La star de l’art contemporain Yayoi Kusama veut protéger ses œuvres contre les selfies

L’artiste japonaise limite désormais le temps autorisé dans ses expositions pour lutter contre les selfies.

L’installation Infinity Mirrored Room-All the Eternal Love I Have for the Pumpkins, de Yayoi Kusama, en février dernier. (© Bill O’Leary/The Washington Post via Getty Images)

En 2015, je débarquais à New York. Comme toute personne férue d’art, j’avais hâte d’écumer le nombre infini de musées et de galeries que la ville offre. Alors imaginez mon excitation quand j’ai vu passer un flyer qui annonçait le vernissage de l’installation The Obliteration Room de Yayoi Kusama à la galerie David Zwirner, dans le quartier de Chelsea.

Publicité

Après avoir patiemment attendu 40 minutes, on m’a enfin donné une feuille remplie d’autocollants multicolores, en m’informant que j’avais droit à 5 minutes dans la pièce… Cinq minutes ?! Après presque une heure d’attente ? J’étais à la fois choquée et frustrée. Mais ce n’était que le début de ma déception.

A post shared by @jennsywu on

Comme son nom l’indique, l’Obliteration Room est censée être une pièce qui propose une expérience d’immersion totale, très interactive. Les visiteurs sont encouragés à couvrir de pois de couleur les murs de la pièce blanche comme bon leur semble. Ils peuvent former des symboles, des taches colorées, trouver des espaces vierges et les remplir…

Publicité

En réalité, la plupart des visiteurs étaient trop occupés à prendre des selfies dans la pièce pour participer au projet de l’artiste. Je me souviens que je n’étais pas capable de marcher librement dans l’espace parce que je gênais toujours quelqu’un en train de se photographier. Les bouts de mur auxquels je voulais accéder pour coller mes pois colorés étaient tous déjà pris par des instagrammeurs en quête de célébrité. C’était franchement nul.

À cause de la limite du temps autorisé à l’intérieur, aucun d’entre nous n’a eu l’opportunité de comprendre le message de l’artiste, ni son médium d’ailleurs. Voilà pourquoi je me réjouis d’apprendre que Yayoi Kusama impose désormais des règles destinées à maîtriser les hordes obsédées de selfies.

Selfie en 30 secondes ou moins

Selon différentes sources, des règles strictes ont été imposées lors de la dernière exposition de l’artiste japonais, intitulée "Yayoi Kusama: Infinity Mirrors". Tous les visiteurs n’ont droit qu’à 30 secondes par selfie dans chaque partie de l’exposition. Celle-ci est composée de six "infinity rooms", des pièces où des jeux de lumières, de miroirs et d’objets créent un superbe espace reproduit à l’infini.

Publicité

Cette nouvelle règle des 30 secondes a pour but d’augmenter l’accessibilité de cette exposition très populaire, en permettant à plus de gens d’y circuler. Elle est entrée en vigueur après un incident qui a eu lieu plus tôt cette année : un visiteur avait détruit une sculpture de citrouille de Yayoi Kusama en prenant un selfie.

Déjà lors de l’exposition Kusama’s Infinity Mirrored Room: The Souls of Millions of Light Years Away, au musée Broad de Los Angeles, le temps était limité à 45 secondes, ce qui (et je parle d’expérience) semble très court pour jeter un coup d’œil, comprendre l’espace ET prendre un autoportrait suffisamment bon pour Instagram.

Si on ne peut pas nier qu’il est aussi question de profit (les 90 000 entrées à 25 dollars chacune de l’exposition en question ont été vendues en quelques heures), une règle comme celle-ci nous rappelle que nous sommes là pour vivre une expérience artistique, qui ne consiste pas seulement à utiliser l’installation comme un joli décor dans lequel apparaître sur les réseaux sociaux.

Publicité

L’installation Infinity Mirrors est actuellement au musée The Broad de Los Angeles jusqu’au 1er janvier 2018. Selon le magazine Architectural Digest, l’artiste l’exposera ensuite à New York.

A post shared by graceee (@grizzleepuff) on

A post shared by Sergio (@rawfile_) on

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet

Par Justina Bakutyte, publié le 24/10/2017

Pour vous :