Quand l'erreur 404 se transforme en œuvre d'art

Un collectif d'artistes vient d'élaborer un projet en ligne, This is not an Error, qui vise à transformer les pages d'erreur de redirection de sites web, ou erreur 404, en œuvres de glitch art kitschissimes et barrées.

Erreur 404

Projet "This is not an error"

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"Erreur 404 - Le fichier ou la page demandée est introuvable". Et m****. On tombe dessus sporadiquement, sans y être préparé. La page est souvent nue, d'une blancheur vertigineuse, surmontée d'un texte lapidaire à la police datée. On clique en maugréant pour revenir à la page précédente, frustré de ne pas comprendre, de ne pas obtenir sans délai l'information qu'on cherche. Le 404, c'est le face-à-face imprévu avec le vide, le cul-de-sac de l'information en ligne, qui ne laisse d'autre choix que le demi-tour et la fuite vers des rivages plus familiers.

Glitch art + erreur 404 = plus nerd, tu meurs

Mais les artistes qui composent le projet This is not an Error ont d'autres plans. Selon eux, la page d'erreur 404, inamovible, doit servir de cadre à l'art, et pas n'importe lequel : le glitch art, l'art du bug, où le kitsch se normalise. Couleurs criardes, motifs pailletés, montages photo foutraques, techno 8-bit, sampling ad nauseam et GIFs hypnotiques, le but avoué est de violer simultanément neurones et carte graphique. Mais pas seulement.

Car le glitch art se veut aussi un reliquat de la contre-culture Internet originelle, celle de Windows 98, cette étendue sauvage et libertaire prétexte aux délires audiovisuels les plus frénétiques et les plus cheap. Avec This is not an error, la page d'erreur n'est plus vide, elle célèbre une identité visuelle (ce genre de trucs, par exemple) enracinée dans le mauvais goût, l'amateurisme et la ridiculisation des codes esthétiques dominants. Il y a donc de grandes chances pour que vous ne compreniez rien à ce que vous voyez à l'écran. Restez calme et retournez à la page précédente.

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Pour Jeannette Hayes, l'une des artistes collaborant au projet, c'est aussi une façon de montrer comment Internet permet aux gens d'exprimer une personnalité tangente, profondément dissociée de l'existence matérielle: "C'est de la science-fiction, cette façon que nous avons de mener nos vies IRL et ces extensions de nous-mêmes qui manipulent la façon dont nous sommes perçus. [...] Je ne pense pas qu'avoir une "personnalité Internet" soit artistique, je pense que c'est juste humain. C'est votre façon de configurer les pixels qui créent cette version intangible de vous-même qui définit si c'est artistique, si c'est une analyse, une participation ou si vous êtes juste là pour regarder."

Hillary Clinton, Nicolas Sarkozy et leurs pages 404

Unanimement méprisée par tous les utilisateurs ponctuels d'Internet, l'erreur 404 a pourtant acquis, au fil des années, une sorte de statut culte auprès des (nombreux) initiés. Les voies des Internets sont impénétrables, mon fils. Rapidement, les développeurs ont suivi, réalisant soudain toute l'importance de cette page dans leurs sites. Comment s'en passer, en effet, puisqu'elle incarne le rien?

Hier inévitable, aujourd'hui incontournable. Pour tout site web qui se targue de faire partie du game, l'erreur 404 est devenue le niveau à bulle du cool ("montre-moi ta page de redirection, je te dirai qui tu es")  et à ce petit jeu, Konbini sait se défendre. Tous les communicants occidentaux (sauf ceux du site de l'Élysée, apparemment) l'ont compris : à l'instar du 404,  les codes culturels nés sur Internet (mèmes, GIFs, lexique...) traversent les sphères sociales de plus en plus vite et leur maîtrise est désormais obligatoire.

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À ce titre, la page d'erreur du site de campagne d'Hillary Clinton, lancé le mois dernier, en est un très bel exemple... tout comme celle de Nicolas Sarkozy en 2012. La prochaine fois que vous vous planterez d'URL, prenez le temps de regarder ce qui s'affiche, ça en vaut peut-être la peine.

Par Thibault Prévost, publié le 23/04/2015

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