D’Akira au Yellow Magic Orchestra, le Japon s’invite au Centre Pompidou-Metz

Dans le musée d’art contemporain lorrain, l’expo "Japanorama" s’interroge sur l’essence de la pop-culture japonaise.

ChimPom, Super Rat, 2008. Dans ce diorama, on trouve quelques références à ce bon vieux Godzila et à une souris jaune qu’on ne présente plus. (© Benjamin Benoit/Konbini)

Mardi 24 octobre, après un voyage matinal et brumeux, nous nous sommes rendus au Centre Pompidou-Metz (ville de l’entre-midi et des formidables Grand Blanc) pour visiter l’exposition "Japanorama". Dirigée par la commissaire Yuko Hasegawa (directrice artistique du Musée d’art contemporain de Tokyo) et s’inscrivant dans une saison thématique sur le pays du Soleil-Levant, cette expo propose – en six volets distincts : "pop", "kawaii", "collectif", "subjectivité", "zen" et "post-humain" – de redéfinir l’identité japonaise à travers une multitude de médiums artistiques.

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Photographies, vidéos, arts plastiques, sons, vêtements, objets en tous genres… ce corpus aussi riche que ludique nous fait notamment découvrir un petit havre de paix signé Yayoi Kusama – où, grâce à un jeu de miroirs, on se retrouve seul face à soi-même dans un superbe espace aussi confiné qu’infini. En bons amateurs d’anime, de mangas, et de culture japonaise en général, nous avons été conquis par cet angle.

Yayoi Kusama, Infinity Mirror Room Fireflies on the Water, 2000. (© Benjamin Benoit/Konbini)

Une approche pop-culturelle

Nul besoin d’avoir la moindre connaissance en histoire de l’art pour apprécier le message intrinsèque de ces œuvres : il y a toujours un angle pop-culturel, ludique ou historique pour comprendre ce que l’on voit. Du démentiel manga/anime Akira à Yoko Ono, vous ne serez pas perdus. Et si vous ne les connaissez pas, c’est l’occasion de les découvrir, en même temps que de multiples artistes, photographes et dessinateurs qui font l’actualité artistique japonaise.

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Les objectifs de ces installations ? "Faire ressortir les spécificités culturelles", selon Yuko Hazegawa, et "rester dans un ensemble cohérent […] tout en cultivant la diversité des médiums". C’est indéniable : ce melting-pot d’identités, de culture et de contre-culture, d’avant-garde et de mainstream, se constate dans les deux étages de l’expo.

Belonging représente ainsi un réseau neuronal avec de la laine, tandis que Phantom Limb interroge notre regard en montrant une série de photos d’une jeune fille crucifiée… qui ne fait que tenir des fruits rouges écrasés. Pendant ce temps-là, les idoles de Perfume côtoient le cultissime Yellow Magic Orchestra, connu pour être l’un des pionniers du processus transmédia entre musique et numérique.

Kenji YANOBE, Atom Suit Project – Desert C-prints (© Kenji Yanobe/Seiji Toyonaga)

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Examen clinique de l’esthétique japonaise

Plusieurs salles pour plusieurs ambiances : la salle "zen" est, par exemple, la plus "plastique". Dominée par une immense fontaine en silicone noir, on y contemple notre mort prochaine avec un mystérieux compteur tibétain. Les différentes parties de l’expo interrogent des aspects cachés, voire réfrénés, du quotidien japonais : ici, une série de jolis vêtements streetwear pour les "neets" (jeunes adultes sans études ni travail, version soft des "hikkikomoris"), là, une vidéo d’un homme en combinaison devant les ruines de Fukushima (qui évoque la façon dont les autorités ont voulu étouffer les conséquences du drame), sans oublier les œuvres du photographe gay Eikoh Hosoe (qui bosse dans un pays où les LGBTQ+ sont pour ainsi dire invisibles). Ces mises en perspective, ces contradictions et ces bizarreries sont parfaitement soulignées par tous ces talents peu connus du grand public français.

Les amateurs de graphic design devraient aussi être servis : entre transgression et sophistication, quelques planches et œuvres mettent en lumière la verticalité et les névroses du Japon – son rapport au suicide, la dépression des enfants, celles des ados, des adultes… bref, tout le monde est servi !

"Japanorama" est un bel examen clinique de ce qu’est devenue l’esthétique japonaise – avec sa violence, sa diversité, ses complexes et ses fétiches. Une immersion toute en nuances, qui permet de déconstruire l’expression "entre tradition et modernité" (l’une des plus bêtes simplifications de notre temps).

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De la mode pour jeunes adultes reclus ? C’est possible. (© Benjamin Benoit/Konbini)

Avec "Japan-ness", on refait l’histoire de l’architecture nipponne

Pour rester dans le thème de la culture japonaise, l’exposition "Japan-ness" propose jusqu’au 8 janvier de revenir sur l’histoire de l’architecture dans l’archipel, depuis sa renaissance en 1945. Pour les commissaires de l’expo, Yûki Yoshikawa et Frédéric Migayrou, toutes les destructions de la Seconde Guerre mondiale (sans oublier bien sûr le traumatisme des deux bombes atomiques) ont en effet joué un rôle clef dans l’évolution des paysages urbains. Depuis, le Japon n’a eu de cesse de se réinventer.

"Japanorama" (jusqu’au 5 mars 2018), et "Japan-ness" (jusqu’au 8 janvier), au Centre Pompidou-Metz.

Par Benjamin Benoit, publié le 30/10/2017

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