Expo : "L’art dans la peau" à la galerie Sakura, le tatouage mis à l’honneur

Du 8 novembre 2017 au 14 janvier 2018, la galerie Sakura, située en plein cœur du Marais, propose une exposition collective réunissant 41 artistes sur le thème du tatouage. Au programme : photographies, illustrations, T-shirts, sculptures et tatouages en live.

Jean-Baptiste Simon, fondateur de la galerie Sakura, a choisi pour sa nouvelle exposition de mettre à l’honneur l’art millénaire du tatouage. Le tatouage, qui se démocratise en Occident depuis les années 1990, possède, au même titre que l’art, ses propres courants et styles : traditionnel, old school, postmoderne, abstrait, portrait… C’est un voyage au cœur de cet art multiple et passionnant que propose la galerie parisienne, avec plus de 200 œuvres exposées.

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Un lieu branché pop art

En 2014, la galerie Sakura s’est installée dans ses locaux actuels du Marais. Tous les trois mois, cet espace de 250 m² accueille une nouvelle exposition, souvent collective, sur le ton de la pop culture, de l’humour et de la réflexion. Il y a eu notamment "L’Expo Contre-Attaque" en octobre 2015, consacrée au monument Star Wars, "Des chauves-souris et des hommes" en mars 2016, sur Batman, comme vous l’aurez sans doute deviné, et "Secret Life of Heroes" début 2017, qui avait pour thème la vie privée des super-héros.

Abonnée à la pop culture et à l’humour décalé, la galerie ne déroge pas à la règle avec sa nouvelle exposition sur le tatouage, visible jusqu’au 14 janvier 2018, à découvrir au 21 de la rue du Bourg-Tibourg dans le 4e arrondissement, du mardi au samedi de midi à 20 heures et le dimanche de 14 heures à 20 heures.

De gauche à droite : photographie de Victor de Mello, photographie de Nina Red, peintures digitales de Julia Kuzmenko. (photo © Alice Gautreau)

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Des artistes d’horizons divers

Parmi les 41 artistes exposés, on trouve autant des noms familiers tels que Mikael de Poissy pour les aficionados du tatouage, ou Greg "Leon" Guillemin, plasticien dans la lignée de Roy Lichtenstein, que ceux d’artistes émergents plus confidentiels comme la plasticienne Juliette Teal (que nous avons interviewée plus bas) et l’illustratrice Joana Pereira qui dessine des portraits de chiens tatoués. Toutes les œuvres exposées (sauf les sculptures) sont proposées en tirage argentique limité. Vous trouverez une majorité d’illustrations et de photographies mais aussi des dessins et des T-shirts à des prix abordables.

De gauche à droite : dessins de Wayne Maguire, photographies de Michael Hall. (photo © Alice Gautreau)

Zoom sur Juliette Teal

Juliette a 28 ans, elle travaille dans la communication à Paris mais son truc, en vérité, c’est de récupérer des crucifix et de les pimper - ou de les customiser, si vous préférez. Vous pouvez admirer sept de ses peintures minutieuses sur sculpture à l’expo "L’art dans la peau" et aussi la suivre sur Instagram.

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Konbini | Hello Juliette, tu nous expliques ton projet ?

Juliette Teal | J’ai commencé le projet "Religious Bad Boy" début 2017, après une discussion sur la religion avec mon ami qui vient d’une famille très croyante. J’ai eu envie de mixer nos deux univers afin de créer un crucifix contemporain, qui ne m’effraie pas. J’ai toujours détesté avoir un crucifix chez moi, autrement dit un cadavre qui trône au mur. Aujourd’hui je vis entourée d’eux et je les aime comme une collection de poupées trop cool !

© Juliette Teal, "Jess The Old School", série "Religious Bad Boy", technique mixte, 2017.

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Du coup, j’ai acheté un grand crucifix de 60 cm que j’ai décidé de peindre avec un style de tatouage old school [tatouage traditionnel américain des années cinquante, ndlr]. Je me suis aperçue que de nombreux symboles chrétiens étaient des visuels très emblématiques de ce style de tatouage, j’ai donc pu m’amuser à intégrer pas mal de signes religieux comme l’ancre ou l’aigle.

J’avais envie de m’attaquer à la religion chrétienne car finalement on y touche très peu. À mes yeux, la religion doit savoir se remettre en question et être dans l’air du temps pour rassembler. De mon côté, je ne suis pas très croyante. Je crois surtout que toutes les religions sont en fait la même chose mais retranscrites, à leur image, par différentes cultures et populations. D’où le fait que je ne m’attaque pas qu’à Jésus mais aussi à Bouddha et à d’autres encore dans l’avenir. J’avoue quand même avoir un petit penchant pour le crucifix qui me laisse un espace de "peau" nue large pour le tatouage.

Ce projet est accompagné d’affiches placardées dans Paris, car je cherche à voir la réaction des gens face à ce Jésus 2.0. En effet, même si le tatouage est interdit par l’Ancien Testament, le Cantique des Cantiques dit : "Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, Comme un sceau sur ton bras" et les Chrétiens persécutés par les Romains se faisaient tatouer pour marquer à jamais leur appartenance à la religion. Le tatouage raconte une histoire et marque les symboles qui ont du sens pour nous. Il me semble que les icônes religieuses sont très bien placées pour avoir des choses gravées sur leur corps.

© Juliette Teal, work in progress sur "Jess The Japan", technique mixte, 2017.

Konbini | D’un point de vue technique, comment procèdes-tu ?

Juliette Teal | Les crucifix sont de vrais crucifix peints en blanc. C’est important pour moi qu’ils soient tous vrais et différents. J’aime l’idée de restaurer des objets fanés et délaissés et de les transformer en quelque chose de différent.
La sous-couche utilisée est très opaque afin d’éviter de mettre trop de couches. Je dessine ensuite les tatouages au crayon de bois directement sur le corps et les repasse au feutre noir assez vite pour éviter de salir le blanc. Je colore le tout à la peinture acrylique et repasse une dernière couche de feutre noir afin d’affiner les contours. À la fin, je vernis pour donner un petit côté céramique aux sculptures.
À ce jour, j’ai aussi travaillé sur des Bouddha Star Wars et un chérubin en plus des quatre crucifix. Mais j’envisage des tonnes de choses !

© Juliette Teal, "Lulu The Hell’s Angel", série "Religious Bad Boy", technique mixte, 2017.

Pour aller plus loin

Passionné·e·s par le tatouage ? Puisque toutes les occasions de se faire "charcuter" la peau sont bonnes, on vous rappelle que le prochain Mondial du tatouage aura lieu à Paris, à la grande halle de la Villette, du 9 au 11 mars 2018. Vous trouverez toutes les infos et les billets pour l’événement sur le site mondialdutatouage.com

Par Alice Gautreau, publié le 13/11/2017

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