Konbini et France.tv Slash s’engagent pour une sexualité libre, joyeuse et toujours consentie.
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D’abord étudiante en sciences politiques, aujourd’hui coach en développement personnel, Céline Tran a évolué treize ans en tant qu’actrice porno sous le pseudonyme Katsuni. En 2013, elle entame une reconversion professionnelle. En s’initiant aux arts du cirque et aux sports de combat, elle s’émancipe peu à peu. Désormais autrice, hypnologue et coach, Céline Tran a su faire de son corps, autrefois « objet de fantasme », un espace « intime et créatif ».
Le 8 juin dernier, elle publiait Itinéraire d’une garce aux éditions Glénat, une fiction pour adultes nous invitant à reconsidérer le plaisir au féminin. On y suit le quotidien d’Élise, une journaliste de 52 ans, qui redécouvre son corps et sa sexualité. À l’image du personnage, Céline Tran nous confie comment elle a su, elle aussi, se réapproprier son corps.
« L’avènement d’Internet a influencé les pratiques sexuelles axées davantage vers la performance »
Dans Ne dis pas que tu aimes ça, sorti en 2018 et réédité en février 2022 aux éditions de La Musardine, Céline Tran aborde sa carrière passée et détaille les étapes de sa reconversion professionnelle. Celle-ci naît d’une prise de conscience : avec l’avènement d’Internet, elle constate que la frontière de l’intime s’est peu à peu déplacée.
« Lorsque je décide d’arrêter, je ne me reconnais plus dans l’industrie dans laquelle je travaille, c’est devenu beaucoup trop mécanique, excessif et systématique. »
Autrefois considérés comme « réservés aux adultes », les contenus X sur Internet sont devenus progressivement accessibles à tou·te·s, tout le temps. « On est passé de vidéos qui se voulaient qualitatives à du contenu peu coûteux produit à la chaîne. Cela a influencé les pratiques sexuelles axées davantage vers la performance », confie l’autrice.
Si elle admet que ces évolutions du milieu ont permis aux acteurs et actrices d’être plus autonomes et libres de proposer des contenus « variés et ciblés », elle reconnaît que cette accessibilité nouvelle présente de nombreux risques, parmi lesquels « l’exposition des mineurs aux contenus gratuits et la prolifération des déviances ».
L’autrice réalise à quel point les vidéos pornographiques sont devenues un repère pour certain·e·s, et que la distinction entre fiction et réalité n’est pas évidente pour tous les publics : « Je commençais à percevoir l’impact négatif sur nombre de gens qui l’utilisent comme référence pour leur propre sexualité. » À 33 ans, sa décision est prise : elle arrête définitivement le porno.
« Je ressentais le besoin de me reconnecter à moi-même, de retrouver un corps intime »
De sa reconversion professionnelle, Céline Tran évoque avant tout le besoin fondamental de retrouver son intimité. Elle cherche à se réapproprier son corps jusqu’alors « objet de fantasme ». Alors qu’elle peine à se défaire de son « étiquette d’actrice porno », elle parvient progressivement à faire de son corps un allié. Elle explore d’abord les arts du cirque et les arts martiaux.
« J’ai compris qu’il me fallait aborder le corps autrement, apprendre à en prendre soin, pour moi, mais aussi pour les autres. »
Se tournant peu à peu vers les métiers du care, Céline Tran suit des formations en massages bien-être et thaï, en yoga et en hypnose ericksonienne. « C’est la dimension humaine et initiatique qui m’importe », affirme-t-elle. Riche de ses expériences et avide d’enseigner, elle se tourne vers le métier de coach professionnelle « en développement personnel et sexualité » : « Accompagner les gens dans leur cheminement pour être en paix avec leur corps, améliorer leur estime de soi et, par extension, leur sexualité. »
« Il faut créer un espace d’échange avec des personnes compétentes »
Engagée pour l’éducation sexuelle, l’autrice intervient aujourd’hui aux côtés de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open) pour « proposer des conseils et des pistes aux adultes (parents, enseignants…) pour communiquer avec les plus jeunes autour des problématiques de sexualité ».
Selon elle, l’enseignement théorique à l’école ne suffirait pas : « Enseigner le consentement ne peut se résoudre uniquement aux mots. Il faudrait proposer des exercices pertinents pour que les enfants et ados puissent apprendre à se connaître et à mieux communiquer. »
Trop axés sur la prévention des risques de maladies sexuellement transmissibles, les cours d’éducation sexuelle évinceraient une grande partie des thématiques autour des sexualités : « Il est urgent de parler de tous les types de risques (abus et prostitution inclus), de clés concrètes pour vivre une relation amoureuse et intime épanouie », déclare-t-elle.
« Le message que je souhaite transmettre aux étudiants ? Que leur corps est précieux, qu’il est leur propriété et leur responsabilité. »
Aujourd’hui, si Céline Tran retient « beaucoup d’exploration et d’apprentissage » de son passé et reconnaît qu’elle a connu « pas mal d’erreurs et de belles surprises », elle a désormais une certitude : « L’évidence d’être à [sa] place. »
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