Paris Games Week : violences à cause de Call Of Duty

Ce mercredi matin, coup d'envoi du Paris Games Week (PGW). Pour certains, le rendez-vous annuel a pourtant commencé plus tôt puisque Activision avait annoncé que les 500 premiers à se présenter à son stand au matin du 30 octobre se verraient offrir un exemplaire "édition prestige" de Call Of Duty : Ghosts, d'une valeur de 200€. Quelques conditions : avoir 16 ans ou plus (le jeu étant déconseillé aux moins de 16 ans) et être muni au préalable d'une entrée valide pour le salon de la Porte de Versailles. Elle précisait en outre conseiller aux intéressés d'adopter "un comportement fair-play et respectueux des autres".

En guise de précaution face à cet appel au rassemblement, l'organisation avait prévu "Une file d’attente dédiée [...] à partir de 8h le 30 octobre 2013 devant le Hall 3". Selon de nombreux témoins, déjà, au soir du 29 octobre, un grand nombre de personnes se massaient devant les portes du Hall 3 du Parc des expositions, espérant faire partie des heureux élus.

paris games week

Photo prise entre hier soir et ce matin, attestant de la foule présente devant les portes du salon. (Crédit : Phonandroid.com)

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"200 personnes, minimum" à 23h

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Frantz Rogeon travaille en marketing et communication dans le milieu du jeu vidéo. Hier soir, il se trouvait déjà sur place pour la soirée d'inauguration où se rendent les professionnels du secteur. Sur les coups de 23h, il sort du salon et constate que l'affluence est déjà au rendez-vous : "J'ai compté 200 personnes, minimum. Peut-être plus. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de monde".

Même s'il est difficile de confirmer le nombre de "2000 personnes amassées" devant les portes avancées par nos confrères du Journal du Geek, de nombreux témoignages font état de beaucoup plus de 500 personnes.

Ci-dessous, une vidéo amateur donne un aperçu de l'ambiance pendant la nuit (à partir de trente secondes environ).

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Distribution des lots... à 1h du matin

Étonné par un si grand rassemblement, Frantz Rogeon décrit l'ambiance "assez calme, sauf quand des professionnels sortaient de la soirée de lancement de la PGW". Il témoigne avoir été la cible de "provocation pure" à sa sortie du lieu alors qu'il a voulu prendre une photographie de l'inhabituel rassemblement. Preuve d'une agitation déjà palpable alors que minuit n'avait pas encore sonné, soit neuf heures avant l'heure qu'avait annoncé la PGW pour distribuer les fameux sésames qui donnaient accès aux 500 précieux exemplaires du jeu.

Devant l'affluence provoquée, déjà plusieurs heures avant l'ouverture, l'organisation a réagi dans l'urgence avant d'être débordée par les événements. A donc été décidé de donner les bracelets non pas au petit matin, mais par surprise, peu après 1h du matin. Du même coup, elle décide d'avertir sa communauté Facebook que les lots ont déjà été distribués.

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Message de l'organisation de la Paris Games Week diffusé dans la nuit, près de 1h30 du matin, pour avertir les éventuels intéressés par l'obtention du jeu. (Capture Facebook)

"Malaises" et "dégâts matériels"

Ca n'a semble-t-il pas dissuadé "une foule dense" selon Reviewer.fr, ou bien encore des "hordes" de "fans"" selon le Journal du Geek de se masser tout contre les portes du PGW ce matin pour espérer, vainement, obtenir un bracelet donnant accès à l'une des éditions prestige de COD : Ghosts. Résultat : "un certain agacement", voire "une franche colère". Reviewer.fr fait état de "malaises, de nombreux dégâts matériels (portes défoncées, barrières détruites...), et... de l'intervention de la police".

Ci-dessous, quelques photos prises par des témoins oculaires et postées sur Twitter attestent en effet d'un mouvement de foule difficilement contrôlable par le simple service de sécurité du salon.

Preuves vidéo

Le soir, déjà, quelques témoins ont pu filmer des vidéos d'altercations qui se sont produites en marge de la longue attente pour obtenir le précieux jeu vidéo et son package collector. Sur ce film, à partir de 2:25, on voit plusieurs participants en venir aux mains après des propos menaçants proférés par un individu.

Plus impressionnante encore, la vidéo ci-dessous, presque surréaliste. On y constate des personnes escalader le mur du Parc des expositions pour se poster en avance et un plan large sur une foule effectivement composée de bien plus de 500 personnes se masser devant le salon pour scander "Enculés !" en direction des portes du salon, closes évidemment.

Si l'on reconnaît sans problème le Parc des expositions de la Porte de Versailles, on n'y apprend aucune information sur l'heure des événements. Le vidéaste amateur termine sur le commentaire suivant : "pendant que ces personnes attendaient dans le froid de la nuit, des personnes accréditées ont récupéré plus de la moitié des exemplaires du jeu". Dernier fait invérifiable mais qui contribue à jeter le discrédit sur l'évènement annuel des gamers français et l'éditeur Activision...

Au passage, comme le rappelle la vidéo, la Paris Games Week est organisée par le Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs (SELL) dont le président est David Neichel. David Neichel, dont l'autre casquette est... directeur général d’Activision Blizzard France.

"Tout le monde a su ce qui allait se passer"

Selon Frantz Rogeon, ces événements regrettables "auraient eu lieu de toute manière". Le professionnel du jeu vidéo pointe la responsabilité d'Activision. D'après lui, "tout le monde dans le milieu a su ce qui allait se passer, même avec un bon staff de sécurité". Et pour cause : cette opération de communication autour de la grosse sortie de la licence de FPS de la firme avait déjà connu des antécédents à la Milan Games Week de cette année qui s'est déroulée quelques jours auparavant.

Une vidéo amateur montre brièvement l'état des dégradations subies lors de ce happening, considéré comme une "mini-émeute" par nos confrères de Gizmodo et "un saccage" par Frantz Rogeon. Revenant sur les heurts de ce matin qui se sont déroulés Porte de Versailles, ce professionnel de la communication et du marketing dans le milieu du jeu vidéo décrypte ce choix d'opération :

Selon Activision, il vaut mieux une mauvaise publicité que pas de publicité du tout. Ils l'ont fait sciemment, en connaissance de cause, pour qu'on parle du produit alors que tout le monde parle actuellement de GTAV qui fait des ventes stratosphériques. Le professionnel que je suis comprend ce type d'opération pour faire du buzz. Mais sur le long terme, cela fait du mal au médium jeu vidéo.

La PGW et Activision silencieux

L'organisation de la Paris Games Week ainsi qu'Activision n'ont pas souhaité répondre à nos sollicitations, une source nous déclarant sous couvert d'anonymat que l'événement s'était "très bien passé". Manifestement, ça n'est pas le cas et Frantz Rogeon, en connaisseur du milieu, n'est pas dupe : "Cet événement a été occulté pour le moment. Tout est fait pour l'étouffer. J'ai du mal à croire que le SELL, le syndicat des éditeurs [et organisateur de la PGW] n'ait pas été consulté" .

Il termine sur un sentiment amer, partagé par la majorité des voix qui se sont élevées contre cette désastreuse opération d'Activision :

On aimerait que l'image du jeu vidéo s'apaise, qu'elle devienne respectée, respectable. Que le jeu soit mieux reconnu. Ça me désole.

Pour rappel, ces violences ont eu lieu pour obtenir l’édition Prestige de Call of Duty : Ghosts qui contient le jeu, le "Season Pass", la carte dynamique "Free Fall", une caméra tactique HD 1080p, un "bracelet de survie", un boîtier "Steel Book", la BO officielle du jeu et plusieurs bonus téléchargeables, comme un fond d'écran.

Oui, c'est tout.

Par Théo Chapuis, publié le 30/10/2013

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