Capsule de Propanolol © Wikipédia commons

Propranolol : la pilule qui efface les souvenirs

Le propranolol est une molécule qui a le pouvoir de supprimer les souvenirs traumatisants. Avant c'était de la science-fiction. Mais ça, c'était avant.

Si nous pouvions agir sur nos souvenirs, qu'en ferions-nous ? Garderions-nous les plus beaux et les plus forts seulement ? Et surtout, oserions-nous vraiment appuyer sur le bouton [reset] ?

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Si vous pensez que cette question relève d'un scénario SF, détrompez-vous ! Les chercheurs ont découvert une molécule permettant d'effacer les souvenirs traumatisants. Si ce médicament est encore en cours d'évolution, il a déjà été testé...avec succès ! Eternal Sunshine of Spotless Mind n'est plus très loin.

Le pouvoir de la pilule rose

En réalité, pas de bouton [Reset] à presser, juste un médicament à ingurgiter et votre cerveau se verra alléger du poids d'un souvenir douloureux. Vaste projet rendu possible grâce à une molécule : le propranolol.

Cet antimigraineux est administré au patient 90 minutes avant la réactivation d'un souvenir traumatisant. C'est le temps nécessaire à la molécule pour atteindre le cerveau émotionnel. C'est à ce moment là que le patient est invité à évoquer son souvenir sous l'emprise de la molécule censée en alléger la charge émotionnelle. En d'autres termes, ce médicament permet une désensibilisation au souvenir mais six séances de ce type sont nécessaires pour une désensibilisation effective.

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Capsule de Propranolol © Wikipédia commons

Le professeur Birmes, qui a dirigé cette étude au CRCA (Centre de recherches sur la cognition animale à Paul-Sabatier) explique ce qui constitue selon lui les avantages de ce traitement en trois arguments :

  1. La baisse des symptômes de stress post-traumatique est réelle;
  2. Le médicament est peu coûteux et efficace en seulement six séances;
  3. Il est disponible en version générique.

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Le Professeur Birmes précise également que le traitement ne consiste pas en un effacement total des souvenirs :

Ils ne disparaissent pas. Mais quand [les patients] repensent au souvenir traumatisant, la vivacité émotionnelle est réduite. Ils conservent le souvenir mais n'en souffrent plus

Off Memoria

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Ce médicament n'est pour l'instant administré qu'à quelques dizaines de personnes dans le monde, éparpillées entre Toulouse, Montréal et Boston. Les études sont encore en cours pour valider la commercialisation de ce médicament qui pourrait permettre aux personnes victimes de traumatismes difficilement surmontables de poursuivre leur vie, l'esprit plus apaisé.

En cela, l'utilité de cette molécule est indéniable mais elle ouvre toutefois la voie à beaucoup de questions philosophiques et éthiques. Surtout si l'on aborde ce traitement dans sa dimension potentiellement excessive.

Supposons en effet que l'être humain ait la possibilité de se débarrasser à son gré de certains de ses souvenirs, qu'est ce que cela impliquerait à long terme ? Quelles seraient les conséquences dans son approche psychologique des choses ? S'amputer de ses souvenirs est-ce s'amputer d'une partie de soi ?

Si demain, l'homme avait le pouvoir d'enlever ou de déplacer les étagères de la bibliothèque de sa vie, il y a quelque chose de vertigineux à imaginer ce que cela pourrait donner à l'échelle de l'humanité.

Source : La Dépêche du Midi

Par Afifia B, publié le 18/03/2013

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