5 nanars fabuleux à voir absolument avant de mourir

À l’occasion de la sortie en salles de The Disaster Artist, le 7 mars, Konbini vous propose un voyage dans le monde merveilleux des mauvais films sympathiques.

(© Wiseau-Films)

Il n’y a pas que les chefs-d’œuvre qui comptent dans l’histoire du cinéma. D’autres œuvres peuvent également inscrire leur empreinte durablement – et pas toujours pour les bonnes raisons – dans la mémoire collective. À commencer par les nanars, ces films si mal réalisés qu’ils en deviennent, in fine, involontairement risibles. Chaque décennie a son lot de telles œuvres.

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Dans The Disaster Artist, James Franco rend hommage à ce genre cinématographique en s’intéressant à la genèse chaotique du long-métrage The Room de Tommy Wiseau (2003), artiste fantasque qu’il incarne à l’écran. Ce dernier est connu pour avoir engendré l’une des pires réalisations dont a été témoin l’humanité. Sa nullité abyssale en a carrément fait un objet de culte. Les 15 et 16 février derniers, le Grand Rex faisait en effet salle comble pour saluer le travail de Wiseau et de son acolyte Greg Sestero.

Après les avoir accueillis comme des pop stars, 2 800 personnes (par soirée) hurlaient et explosaient de rire pendant toute la durée de The Room, dans une ambiance de kermesse. À l’issue de la projection, ils étaient nombreux à faire la queue pour une dédicace du livre The Disaster Artist, Ma vie avec The Room, le film le plus génialement nul de l’histoire du cinéma (Carlotta Films, actuellement en librairie), de Greg Sestero et Tom Bissell. Selfies, signatures et tutti quanti… Tommy Wiseau est ainsi entré dans l’histoire, sans réaliser durant son tournage qu’il accoucherait d’un navet insensé.

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Toutefois, il est loin d’être le seul à avoir brillé par sa géniale incompétence. Au gré des époques, d’autres que lui se sont démarqués pour le pire. Konbini est allé à la rencontre d’éminents spécialistes du nanar pour faire le point. Chacun d’eux a choisi son rebut de cinéma préféré, façonnant une désirable short list des cinq nanars à voir avant de mourir. Cinq jubilations. Cinq propositions expérimentales que des sommités telles que David Fincher, Pedro Almodóvar ou Michael Haneke ne sauraient offrir.

Samurai Cop (États-Unis, 1991)

Sélectionné par Régis Brochier, créateur de Nanarland

L’un de mes nanars de chevet est le film Samuraï Cop. D’abord parce que c’est un nanar de folie complètement hilarant, qui combine tout ce qu’on aime à Nanarland : des scènes d’action foireuses, des courses de voitures où les images sont passées en accéléré et des dialogues à côté de la plaque, pour lesquels on privilégiera la version française. Même la déco est absurde, comme lors de cette scène de dialogue hyper sérieuse où le spectateur n’écoute même plus ce qui est dit parce qu’il bloque sur l’énorme tête de lion en peluche accrochée au mur.

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Mais surtout, il illustre une théorie que je défends, et qui veut que dans un vrai nanar les histoires derrière le film soient au moins aussi drôles que le film lui-même (ce qu’essaye d’illustrer The Disaster Artist de James Franco finalement). Et avec Samurai Cop, on est servis ! J’ai eu la chance d’interviewer Matt Hannon, LE samurai cop himself, pour la série Nanaroscope. Et les anecdotes sont justes dingues ! Entre autres histoires, il nous a expliqué qu’il s’était fait couper les cheveux très courts à la fin du tournage pour refaire son book (il les avait très longs).

Et là, le réalisateur l’appelle et lui annonce qu’il reste en fait un bon tiers du film à shooter, dont plein de gros plans. Résultat : il a fini le tournage coiffé d’une perruque très visible et absolument pas crédible. Pire, c’est parfois dans une même scène qu’il alterne les plans avec et sans son postiche. Voilà le genre d’anecdote qui rend le visionnage du film encore plus savoureux et magique, et qui a activement contribué à lui donner une deuxième vie. Il est célébré aujourd’hui partout dans le monde !

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Banglar King Kong (Bangladesh, 2010)

Sélectionné par Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle, auteurs de Nanar Wars : quand les grands succès d’Hollywood se font plagier (Wombat)

Du Bangladesh, nous ne savons pas grand-chose, si ce n’est que c’est là que sont fabriqués les sous-vêtements vendus chez Kiabi. Avec ce Banglar King Kong, nous découvrons que ce pays produit également des longs-métrages, même si on voit bien, au fur et à mesure qu’on avance dans le film, que la spécialité locale, c’est plus le slip que le travelling.

Le réalisateur, déjà auteur d’un faux Tarzan, d’un faux Superman et d’un faux RoboCop, tous plus carabinés les uns que les autres, se livre ici à un pillage en règle du chef-d’œuvre d’Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, en reprenant tous les ingrédients de base, à commencer par le décor (l’île exotique et mystérieuse peuplée de figurants sous-payés), l’arc narratif principal ("girl meets gorilla") et la spectaculaire séquence finale, avec une escalade de maquette de gratte-ciel en carton.

Au passage, les producteurs font une razzia dans la discographie mondiale pour constituer la bande-son. On entend ainsi, entre autres, une version "easy listening" de "And I Love Her" des Beatles, une version instrumentale du "Emmanuelle" de Pierre Bachelet et des extraits de la BO de L’Empire contre-attaque et du Dernier des Mohicans. Surtout, entre deux numéros dansés façon Bollywood, on se régale des trucages et des effets "spéciaux" qui donnent au film une fraîcheur naïve à la Méliès, avec juste un siècle de retard. N’hésitons pas à l’affirmer : Banglar King Kong est le nouveau Turkish Star Wars.

Terreur à Tiny Town (États-Unis, 1938)

Sélectionné par François Forestier, journaliste à L’Obs et auteur de 101 Nanars, une anthologie du cinéma affligeant (Denoël)

C’est le premier et unique western chantant joué par des nains. Le shérif fait la taille d’une corbeille à papier, la jeune première est grande comme un tambourin (et aussi sculpturale), le héros dépasse d’une tête un piquet de tente. Un type de taille normale arrive sur scène : il présente cette "saga des grands espaces" et entend inculquer quelques centimètres de respect au spectateur médusé. "Les nains sont des gens comme les autres", dit-il, alors que tout le film, dans son imbécillité abyssale, veut nous faire croire le contraire.

Puis le héros, coiffé d’un Stetson blanc, se précipite dans un ranch en galopant sur son poney. Des mauvais garçons volent du bétail et attrapent au lasso deux vachettes tremblantes. Toutes les poignées de portes sont à hauteur d’occiput, le maréchal-ferrant de Tiny Town ahane en soulevant son (vrai) marteau, et le cuisinier du ranch pose les plats à l’aveuglette, vu que la gazinière surplombe sa toque !

"Je vais en faire du petit bois", déclare le méchant, qui monte un piège contre le gentil, et entre au saloon en passant sous les portes à battants. Il braque un pistolet – à deux mains, l’arme est trop lourde —, tandis que chez le (petit) coiffeur, un rancher se fait raser à côté d’une chorale. Là, il y a un plan de pingouin, un vrai pingouin, absolument inexplicable.

Le héros pousse une petite romance avec une guitare qui frôle ses bottes, sa fiancée déclare que "les gens feraient mieux d’utiliser leur bon sens que d’utiliser leurs armes", et tout le monde retourne au saloon, où la population locale boit dans des chopes grosses comme des citrouilles. À la fin, le méchant explose avec son piège, et les survivants trinquent au minibar.

Soixante nains furent raflés à Los Angeles pour ce truc hallucinant, ne sachant ni jouer, ni monter, ni chanter. À l’exception de Billy Curtis, qui joue le héros et qui fit une belle carrière, de Hellzapoppin (1942) à L’Homme des hautes plaines (1973). Le metteur en scène, Sam Newfield, réalisa en tout 200 films à la va-vite – il en tournait tellement qu’il utilisait deux pseudos, en plus de son nom : Sherman Scott et Peter Stewart —, avait la réputation de tout boucler en trois jours ! Newfield-Scott-Stewart devait même réaliser une suite de Terreur à Tiny Town qui, par chance, fut annulée.

Opération Las Vegas (France, 1990)

Sélectionné par Carlos Palencia, directeur du Festival International Cutrecon de Madrid, spécialisé dans les nanars

Le film d’action Opération Las Vegas est absolument immanquable pour tous les fans de nanars, aux quatre coins du monde. Il relate l’histoire absurde d’un commando de terroristes composés de rednecks et de mendiants qui a pour but, pour des raisons complètement inintelligibles, de détruire la ville de Las Vegas.

Mis en scène par Norbert Moutier, également connu comme "le Ed Wood français", le résultat à l’écran est si incroyablement mauvais, si ridicule, si désastreux… qu’il en devient merveilleux. J’aime comparer ça aux mathématiques. Quand vous multipliez du négatif par du négatif, vous obtenez quelque chose de positif. C’est exactement de ça dont il est question ici.

Toutes les erreurs imaginables se succèdent sans discontinuer au gré du film. Elles sont toutes là. L’ombre de la caméra ? Oui. Enfreindre la règle des 180 degrés ? Oui, et ce pratiquement sur toutes les séquences. Des flingues qui ne tirent pas mais qui tuent quand même ? Pourquoi pas ! C’est un foutoir complet à tous les étages de la fabrication : le jeu des acteurs, la réalisation, le montage, les effets spéciaux… Tout est à côté de la plaque. Chaque fois que je le vois, je trouve une nouvelle erreur. C’est hallucinant et impossible d’ailleurs d’en recenser tous les défauts. Opération Las Vegas est une encyclopédie consignant toutes les choses qu’il faut éviter de faire quand on met en scène un long-métrage. Je vous promets que vous allez être soufflés !

Attention les dégâts ! (Italie, 1984)

Stéphanie Belpêche, journaliste au JDD et adepte des nanars

S’il ne devait rester qu’un nanar, je choisirais sans hésitation Attention les dégâts (1984), une comédie italienne d’Enzo Barboni, avec le tandem de choc Bud Spencer et Terence Hill. J’ai découvert ce film à l’âge de 10 ans lors de sa sortie en VHS et en version française.

Parce que le doublage participe aussi au kitsch de cette histoire improbable mais hilarante. Un cascadeur et un musicien de jazz acceptent contre un million de dollars de prendre la place de leurs sosies, des milliardaires brésiliens sur le point de signer un gros contrat, ce qui leur vaut des menaces de mort.

Tout est prétexte à aligner les situations grotesques, voire surréalistes avec un pourcentage de repas pantagruéliques et de bagarres homériques, sublimées par des bruitages savoureux à chaque fois que le costaud Bud Spencer administre des baffes aux gangsters caricaturaux.

Le même, en plein carnaval de Rio, demande plus tard des renseignements à une paire de fesses qui se trémoussent au rythme de la samba ! On ne résiste pas à l’enthousiasme et la sincérité de l’entreprise, et surtout au jeu complètement décalé des deux acteurs complices, qui ont tourné une vingtaine de films ensemble et ne boudent pas leur plaisir de se retrouver devant la caméra une fois de plus.

Par Mehdi Omaïs, publié le 01/03/2018

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