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Découvertes à L’Étrange Festival, voici 5 pépites WTF à surveiller de près

Publié le

par Arthur Cios

Un film en stop-motion bientôt culte, Nicolas Cage dans le monde des zombies et un film fantastique sénégalais : un vrai régal.

Il n’y a pas que les beaux, grands et chics festivals de cinéma, comme Cannes, Deauville ou la Mostra. Il y en des plus petits, des plus "niches". Ceux que l’on préfère ? Les festivals dédiés aux films de genre. On pense bien évidemment au festival de Gérardmer, mais aussi à L’Étrange Festival.

Ce dernier permet tous les ans de découvrir des pépites, des bizarreries. Des choses qui ne sortiront sans doute jamais en salles, mais aussi des exclusivités — on pense ici à Possessor, l’incroyable film de Brandon Cronenberg sorti directement en VOD en 2021, qui était diffusé lors de l’édition 2020. 

Cette année, la sélection était très forte, jonchée de belles surprises — et d’autres moins bonnes, ce qui fait d’ailleurs le charme de la chose. Après une dizaine de projections, voilà les 5 films qui nous ont les plus marqués dans cette édition 2021 de L’Étrange Festival.

Mad God, de Phil Tippett

Phil Tippett s’est fait un nom en travaillant sur les effets spéciaux pratiques pour George Lucas, d’abord pour les premiers Star Wars (pour lequel il gagnera un Oscar en 1984), puis pour Indiana Jones. Il se lance ensuite en indépendant et travaille sur Robocop, Starship Troopers ou encore Jurassic Park (ce qui lui voudra une deuxième statuette). Mais alors qu’il voit le numérique prendre le dessus sur le pratique (effets mécaniques ou trucages), il décide d’en faire un film.

Il faudra à peu près 30 ans avant que son Mad God puisse enfin voir le jour (problème de financement réglé par un crowdfunding, notamment). En voyant le film, on comprend l’ampleur immense de ce travail, film d’animation en stop-motion (tourné image après image), d’une fluidité inédite, à la beauté inégalée, glauque au possible et gore à souhait. Une espèce de virée dans les enfers dans un monde post-apocalyptique dantesque, à la faune effrayante et jonché de machines immondes donc sublimes. Le tout sans dialogue.

De loin le film le plus atypique du festival. Pas le plus accessible, c’est certain, mais le plus impressionnant. Le film d’une vie pour un artiste immense et trop peu mis en avant, qui deviendra culte dans les années à venir. Pas pour rien qu’il est reparti avec le prix du Jury du festival.

Ultrasound, de Rob Schroeder

Dans le genre film "puzzle", cela fait longtemps qu’on ne nous avait pas autant malmenés. Mais la force de ce long-métrage de Rob Schroeder n’est pas juste de nous brouiller les méninges pendant près d’1 h 45, mais de le faire avec un sujet de fond SF malin et novateur.

Et si l’on pouvait hypnotiser des humains, sans jamais interrompre l’hypnose et les manipuler de loin ? Jouant des codes des plus classiques du cinéma fantastique, Rob Schroeder offre un voyage déroutant, où l’on prend plaisir à se saisir au fur et à mesure de l’intrigue, tout en sortant dans le flou sur plein d’aspects. Et aussi à dépasser sa simple intrigue pour rajouter des couches politiques.

Encore un film sans distributeur pour l’instant, mais on ne saurait que vous conseiller de garder en tête ce nom, au cas où.

Coffin Homes de Fruit Chan

Les aficionados d’horreur asiatique connaissent le nom de Fruit Chan. Ce cinéaste hong-kongais est notamment connu pour Nouvelle Cuisine, la version étirée en long de son court-métrage présent dans le film 3 Extrêmes (que l’on vous recommande chaudement, ne serait-ce que pour le court de Park Chan-Wook). Dans celui-ci, une femme propose des raviolis permettant de rester jeune en apparence plus longtemps — grâce à une recette de farce constituée de fœtus qu’elle récupère dans une clinique d’avortement. Voilà.

Il n’a pas fait que dans du gore, loin de là. Et d’ailleurs Nouvelle Cuisine est plus malin dans son écriture et sa mise en scène que ce résumé n’en paraît. Quoi qu’il en soit, la présentation de son nouveau long était un exploit. Et nous n’avons pas été déçus du voyage. Car présenté comme une satire sur trois histoires horrifiques dans des micro-appartements à Hong-Kong, pour dénoncer la crise du logement là-bas, le film est bien plus que ça.

La dénonciation est évidente, car le postulat raconté ici est bien que des personnes sont tellement désespérées du prix d’un appartement minuscule qu’ils sont prêts à vivre dans une pièce jonchée de fantômes et de cadavres. Avec du burlesque et du grotesque, mêlant humour et drame, zombie et fantômes, quelques sursauts et du gore pur, le tout avec plus d’hémoglobine que la plupart des films d’horreur sortis en salle cette année réunis (et du sang de toutes les couleurs, oui oui vous avez bien lu), Fruit Chan ne déçoit pas avec ce film qui commence comme un réel nanar et devient au fil du temps une bizarrerie absurde assez fascinante. Le film n’est pas forcément le plus réussi, mais bien l’un des plus marquants malgré tout.

Saloum de Jean-Luc Herbulot

On ne voit que trop rarement sur nos écrans des films venant d’Afrique subsaharienne. Alors quand il s’agit de surcroît d’un film de genre, on ne peut s’empêcher de sauter dessus — plus encore quand on voit qu’il était également sélectionné au prestigieux festival de Toronto, le TIFF. Et nous avons bien eu raison car Saloum est une belle réussite, une bonne surprise et fait du bien.

Car le cinéaste franco-congolais a décidé, après avoir pondu Dealer en 2014, de mélanger les genres. En racontant l’histoire de mercenaires fuyant le coup d’État en Guinée-Bissau de fin 2003 avec un beau pactole sur eux, Jean-Luc Herbulot s’amuse comme un gamin.

Il part du thriller pour aller d’abord vers le western spaghetti, puis le revenge movie bien sanglant avant d’aller chercher dans le fantastique et le surnaturel sur fond de mythologie d’Afrique de l’Ouest. De l’action, de l’horreur, et plus encore dans ce qui est objectivement une série B — mais une série B d’un niveau qu’on ne voit pas assez.

Prisoners of the Ghostland de Sion Sono

Objectivement le film le plus attendu de tout le festival, et sans doute l’un des plus décevants. Néanmoins, il ne faut pas jeter le film pour autant, et au contraire tout faire pour le voir en salles. Car voir Nicolas Cage tuer des samouraïs dans un film de zombie du réalisateur japonais culte Sion Sono, ça demeure une expérience unique.

Il faut savoir que son auteur, Sion Sono, est un des cinéastes les plus prolifiques de son temps — pouvait parfois pondre jusqu’à 5 films par an. Forcément, dans le lot, tout ne peut être réussi. Son coup d’éclat, Suicide Club, est loin d’être la seule réussite de sa carrière (Exte, Love Exposure, Cold Fish, Tag, et plus encore). Alors, on lui pardonne ses échecs.

Le réel problème de Ghostland est son écriture, qu’on dira gentiment maladroite. Car derrière, le film est une bombe visuelle, offrant de superbes idées de mise en scène toutes les 30 secondes. Le casting joue mal mais volontairement. Le cinéaste fait un savant mélange du pire de la série B japonaise et de la série B américaine, pour mieux s’en moquer — sachant que pour une fois, ce réalisateur de la débrouille a un budget hollywoodien (de série B donc, mais quand même). Le tout, dans un rythme loin d’être un truc ultrabourrin, bête et méchant.

Sachant que le film sortira en France grâce à SND, vous pourrez expérimenter cet Objet Filmique Non-Identifié prochainement — on croise les doigts pour que cela se fasse en salles.

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