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Au fond de l’océan, personne ne vous entendra… balancer vos ordures

À dix kilomètres de profondeur, plus loin qu'aucun autre homme, Victor Vescovo a découvert... des déchets plastiques.

Il y a trois semaines, Victor Vescovo a réalisé une prouesse physique et technologique, de celles qui vous emportent directement dans les livres d’histoire. Cet ex-officier de la Marine, probablement à l’étroit dans son sous-marin baptisé DSV Limiting Factor, est descendu là où aucun de ses congénères n’avait encore été jeter un œil : au fond, vraiment tout au fond de la fosse océanique des Mariannes, à 10 927 mètres de profondeur.

Une balade de près de 4 heures à presque onze kilomètres de fond, seul dans le Pacifique, à l’endroit le plus profond de la surface terrestre. Le précédent record datait de 1960, lorsque Don Walsh et Jacques Piccard devenaient les premiers à atteindre le fond du précipice, appelé Challenger Point, à 10 912 mètres. Et en 2012, James Cameron rééditait médiatiquement l’exploit, à 10 908 mètres. À ce jour, ils sont les quatre seuls humains à s’être aventurés dans l’abysse. À titre de comparaison, une douzaine d’astronautes ont marché sur la Lune.

(© Five Deeps Expedition)

Au-delà de la fosse des Mariannes, l’expédition du Texan, nommée Five Deeps, ambitionne d’explorer cinq points parmi les plus profonds de la planète, un sur chaque océan. Depuis décembre 2018, Vescovo et son sous-marin ont déjà coché l’Atlantique, l’Antarctique, l’Indien et le Pacifique. La dernière plongée restante, qui se fera à Molloy Deep (dans l’océan Arctique, si vous avez suivi), devrait avoir lieu en septembre.

Plastic Beach

Au-delà de résoudre le défi technique posé par la construction du premier engin capable de répondre à la pression vertigineuse du fond de tous les océans (avec une coque en titane de 90 centimètres d’épaisseur), Five Deeps est également une mission de recherche scientifique. Après chaque plongée, Vescovo remonte des échantillons du plancher océanique et tente d’observer directement la faune qui réside dans ces conditions infernales pour l’Homme pour essayer de déterminer des points communs (et les spécificités) entre les écosystèmes de chaque fosse océanique. Sauf qu’au fond de la fosse des Mariannes, Vescovo est tombé sur un spécimen pour le moins inattendu : des traces de déchets plastiques.

Selon le MIT technology Review, Vescovo aurait découvert des fragments de sac en plastique ainsi que d’un emballage de bonbon. "Cela est très décevant de constater que les humains polluent jusqu’au plus profond des océans", a laconiquement commenté l’entrepreneur texan. Et le pire, c’est que ce n’est même pas la première fois : en décembre 2018, s’inspirant de plusieurs précédents travaux, des chercheurs chinois démontraient que la fosse abyssale présentait d’alarmantes concentrations de polluants.

On vous rappelait déjà récemment l’omniprésence des microplastiques dans l’eau, l’air, les animaux, nos organismes, nos selles et dans le parc national des Pyrénées-Orientales, les voilà dans l’endroit le plus inaccessible au monde. Pour rappel, 8 millions de tonnes de plastique sont déversées dans les océans chaque année. Ne me remerciez pas pour cette nouvelle dose d’espoir, c’est la maison qui régale.

Par Thibault Prévost, publié le 15/05/2019