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120 battements par minute : et si on tenait déjà la Palme d’or ?

Publié le

par Mehdi Omaïs

Dans son troisième long-métrage, situé au début des nineties, Robin Campillo dresse le portrait poignant de militants de l’association Act Up-Paris.

Au Festival de Cannes, il y a parfois des évidences. Des longs-métrages qui impriment la mémoire, tatouent la surface des rétines et laissent instantanément leur marque dans l’histoire. À l’image de Melancholia, La Vie d’Adèle, Mommy… Vous savez, cette catégorie d’œuvres qui ont le pouvoir de mettre tout le monde d’accord. Ce samedi matin, le nouvel opus de Robin Campillo a rejoint sans escale cette famille de grands films. Pour s’en assurer, il n’y avait qu’à observer les 2 281 spectateurs du grand auditorium Lumière, sortant de la salle dans un calme sidéral, les yeux rougis, le nez humide, après 2 heures et 20 minutes d’étourdissement, de force et d’émotion.

C’est dans une émouvante semi-obscurité que s’ouvre 120 battements par minute, dévoilant ses magnifiques héros dès la première seconde. Ils apparaissent ainsi, cachés derrière un rideau, concentrés, à l’affût. Ils attendent, debout, droits, en bloc, déployant une force commune prête enrayer un énième discours protocolaire délivré par une de ces nombreuses personnes qui les snobent.

Chez Act Up, l’association militante de lutte contre le sida pour laquelle ils se battent, les opérations coup de poing sont une question de survie. Une nécessité inaliénable. Pas étonnant que le troisième film de Robin Campillo s’ouvre donc sur l’une d’entre elles.

Fureur de vivre

Sans filtre, organiquement, le cinéaste français nous donne à vivre et palper le quotidien batailleur de ses personnages.

Un ballon rempli de faux sang qui éclate sur un visage, sur la paroi vitrée d’un mastodonte de l’industrie pharmaceutique, sur un logo ennemi… Une punchline assenée au plus grand nombre grâce à la puissance d’un haut-parleur… Une affiche choc placardée chez qui de droit… Ces hommes et ces femmes, Robin Campillo les dépeint de façon réaliste, parfois quasi documentaire, à l’instar du cinéaste Laurent Cantet pour qui il fut monteur, notamment sur Entre les murs. Ces hommes et ces femmes, il les regarde toujours à bonne distance, en respectant leurs fêlures tout en célébrant leur beauté intrinsèque.

Et s’il y parvient avec autant de maestria, c’est que Robin Campillo les a déjà rencontrés, d’une certaine manière, pour avoir lui-même été militant chez Act Up, dix ans après sa création aux États-Unis. 120 battements par minute s’inspire de son vécu, de ses rencontres, mais sans vérité chronologique propre. Comme le titre l’indique, c’est surtout de pouls dont il s’agit. Reprendre le pouls de cette génération qui a vécu dans la peur de la maladie, hurlant à l’aide dans un silence assourdissant, dans un monde où l’homophobie était une norme et où l’indifférence siégeait sur son abject trône. Avec une acuité folle, la caméra du réalisateur capte, saisit et restitue toutes les pulsations d’une époque noire, débusquant la lumière dans les enfers.

Révélation d’un grand acteur

Robin Campillo réussit en effet la prouesse d’associer des notes d’humour aux heures les plus sombres de l’épidémie. Malgré la sordide réalité qui les menotte et la peur chevillée au corps, ses personnages font constamment preuve d’une énergie contagieuse, d’une fureur de vivre inspirante. Parmi eux : Sean, incarné par l’exceptionnel Nahuel Pérez Biscayart (retenez ce nom, il ira plus loin que les étoiles).

Un bonhomme pétillant, fort, drôle qui va tomber amoureux de Nathan, une nouvelle recrue. 120 battements par minute parle du groupe, de la solidarité, du présent (malheureusement) et d’amour. Le scénario, impeccablement dialogué, investit le collectif avec la même justesse que l’intime. Et lorsque les larmes tombent, elles ne sont pas le fruit d’un calcul. La sincérité d’une démarche ne s’encombre d’aucun pathos pour viser le cœur. Un choc important, dévastateur.

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