestable. Et Vanessa Filho d’avoir eu la bonne idée de placer son récit dans une station balnéaire hors saison, débarrassée des vacanciers et des animations.

Entre réalisme et fantasmagorie

Les lieux, filmés avec une lumière pastel (entre Caramel de Nadine Labaki et Virgin Suicides de Sofia Coppola), se parent d’une fantasmagorie délétère. Ils deviennent l’espace de déroute d’une gamine abandonnée et précipitée dans une errance où le temps se brouille. Une déambulation dont le moteur siège au cœur des émotions. Ici, ce sont les états d’âme de la mère et surtout de la fille qui dictent le mouvement de la caméra, avec une prévalence de gros plans.

On déplorera néanmoins que le récit soit quelque peu lyophilisé par des partis pris esthétiques et à un décorum cosmétique. À force de vouloir offrir à son œuvre des saillies éthérées et oniriques, l’émotion se perd, comme la mère. C’est d’autant plus embêtant que la dérive d’Elli, qui elle-même succombe à l’alcoolisme (sujet tabou au cinéma chez les jeunes), ne produit pas le choc escompté.

Sa rencontre avec un jeune homme en quête du père (miroir à sa trajectoire), impeccablement interprété par Alban Lenoir, ne soulève pas non plus l’émoi qu’on pouvait en attendre. Gueule d’ange parle évidemment de la dépendance, de l’insécurité, de la peur, de la perte de repères avec une certaine adresse et un aplomb bienvenu.

Sans conteste, Vanessa Filho a un vrai regard de cinéaste sur son propos, dont il n’est pas question ici de remettre en cause. Si la forme, un peu trop encombrée – ce sont les couacs des premiers films –, en atténue sensiblement la portée, ne vous privez aucunement du talent de Marion Cotillard et tendez l’oreille pour entendre la voix d’une réalisatrice dont on est déjà curieux de connaître les prochains pas.

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