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5 raisons d’aller voir Dans un recoin de ce monde, un film d’animation touchant sur Hiroshima

Publié le

par Benjamin Benoit

Cet émouvant film d’animation raconte le quotidien de deux familles japonaises avant et pendant le bombardement d’Hiroshima.

La semaine dernière sortait Lou et l’île aux sirènes, fresque sous acide d’une rencontre entre un ado déprimé et une gamine des mers avec le rythme dans la peau. Un film on ne peut plus feelgood… passons maintenant de l’autre côté. Si Lou a reçu le prix majeur du long-métrage du festival d’Annecy, aujourd’hui sort le lauréat du grand prix du jury. Moins joyeux, Dans un recoin de ce monde, du réalisateur Sunao Katabuchi, est un petit chef-d’œuvre historique. Voilà cinq bonnes raisons d’aller voir ce film d’animation japonais cette semaine !

#1. Un "scénario" rare

Nous sommes proches d’Hiroshima, dans le port militaire de Kure, quelques années avant le premier bombardement atomique, le 6 août 1945. On suit le point de vue de Suzu, jeune fille japonaise, de l’enfance à sa vie d’adulte. Jeune mariée, elle suivra une vie de ménagère japonaise et affrontera un quotidien marqué par la guerre et la défaite imminente, qui devient de plus en plus tangible dans le quotidien. Bombardements, soldats sur les nerfs - pardon pour cet euphémisme - cuisine de survie… Dans un recoin de ce monde est une chronique sociétale qui adopte un point de vue rare en Occident : celui des civils japonais qui vivent avec le conflit, de près ou de loin, mais pour beaucoup de plus en plus près.

#2. Une ode à l’art et à l’imaginaire

L’héroïne, Suzu, est une artiste dans l’âme. C’est ce qui la définit le plus, avec une étourderie permanente. Le style d’animation, juvénile et tout en pastels, nous apporte des séquences-clés émouvantes. Après un évènement bouleversant, le film s’éteint et passe au noir, animé en "pellicule grattée" façon Norman McLaren. Rêveuse, Suzu se perd parfois un peu sur sa planète, et ses divagations sont retranscrites à l’écran avec un talent enchanteur. Dans un recoin de ce monde est un film d’artistes pour les artistes, une ode à la divagation et à l’évasion, à travers le regard d’une jeune fille qui sublime un cadre superbe et morbide à la fois.

#3. C’est une capsule temporelle et documentée

Le film ne s’arrête pas au jour J, et n’en fait pas un enjeu dramatique. La facilité d’un compte à rebours a été évitée - ici, la vie de Suzu nous est contée comme un journal, c’est le spectateur qui craint de voir le drame approcher. En deux heures, on nous raconte à quoi ressemble une vie assez urbaine dans le Japon des années 1930 et 1940, en temps de guerre ou non. Le film est documenté et précis. Dans les mœurs, les descriptions du quotidien sont crédibles, celui d’un jeune qui va à l’école, le mariage avec un fonctionnaire où pas grand monde ne demande son avis, le riz qu’on fait gonfler avec talent pour économiser un peu, etc. Une exhaustivité tout en naturalisme et en travail des matières qui va jusqu’à la posture des personnages, tous courbés. L’Histoire et les histoires sont habilement mêlés, sans aucun accident de ton ou de pathos. Katabuchi narre avec une audace sophistiquée, parfois glaciale. On passe d’une amitié avec une prostituée en ville à l’angoisse du bombardement, où les gens sont parqués entre inconnus dans un abri précaire. Le tout non sans un humour qui, de temps en temps, fait mouche.

#4. C’est badant (mais ce n’est pas grave)

"Mais puis-je emmener mes enfants voir Dans un recoin de ce monde ?" Eeeeeeeeeh bien oui, mais attendez-vous à devoir les briefer avant et après, car le rythme n’est pas du tout celui d’un film pour têtes blondes, et les dégâts occasionnés par la bombe sur les corps humains sont montrés de manière crue et froide. Ce n’est peut-être pas l’idéal. Le film est d’abord destiné aux adultes. Adulte, grave mais ancré dans le réel, c’est l’occasion de voir un film d’animation japonais qui aborde des thématiques différentes, en tout cas diffusé dans les grandes salles. On peut aussi citer Le Tombeau des lucioles, Gen d’Hiroshima, ou encore Akira.

#5. Vous pourrez lire le manga ensuite

Le discret réalisateur Sunao Katabuchi, 57 ans, adapte ici un manga de Fumiyo Kouno. Édité en deux beaux objets et tomes chez Kana, il permet de poursuivre l’expérience. Le film adapte scrupuleusement son contenu sans invention, mais n’insère pas l’intégralité du matériau original. Si vous avez aimé le film, vous pourrez aimer et offrir l’original.

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