( © Ad Vitam )

5 trucs à savoir sur Shéhérazade, petite bombe marseillaise

Porté par deux gamins des rues, Shéhérazade met en scène une histoire d’amour explosive dans un quartier sensible de Marseille. Coup de cœur de la rédaction, on vous décrypte en 5 points ce premier long-métrage très réussi.

Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin surfe un peu sur la même vague que Petit paysan d’Hubert Charuel : ces deux réalisateurs à contre-courant renouvellent le cinéma français, qui commence sérieusement à manquer de fougue. Avec son duo de jeunes comédiens amateurs, Dylan Robert et Kenza Fortas, le cinéaste invente une histoire d’amour entre une prostituée et un voyou de 17 ans, made in Marseille, Et forcément, ça fait des étincelles.

Ovationné au Festival de Cannes lors de sa présentation à la Semaine de la Critique, Shéhérazade a été récompensé trois fois au Festival du film francophone d’Angoulême et sort maintenant en salles. L’occasion pour Konbini de se pencher en 5 points sur ce petit ovni marseillais.

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#1. Tout est parti d’un fait divers

Shéhérazade s’intéresse à un jeune délinquant, Zachary, qui sort tout juste de l’Établissement pénitentiaire pour mineurs de Marseille. Rejeté par sa mère, qui préfère le voir en foyer plutôt que dans ses pattes, l’adolescent va traîner dans la rue et rencontrer une jeune prostituée, Shéhérazade. Ils vont peu à peu tomber amoureux et vivre leur histoire, au contact de la violence de leur quartier.

Cette idée de scénario s’est imposée à Jean-Bernard Marlin il y a cinq ans, après être tombé sur un fait divers racontant l’histoire d’un adolescent de 16 ans qui, à la suite d’une fugue, trouve refuge dans un hôtel de passe. Pour survivre, il squatte la chambre de deux prostituées de son âge, entre dans le business et finit par tomber amoureux de l’une d’elles. Leurs échanges violents le conduisent cependant à être accusé de proxénétisme. Devant la justice, les deux tourtereaux ont pourtant certifié que leur relation n’était pas une affaire de prostitution, mais bien d’amour.

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Le cinéaste a décidé d’exploiter cette histoire atypique en retournant à Marseille où il a grandi, avec l’envie de s’entourer d’un casting non professionnel.

#2. Le réalisateur a travaillé avec de jeunes prostituées

Jean-Bernard Marlin a traîné à la sortie des foyers et des centres pour trouver l’acteur et l’actrice qui pourraient porter son film. Pendant des mois, le cinéaste a observé de jeunes prostituées à l’œuvre, dans le quartier de la Rotonde à Marseille.

Ces dernières, âgées de 16 à 24 ans, traînent en bande et vivent effectivement dans des chambres d’hôtels du quartier. Jean-Bernard Marlin a réussi à gagner leur confiance, si bien qu’elles lui ont raconté leur vie sentimentale, leur passé dans des foyers ou leurs difficultés à survivre quand leur copain était en prison. Fort de ces échanges et de cette première approche documentaire, le réalisateur a pu donner à son scénario une ambiance authentique et brute.

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#3. Le duo a grandi ensemble

Les acteurs qui incarnent Shéhérazade et Zachary sont joués par deux comédiens amateurs, Kenza Fortas et Dylan Robert, qui ont grandi ensemble à la Belle de Mai, un des quartiers les plus défavorisés de Marseille. S’ils se croisent depuis qu’ils ont dix ans, ils ont avoué avoir été un peu amoureux l’un de l’autre à une époque.

Le jeune homme n’a pas caché avoir essayé de traîner sur le palier de Kenza Fortas pour essayer de lui parler, quand il n’était pas trop occupé à faire le malin avec ses amis. Leur complicité aujourd’hui est telle que, sur le tournage, le duo aurait donné à Jean-Bernard Marlin autant de fil à retordre que Gérard Depardieu et Patrick Dewaere sur le tournage des Valseuses : disparaître pendant des heures après avoir pris un scooter, se lancer des défis, entraîner le réalisateur dans leur délire…

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Cette grande complicité a permis à l’équipe du film d’instaurer un climat de confiance et de repousser certaines limites dans le réalisme.

#4. L’acteur principal sort de prison

© Ad Vitam

Dylan Robert avait le profil parfait pour incarner le personnage masculin, puisqu’il venait de sortir de prison lorsque son éducatrice lui a présenté le rôle. Sur le plateau, le cinéaste l’a pris sous son aile et l’a formé grâce à son expérience de professeur au Cours Florent. L’ado s’est même rendu chez un orthophoniste pour travailler son élocution.

Le réalisateur lui a demandé de se servir de son passé pour incarner Zachary, ce personnage dont il est finalement très proche. En effet, l’apprenti comédien a dû retourner en prison après le tournage du film, pour purger le reste de sa peine. Sorti le 10 mars dernier, il a ensuite enchaîné avec la promo cannoise, où le film était présenté à la Semaine de la Critique.

#5. Shéhérazade a fait sa première mondiale à Cannes

Avant même sa sortie en salles ce mercredi 5 septembre, le film avait déjà séduit de nombreux festivaliers à Cannes, lors de sa première mondiale à la Semaine de la critique.

Quelques mois plus tard, c’est au festival du film francophone d’Angoulême que Shéhérazade a fait carton plein. Le premier long-métrage de l’ancien étudiant de la Fémis a décroché pas moins de trois prix, dont le Grand Prix.

Par Lucille Bion, publié le 07/09/2018

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