À la rencontre de l'illustratrice Robin Eisenberg et de son gang de nanas extraterrestres

Konbini est allé à la rencontre d'une illustratrice au trait bien déjanté.

Pour les filles d'un certain âge, les courses de la rentrée étaient un moment excitant où l'on allait enfin pouvoir acheter cette trousse à dauphin et paillettes tellement convoitée. Mais avec les années qui défilent, cette passion pour la fantaisie, le kitsch et le girly nous est passée. Enfin, ça c'était jusqu'à ce qu'on découvre le travail de Robin Eisenberg.

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Avec ses illustrations, on a l'impression de s'être glissés en douce au bal du lycée, pour découvrir que la sangria a été empoisonnée et qu'un gang de meufs shootées aux pizzas et au néon a pris le contrôle du dancefloor. Les bombasses extraterrestres de Robin jaillissent de la page et prennent le contrôle de vos yeux pour une véritable odyssée spatiale.

Si les dessins ont cet aspect flashy qui vous ramène en enfance, le contenu est sans conteste pour les adultes : à la place des peluches qui mangent des glaces, vous trouverez des filles somptueuses à la peau bleue qui mangent dans leur bain, qui se matent des séries et envoient chier les relous.

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Konbini a eu la chance de s'entretenir avec Robin Eisenberg sur son style unique, les gifs et ses influences.

Konbini | Comment décrirais-tu ton travail à quelqu'un qui ne l'a jamais vu ?

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Robin Eisenberg | Je raconte la vie de jolies filles extraterrestres : leurs aventures dans les déserts et les océans, leurs moments au calme dans des vaisseaux spatiaux et des baignoires. Il y a aussi des animaux voyants, des pizzas, des dounuts, du bubble tea, des pleines lunes, de jolis ongles. C'est rose, violet et vert.

Comment est-ce que tu as inventé ce style si unique ? D'où as-tu sorti tes nanas de l'espace ?

Ça m'a pris du temps de trouver un style personnel dans lequel je me sente bien. Quand je l'ai trouvé, je me suis dit : "Enfin ! C'était ce que j'avais en tête tout ce temps."

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Quand j'étais enfant, je dessinais beaucoup de licornes, de dragons et de nanas elfes. J'adorais les bouquins de fantasy et de science-fiction, notamment les BD comme Elfquest.

En grandissant, mes dessins sont devenus plus réalistes, en noir et blanc, avec beaucoup de hachures. C'était drôle et difficile au début de recréer une photo, mais j'avais l'impression d'avoir perdu mon inspiration.

À la fin, j'ai acheté une tablette et je me suis mise à dessiner directement dans Photoshop. J'ai essayé des couleurs étranges, un peu comme celles que j'utilise aujourd'hui. Avec ça, j'ai retrouvé des motifs proches de ceux que je dessinais enfant, mais en version plus adulte. Enfin, j'utilisais mon imagination et je ne me cantonnais plus à la réalité et à dessiner d'après des photos. Je me suis mise à utiliser des lignes plus nettes, et des contours plus définis. J'en avais un peu marre de hachurer.

Quel rôles jouent le genre et la sexualité dans ton travail ?

J'adore dessiner des femmes seules : explorant l'espace, dégustant un burger, en pleine session skate, en train de regarder les étoiles avec un chat extraterrestre... Mes romans préférés quand j'étais enfant parlaient de filles qui s'échappaient de chez elles pour devenir sorcières, chevaucher des dragons, aller dans l'espace... Ce genre de choses.

J'aimais les histoires de filles qui choisissaient d'être indépendantes et échappaient à une route toute tracée. Dans mes dessins, j'aime représenter la solitude comme quelque chose de beau, d'intéressant et de fun. Je vis une relation très heureuse, mais j'aime aussi être seule et j'ai toujours valorisé le temps passé pour soi. J'aime dessiner et célébrer ce genre de moments.

Il faut prendre soin de soi, essayer d'aimer son corps, de se sentir à l'aise avec sa sexualité. Pour moi, certaines de ces choses ont été conflictuelles, peut-être que c'est pour ça que je dessine des femmes qui m'inspirent et qui peuvent aider les autres à se sentir bien, et à aimer leur indépendance.

Dans ton œuvre, notamment avec tes pins X-Files qui ont eu beaucoup de succès, tu fais beaucoup référence à la culture geek, qui est généralement dominée par des hommes. En tant que femme, comment t'es-tu appropriée cet univers ?

Je viens d'une famille de femmes nerds. Ma sœur et ma mère sont d'énormes fans de science-fiction. Parfois, j'ai dû affronter les trucs classiques de mecs qui mettent en question ma connaissance de Star Trek ou qui essayent de me montrer qu'ils en savent plus que moi. Quand je parlais klingon couramment, je savais dire "ton vaisseau est un tas d'ordure", mais j'ai perdu de mon niveau.

Heureusement, mes amis reconnaissent tous l'apport des femmes à la science-fiction ou à la culture des fans en général, je suis heureuse d'y participer à ma façon.

Comment t'es-tu mise à faire des gifs ?

Un jour, je me suis dit que j'avais envie d'essayer d'animer mes dessins, donc je me suis amusée avec Photoshop, en faisant de l'animation image par image jusqu'à ce que je trouve quelque chose de cool ! C'était vraiment très excitant.

C'est toujours super quand tu réussis à utiliser de nouvelles idées et à les transformer en œuvres visuelles. Faire des GIF, c'était comme ouvrir un nouveau chapitre dans mon travail. En ce qui concerne mes gifs préférés, j'adore les femmes qui portent des femmes de Libby VanderPloeg. J'aime aussi les trois chiens avec des tranches de pain de mie autour de la tête.

(GIF: Robin Eisenberg for Konbini)

© Robin Eisenberg pour Konbini

En tant qu'artiste indépendante, comment fais-tu pour vivre de ta passion ? À quoi ressemblent tes journées?

L'année dernière, j'ai enfin réussi à vivre de mon art à plein-temps. J'en suis arrivée à un stade où je n'ai plus le temps pour rien d'autre. Mais c'est ce que j'aime. J'aime travailler, et je suis heureuse de pouvoir dessiner toute la journée et vivre de ça.

Je n'ai jamais eu de problème de concentration/motivation pour dessiner, ce qui est une bonne chose, j'imagine. Mais je me suis rendue compte que le problème principal, c'est de réussir à quitter mon bureau, c'est-à-dire voir ma famille et mes amis, sortir, explorer le monde par moi-même plutôt que de dessiner des exploratrices. C'est hyper important, il faut que je me le rappelle parfois.

 

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Par Colette McIntyre, publié le 07/10/2016

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