Arrêtée pour avoir posté une photo sur Instagram

Au Canada, une jeune femme a été arrêtée pour avoir diffusé sur Instagram une photo d'un graffiti "haineux" à l'égard d'un dignitaire de la police locale. 

Le 26 mars dernier, Jennifer Pawluck alors qu'elle déambule dans le quartier de Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, se retrouve face à un mur. Sur celui-ci une affiche de ce qui semble être un officier de police, un impact de balle au milieu du crâne, la mention "ACAB" à sa droite pour "All Cops Are Bastards".

Publicité

Face à la qualité graphique de la création, mais aussi, on peut le penser, son caractère inédit et le souffre qui en émane, celle-ci décide de le prendre en photo puis de le diffuser sur son compte Instagram personnel. Jusque là une histoire banale pour des "tags" tout sauf inédits sur le réseau social dédié au partage de photo. #police. #graffiti.

Là où le récit prend chair et les évènements se décantent, c'est que cette caricature représente un haut dignitaire de la police de Montréal, Ian Lafrenière, qui n'a que peu apprécié le geste. L'intéressé va même jusqu'à attaquer la jeune femme en justice, craignant pour sa sécurité.

Arrêtée mercredi dernier à son domicile, interrogée pendant de longues heures puis relâchée, elle comparaîtra devant la cours le 19 avril prochain. Jusque là, elle a l'interdiction formelle de s'approcher du quartier générale de la police Montréalaise à moins d'un kilomètre.

Publicité

Printemps Érable

Face à l'émoi qu'a provoqué l'information de l'autre côté de l'Atlantique, les forces de police ont indiqué qu'une enquête serait en cours, précisant que d'autres charges pourrait être retenues contre la jeune femme :

Il y a des circonstances qui entourent la publication de cette image que nous ne pouvons révéler et cela pour ne pas mettre en péril une investigation en cours.

Publicité

Pour percevoir pleinement ici la teneur de l'actualité, une présentation des protagonistes s'impose. Car contrairement aux effets d'annonces et aux premières apparences, il ne s'agit pas d'une simple histoire de lutte anti-graffiti ou d'une chronique illustrant la paranoïa de certains membres de police.

Ian Lafrenière d'abord. Chef du service de communication de la police de Montréal il est apparu abondamment dans les médias lors des manifestations étudiante qui ont émaillé le Canada l'été dernier. Cette présence médiatique en a fait le symbole de la répression intense. Et donc une statue à déboulonner.

Instagram

Publicité

Jennifer Pawluck ensuite. Active pendant la contestation étudiante, elle est connue des services de police et s'est déjà retrouvée en garde à vue lors des différentes actions du mouvement rapidement surnommé le "Printemps Érable". Au sujet de son arrestation et de ce tohu-bohu judiciaire, elle commente :

Je pense que la personne derrière cette création devrait être à ma place... je n'ai fait que prendre une photo

Instagram et le mouvement étudiant sous surveillance

Et quand on remet le tout dans l'ordre, on s'aperçoit vite que toute cette histoire résulte bien plus de la volonté d'intimidation des autorités constituées que d'une chronique judiciaire. Eric Sutton, avocat de la défense commente :

Je pense que tout cela resulte d'une volonté politique de la police montréalaise de montrer qu'ils n'ont aucune tolérance pour ce qui peut être vu comme menaçant.

Les perspectives de cette affaire sont aussi saisissantes que le coeur des évènements. L'activité de la police sur internet, la surveillance sur les réseaux sociaux sont mis au jour. Et quand on y ajoute les tags #graffiti, #police dans le cadre d'une contestation politique, nulle doute que celle-ci est d'autant plus présente.

Source : PETAPIXEL / CBC

Par Tomas Statius, publié le 05/04/2013

Copié

Pour vous :