Ehepaar Einstein in Prag

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Mileva Einstein-Marić : la femme géniale restée trop longtemps dans l'ombre de son mari

Devant chaque grande femme, il y a un homme à qui on attribue tous les mérites.

Albert Einstein nous vient spontanément à l’esprit lorsqu’on évoque le concept de génie. Pourtant, si sa personnalité hors du commun et son intelligence ne sont plus à prouver, il semblerait que pour les idées la réalité soit plus compliquée. En effet, bien qu’elle soit restée dans l’ombre du génie le plus connu du XXe siècle, Mileva Einstein-Marić était tout aussi brillante qu’Albert. 

Née sur le territoire de l’actuelle Serbie en 1875, elle se découvre très tôt un amour pour la physique et les maths. Elle défie alors toutes les lois et normes de l’époque en s’inscrivant à des cours réservés aux hommes. Elle vient pour la première fois en Suisse afin de suivre des études de médecine, avant de s’y installer définitivement lorsqu’elle intègre l’École polytechnique fédérale de Zurich – dans laquelle est également scolarisé un certain Albert Einstein. La légende veut qu’elle l’aurait rencontré en lui proposant son aide pour un exercice de mathématiques qu’il n’arrivait pas à résoudre. Très vite, les deux tourtereaux commencent à travailler ensemble sur divers sujets. Albert, tête en l’air et dissipé, s’accroche à ses études et ses travaux grâce à Mileva, qui s’impose en leadeuse. Dans une biographie parue dans les années 1990, on apprend également que la jeune femme avait de bien meilleures notes que son amant. 

Scientifique mais surtout maman 

Pendant toute la durée de leurs études, les deux uniront leurs forces pour bûcher sur des questions de physique. Mais un jour, patatras, Mileva tombe enceinte. Elle abandonne ses études doctorales, se marie avec Albert et tombe dans l’oubli. Jusqu’à leur séparation en 1913-1914, elle participera activement aux travaux sur la relativité générale, tout en élevant leurs enfants. Albert Einstein déclarera même qu’elle fut indispensable à l’élaboration de cette théorie, et que sans elle il ne l’aurait certainement jamais commencée ni achevée.

Dans leur correspondance, le génie allemand naturalisé suisse parle de "nos travaux" et de "notre théorie". Dans la société sexiste du XXe siècle, le génie de Mileva tombe aux oubliettes pour que le mérite et les honneurs reviennent à Albert. Lorsqu’il reçoit le Prix Nobel de physique en 1921, il offre toute la prime à Mileva. Cependant, elle meurt seule et dans l’indifférence générale en 1948, à Zurich. Encore aujourd’hui, son génie pour la physique peine à être reconnu. Par contre, on parle volontiers de son physique : dans un article publié récemment, on apprend qu’elle n’était "pas jolie", "négligée" et "boiteuse".

Plus jamais de destins brisés

Malgré les avancées acquises à l’issue de longs combats pour l’égalité, les femmes sont toujours sous-représentées dans les métiers scientifiques en Suisse. Peur de se lancer, sexisme des milieux masculins, arrêt de carrière pour cause de maternité, plafond de verre… Les obstacles sont nombreux sur le chemin sinueux de la reconnaissance.

Pourtant, les femmes se bougent pour que les Mileva Einstein-Marić de la nouvelle génération soient estimées à leur juste valeur pour leurs apports à la science. Des associations d’étudiantes comme EPFelles encouragent ainsi les aspirantes scientifiques à s’entraider et se rendre visibles. Et ça marche ! Lors de la publication de la première photographie d’un trou noir en avril dernier, Katie Bouman, l’une des scientifiques à l’origine du cliché, a été propulsée sur le devant de la scène. 

Par Régine Bucher, publié le 12/08/2019

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