©Jazzy Bazz

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Conversation à Fribourg, le jour, avec Jazzy Bazz

5 heures de l’après-midi.

Quasiment un an après la sortie de son deuxième album, Nuit, le rappeur Jazzy Bazz était de passage au festival Les Georges de Fribourg pour l’une des dernières dates de sa tournée. Force est de constater que la figure de la Cool Connexion connaît ses classiques, et pourrait sans peine déblatérer des heures durant sur la culture rap.

Comme son titre l’indique, Nuit évoque l’univers nocturne qu’affectionne tant le rappeur de 30 ans qui confie ne pas tomber dans les bras de Morphée "avant 7 heures du mat’" :

"L’album a été super bien accueilli par le public, d’autant plus que les gens continuent de l’écouter à l’heure actuelle. La tournée s’achève bientôt : en tout, on aura fait 37 dates. J’ai sûrement vécu le meilleur concert de ma vie au Trianon, qui était complet avec en prime une ambiance de dingue. Suite à la première partie de la tournée en salles, on a enchaîné avec les festivals, et c’est la première fois qu’on a autant de dates de prévues. Avec Nuit, j’ai vraiment eu la sensation de progresser sur scène – donc le bilan est plus que positif."

On a récemment pu se délecter de son featuring aux côtés de Gros Mo sur le titre "Hijo" du prometteur duo de beatmakers Almeria. Jazzy Bazz avait déjà collaboré par le passé avec l’un des membres d’Almeria, Everydayz :

"Il a bossé avec toute la clique de Perpignan, à savoir Nemir, Gros Mo et le beatmaker En’Zoo. Du coup, on est connecté avec lui depuis 2012. Ma première collab’ avec Everydayz a eu lieu en 2016, sur le titre "Lay Back" de mon premier album, P-Town. Du coup, quand ils ont pensé à moi pour leur projet "Hijo", j’ai tout de suite dit oui. En plus, Gros Mo s’est joint à moi pour le featuring et ça m’a fait super plaisir car c’est quelqu’un que j’apprécie et on n’avait pas encore partagé de track ensemble."

Par le passé, le membre de l’Entourage a également travaillé avec plusieurs figures du hip-hop US, comme Freddie Gibbs et The Alchemist, producteur californien de renom et accessoirement DJ d’Eminem :

"Ces deux collaborations ont été le fruit du hasard et de la chance, je pense. C’est grâce à Red Bull Music que The Alchemist a écouté des rappeurs français pour le projet Paris LA Bruxelles, et on a eu la chance d’être retenus avec la Cool Connexion. Du coup, il nous a façonné un beat sur mesure pour le titre "Monnaie". Quant à Freddie Gibbs, j’étais à un de ces concerts dans le public lorsque son manager m’a proposé de le rencontrer et de faire une collab avec lui. C’est comme ça qu’il a posé sur le son "Lay Back" en 2016."

En revenant sur ses expériences, Jazzy en profite pour nous parler de ses rêves de collaboration :

"Franchement, la dinguerie la plus ultime serait de bosser avec Kendrick Lamar. Au niveau des beatmakers, je suis un gros fan des prods de Cardo et de Metro Boomin."

Les premiers pas de Jazzy Bazz dans le monde du rap remontent à 2008, avec le morceau "I Speak Hip-Hop"de son crew Cool Connexion. L’instru a été réalisée à partir d’un sample du titre "Searching" du musicien Roy Ayers :

"En fait, j’ai découvert les compositions de Roy Ayers en écoutant des morceaux de rap US qui l’avaient déjà samplé, de Dr Dre à A Tribe Called Quest par exemple. Si je devais te citer un sample qui m’a fait kiffer, je dirais "Sunshine" de Dany Dan, qui a utilisé la mélodie d’un son des années 1980 super connu, "Everybody’s Got to Learn Sometime" des Korgis, D’ailleurs, Hamza s’en est aussi inspiré pour "Minuit 13", je crois."

Lors de notre dernière nuitée d’entrevue, Jazzy Bazz nous a confié avoir eu un coup de cœur pour l’album Swimming de Mac Miller. Hélas, le prodige de Pittsburgh nous a tragiquement quittés à l’âge de 26 ans, le 7 septembre dernier. Une immense perte pour le monde de la musique, comme l’explique le rappeur parisien :

"Quand j’ai appris sa disparition, ça m’a beaucoup touché, et c’est encore le cas aujourd’hui car c’était un grand. Mais son œuvre restera clairement comme un classique. C’est avec cet album que j’ai commencé à devenir fanatique de Mac Miller. Je l’ai découvert comme beaucoup de gens avec "Nikes On My Feet" – ceci dit je le suivais relativement peu depuis. Et quand Swimming est sorti, j’ai ressenti quelque chose de spécial à l’écoute de ce projet. Outre la production qui pour moi est impeccable, le parti pris d’orienter toutes les pistes de l’album dans le même mood, j’ai trouvé ça vraiment fort."

"C’est un des rares albums ou tu ne skippes pas une track, tu vois ? J’ai facilement poncé 5/6 titres de Swimming, d’autant plus que l’enchaînement entre les pistes est juste parfait. Si je devais te citer mon son préféré de l’album je dirais "Hurt Feelings"."

Féru de 7e art, Jazzy Bazz prend le temps de soigner sa culture cinématographique entre deux concerts. Sa dernière claque en date ?

"Il n’y a pas très longtemps, j’ai maté Joint Security Area de Park Chan-wook, qui est un cinéaste que j’aime beaucoup parce qu’il a également réalisé le film culte Old Boy. L’histoire évoque la rivalité entre les deux Corées. C’est à la fois drôle et émouvant, j’ai bien kiffé. Sinon j’ai vu la fin de Game of Thrones.

Je pense que s’ils avaient fait le même scénario mais condensé en deux saisons ça ne m’aurait pas dérangé. La dernière saison a grave cassé le rythme par rapport aux autres : le fait d’accélérer l’intrigue pour mieux gérer l’épisode final m’a un peu blasé. Tu sais, en ce moment je n’ai pas trop le temps pour mater des trucs vu que j’essaie de faire du son…"

Gageons que le prolifique Jazzy trouve tout autant l’inspi que le sommeil : la nuit porte conseil.

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Par François Graz, publié le 23/07/2019

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