AccueilÉDITO

Ce printemps, les musées parisiens mettent l’Afrique à l’honneur

Publié le

par Naomi Clément

Jusqu’à la fin de l’été, la capitale accueille une série d’expositions, qui toutes ont fait le pari d’offrir un autre regard sur l’art africain. 

Plus que jamais, le berceau de l’humanité inspire le monde. Le mois dernier, la maison Kenzo a fait de la jeunesse nigériane l’objet de sa campagne printemps/été 2017, suivie de près par Gucci qui, à travers sa vibrante campagne "Soul Scene", rendait hommage au travail du photographe Malick Sidibé, dont les clichés, pris dans les années 1960 et 1970, capturent notamment la culture populaire du Mali.

Côté art, même constat : l’Afrique fascine. Preuve en est : Paris se fait aujourd’hui le théâtre d’une série d’expositions qui, chacune à leur façon, soulignent à quel point l’art africain est riche, à quel point il traverse les époques, et surtout, à quel point il n’a jamais cessé de nous inspirer. Parmi les institutions participant à cette euphorie, on retrouve bien sûr le musée du quai Branly, qui s’est toujours battu pour la reconnaissance des arts primitifs, notamment africains, mais également la Fondation Louis Vuitton, ou encore La Villette à Paris, dont le festival 100 % Afriques met en lumière la scène contemporaine africaine.

"Afriques capitales" à La Villette à Paris

Nous vous avons déjà parlé de cette exposition, qui nous avait séduits par son impressionnante scénographie. La visite d'"Afrique capitales" se vit en effet comme une déambulation nocturne au cœur d’une ville fictive, dont on ne saurait vraiment dire si elle s’inspire de Dakar, Yaoundé ou Johannesburg. Le pari de Simon Njami, son commissaire, a été de créer de toutes pièces un espace qui n’appartiendrait à aucune réalité, mais dans lequel il serait malgré tout possible d’identifier, ici ou là, des repères ou des souvenirs personnels liés au berceau de l’humanité.

"Certains chercheront à reconnaître telle ville en Afrique ou telle ville dans le monde, explique ce dernier, lorsqu’en réalité, nous serons plongés dans une fiction dont le but est de faire surgir l’essentiel et de plonger l’audience dans une vérité différente." Installée sous la verrière de la Grande Halle de La Villette jusqu’au 28 mai prochain, "Afriques capitales" offre notamment à voir les toiles abstraites du peintre ivoirien Ouattara Watts, les clichés du photographe sud-africain Zwelethu Mthethwa, ou encore l’univers lumineux de l’artiste marocain Hassan Hajjaj.

Le designer Joe Casely-Hayford vu par Hassan Hajjaj. (© Hassan Hajaj, 2012)

L’exposition "Afriques capitales" est à découvrir du 29 mars au 28 mai. Plus d’infos sur le site de La Villette.

À lire -> Expo : à Paris, "Afriques capitales" offre une autre vision de l’art issu du continent africain

"Chefs-d’œuvre d’Afrique" au musée Dapper

L’exposition "Chefs-d’œuvre d’Afrique" est un hommage au fondateur du musée Drapper, Michel Leveau. "Humaniste, Michel Leveau a quitté ce monde en novembre 2012 après avoir rempli la mission qu’il avait initiée il y a un peu plus de trente ans en créant la Fondation Dapper, décrypte sur son site l’établissement. Esthète, mais guidé par la rigueur scientifique, il s’était attaché à acquérir pour son institution des œuvres exceptionnelles. Certaines d’entre elles avaient appartenu auparavant à de grands noms qui ont marqué la reconnaissance des arts non occidentaux, Charles Ratton, Paul Guillaume, Jacob Epstein…"

Prolongée jusqu’au 18 juin 2017, "Chefs-d’œuvre d’Afrique" présente, pour la première fois, quelque 130 œuvres majeures puisées dans le fonds exceptionnel du musée Dapper. Provenant du Gabon, du Congo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire ou du Bénin, ces pièces ont non seulement été sélectionnées en raison de leurs qualités plastiques, mais aussi pour les rôles qu’elles assuraient dans les sociétés qui les ont vues naître. Masques, statues et statuettes, parures, insignes… autant d’objets précieux qui témoignent de la grande richesse culturelle de l’art africain.

L’exposition "Chefs-d’œuvre d’Afrique" est à découvrir jusqu’au 18 juin 2017. Plus d’infos sur le site du musée Drapper.

"Les Trésors de l’Islam en Afrique" à l’Institut du monde arabe

Le 14 avril dernier, l’Institut du monde arabe a ouvert les portes de sa toute nouvelle exposition : "Trésors de l’Islam en Afrique : de Tombouctou à Zanzibar". Réunissant plus de 300 œuvres d’artistes originaires de toute l’Afrique, du Maroc à l’Éthiopie, en passant par le Sénégal, le Kenya ou encore le Mali, elle nous transporte à travers treize siècles d’Histoire, témoignant de la richesse artistique et culturelle de la pratique de l’Islam en Afrique subsaharienne.

Étalé sur 1 100 mètres carrés, le parcours de "Trésors de l’Islam en Afrique : de Tombouctou à Zanzibar" se découpe en deux grands temps. Tandis que le premier entraîne le visiteur à travers les âges et conte la façon dont l’islam se diffuse en Afrique subsaharienne à partir du VIIIe siècle, la seconde partie nous immerge dans l’architecture religieuse, les pratiques cultuelles et la magie, avant de s’achever par une confrontation d’œuvres contemporaines fortes, signées d’artistes comme Rachid Koraïchi, Hassan Musa, Abdoulaye Konaté ou Youssef Limoud. À découvrir jusqu’au 30 juillet 2017.

La grande mosquée de Djenné, au Mali. (© James Morris)

L’exposition "Trésors de l’Islam en Afrique : de Tombouctou à Zanzibar" est à découvrir du 14 avril au 30 juillet. Plus d’infos sur le site de l’Institut du monde arabe.

À lire -> Expo : l’Institut du monde arabe nous fait découvrir 13 siècles d’art musulman en Afrique

"Art/Afrique, le nouvel atelier" à la Fondation Louis Vuitton

En parallèle de ses expositions monographiques, la Fondation Louis Vuitton propose des expositions collectives qui visent à mettre en lumière des scènes méconnues, dans leurs développements les plus actuels. Un an après "Bentu, des artistes chinois dans la turbulence des mutations", qui s’attaquait à la scène contemporaine chinoise, la Fondation Louis Vuitton met aujourd’hui le cap sur le continent africain à travers "Art/Afrique, le nouvel atelier".

Inaugurée le 26 avril dernier, cette exposition protéiforme se divise en trois sous-expositions. La première, baptisée "Les Initiés", réunit une sélection d’œuvres d’une quinzaine d’artistes contemporains issues de la collection privée de l’Italien Jean Pigozzi. Parmi eux, le sculpteur béninois Romuald Hazoumé, le peintre congolais Chéri Samba ou encore le photographe malien Seydou Keïta. S’en suit "Être là", qui nous entraîne en Afrique du Sud, l’une des scènes les plus dynamiques du continent africain, et nous immerge dans le travail de Jane Alexander, William Kentridge ou Zanele Muholi. Le dernier niveau d'"Art/Afrique, le nouvel atelier" est consacré à une sélection d’œuvres africaines tirées de la collection de la Fondation Louis Vuitton, qu’elles soient d’origine africaine ou qu’elles s’en revendiquent.

Le tableau "J’aime la couleur" de Chéri Samba, 2003. (© collection Pigozzi)

L’exposition "Art/Afrique, le nouvel atelier" est à découvrir du 26 avril au 28 août. Plus d’infos sur le site de la Fondation Louis Vuitton.

"L’Afrique des routes" au musée du Quai Branly

"L’Afrique, un continent sans Histoire ? Si les a priori ont la vie dure, les faits, eux, sont indéniables : les Africains n’ont jamais vécu dans l’isolement." C’est avec ces mots que le musée du Quai Branly introduit sa nouvelle exposition : "L’Afrique des routes". Succédant à "The Color Line", qui révélait le travail d’artistes afro-américains qui ont contribué, durant près d’un siècle et demi de lutte, à estomper la ségrégation aux États-Unis, cette nouvelle exposition nous rappelle que, loin des idées reçues, le berceau de l’humanité a une histoire inscrite dans la dynamique internationale.

"Longtemps ignorés, les échanges panafricains et extra-africains ont pourtant débuté voici des millénaires, bien avant les indépendances, la colonisation et l’arrivée des premiers navires portugais au milieu du XVe siècle", rappelle à ce sujet Gaëlle Beaujean, commissaire de l’exposition et responsable des collections Afrique au musée du quai Branly. "En témoignent les sculptures, pièces d’orfèvrerie ou d’ivoire, peintures et autres objets présentés dans l’exposition 'L’Afrique des routes'."

L’exposition "L’Afrique des routes" est à découvrir jusqu’au dimanche 12 novembre 2017. Plus d’infos sur le site du musée du Quai Branly.

À voir aussi sur konbini :