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Le 15h17 pour Paris : l’avocate du tireur de l’attentat du Thalys veut faire suspendre le film

Publié le

par Lucille Bion

( © Warner )

Mauvais timing. Selon l’avocate d’Ayoub El-Khazzani, le nouveau film de Clint Eastwood perturbe l’enquête en cours.

Le dernier film de Clint Eastwood, Le 15h17 pour Paris est sorti hier et il fait couler beaucoup d’encre. Le cinéaste américain, connu pour son patriotisme pâteux, a reconstitué l’attentat déjoué du Thalys par trois Américains le 21 août 2015. Assurément soucieux d’authenticité, Clint Eastwood a voulu dans les rôles principaux les vrais militaires, Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler, et non des acteurs. Le but était que tout le monde joue son propre rôle. Mais selon l’avocate d’Ayoub El-Khazzani, le principal suspect dans la fusillade du Thalys, le film perturbe l’enquête.

Au moment des coups de feu, le trio avait surpris Ayoub El-Khazzani dans le wagon 12 du TGV franco-belge avec une kalachnikov en main, huit chargeurs, un pistolet automatique Luger et un cutter. Aidés par le franco-britannique Chris Norman, les trois Américains, érigés en héros, ont évité un carnage et ont ainsi sauvé les 544 passagers à bord du train qui reliait Bruxelles à Paris.

"Je trouve ça choquant que le cinéma fasse le travail à la place de la justice"

On sait combien la réalité et l’histoire sont devenues des puits sans fond pour le cinéma. Mais avec ce casting authentique, Clint Eastwood a fait fort : si le cinéaste a demandé aux rescapés de porter les mêmes vêtements que ce jour-là, il a aussi casté les mêmes employés de la SNCF, les mêmes passagers du train et la même équipe médicale en place, explique France Inter.
Soucieux de présenter la vérité, rien que la vérité, le cinéaste a pourtant été fortement critiqué par Sarah Mauger-Poliak, l’avocate d’Ayoub El-Khazzani, qui s’est exprimée sur France 3 :

"Je trouve ça choquant que le cinéma fasse le travail à la place de la justice, ou plutôt qu’on le laisse faire […]. En France, on a des grands principes dont la présomption d’innocence. Là, on nous explique que Clint Eastwood va délivrer la vérité, avec une vision complètement unilatérale des faits, où la présomption d’innocence est bafouée. Je ne vois pas comment une instruction peut se dérouler sereinement quand on voit des personnes répéter des scènes du film avant de témoigner auprès d’un magistrat instructeur."

Agacée, l’avocate assure qu’elle avait demandé au magistrat instructeur d’organiser une reconstitution. Selon elle, cette requête a été rejetée, jugée "inutile, puisqu’il y a déjà le film".

"un film ne peut pas laisser les victimes faire leur propre procès devant le peuple"

L’avocate envisage maintenant de faire suspendre le film et d’attaquer la Warner. Plutôt lucide et consciente que son "client n’est pas un ange", elle explique que cette action serait surtout symbolique :

"Vu les enjeux économiques qu’il y a derrière, je doute que cela aboutisse mais cela pourrait créer une jurisprudence."

Pour elle, le film a un impact négatif sur l’enquête en cours car un film, "ne peut pas laisser les victimes faire leur propre procès devant le peuple." Sur cette conclusion, on vous propose de revoir l’interview de Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler que nous avons pu rencontrer lors de la promotion du film, contrairement à une partie de nos confrères, qui n’ont pas été conviés aux projections presse :

https://www.facebook.com/konbinifr/videos/10156387657789276/

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