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L’ingénieure derrière la photo du trou noir a été victime de harcèlement en ligne

Elle s'appelle Katie Bouman et sa médiatisation autour de la toute première image du trou noir n'a pas plu à nombre d'internautes.

Internet peut contribuer au meilleur, comme au pire. La semaine dernière, le 10 avril dernier plus exactement, le monde entier découvrait la toute première photo d’un trou noir, établi au centre de la galaxie M87, à 55 millions d’années-lumière de nous.

Derrière cette découverte, deux acteurs : tout d’abord un télescope "aussi immense que la Terre", l’Event Horizon Telescope (EHT, ou "Télescope de l’horizon des événements"), qui a la particularité de rassembler les données de huit télescopes autour du globe.

Le deuxième acteur est une équipe de chercheurs qui a travaillé sur l’algorithme ayant permis la reconstitution imagée du trou noir dans le cadre d’un programme du MIT, le CHIRP, pour "Continuous High-resolution Image Reconstruction using Patch".

Parmi cette équipe, on trouve une jeune scientifique américaine, enseignante-chercheuse au California Institute of Technology, spécialisée dans le traitement de l’image. Son nom ? Katie Bouman, âgée de 29 ans et née dans l’Indiana.

Son visage radieux a fait le tour du monde, à la fois pour la participation active de la jeune femme dans la création de la toute première image d’un trou noir comme pour sa réaction enthousiaste lors de la visualisation du résultat, qui s’affichait alors sur l’écran de son ordinateur :

(Capture d’écran de Facebook)

Le MIT n’a pas hésité non plus à célébrer la jeune scientifique via ses réseaux sociaux, affirmant qu’elle avait "mené les recherches sur la création d’un nouvel algorithme pour produire la toute première image d’un trou noir", ou en la comparant à l’informaticienne Margaret Hamilton, responsable du système embarqué du programme spatial Apollo.

La chercheuse, mise en avant par l’institut de recherche américain, a vu alors de nombreux articles être écrits autour de sa personne. Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, ira même de sa réaction, voyant dans Katie Bouman "une source d’inspiration pour tous les Américains et en particulier pour les jeunes femmes et les jeunes filles ayant des rêves dans le domaine des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques".

Salut les boloss

Le problème, c’est que la médiatisation de Katie Bouman n’a pas plu à tout le monde, et évidemment pas à certains agités du bocal. En témoigne tout d’abord, comme le relate Numérama, la modification de la page Wikipédia de l’Américaine par un internaute, signalée le 12 avril.

Il affirme ainsi que Katie Boutam est seulement "l’une des 200 personnes d’une grande équipe qui a travaillé sur l’Event Horizon Telescope" et que "quelqu’un qui n’est même pas professeur adjoint n’est certainement pas remarquable en tant que scientifique".

Aussi, d’autres internautes sont allés jusqu’à souligner que Katie Bouman, d’une certaine manière, faisait de l’ombre à ses collègues (masculins), citant un certain Andrew Chael comme étant le principal créateur de l’algorithme.

La réponse de l’intéressé n’a pas tardé à apparaître sur les réseaux sociaux, obligé de répondre à de telles réactions sexistes (et débiles) :

"Si j’ai écrit la plupart du code, Katie a été une énorme contributrice à ce logiciel, il n’aurait jamais fonctionné sans sa contribution […]. Je suis excité que Katie soit reconnue pour son travail et qu’elle devienne une inspiration en tant que femme ayant mené des recherches en STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) […]. Si vous me félicitez parce que vous menez une vendetta sexiste contre Katie, s’il vous plaît, allez-vous-en et réfléchissez à vos priorités dans la vie."

La photo d’une scientifique expérimentée et joyeuse face à une découverte importante : il en fallait peu pour que quelques internautes fragiles y voient une menace à l’encontre de leur masculinité, ne comprenant pas qu’une femme puisse être remarquée pour et par son travail.

La réponse de Katie Bouman a été de loin la plus intelligente (et humble) dans cette affaire. Sur son compte Facebook, elle a notamment rendu hommage au travail d’une équipe de 200 chercheurs, constituée d’environ 40 femmes, sans jamais se mettre en avant :

"Ce n’est pas un algorithme ou une personne qui a créé cette image, elle a nécessité le talent incroyable d’une équipe de scientifiques du monde entier et des années de travail acharné pour développer l’instrument, le traitement des données, les méthodes d’imagerie et les techniques d’analyse nécessaires pour réaliser cet exploit apparemment impossible."

Par Louis Lepron, publié le 15/04/2019